DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

J.-C. Juncker met des conditions à l'élargissement de l'UE dans les Balkans

Vous lisez:

J.-C. Juncker met des conditions à l'élargissement de l'UE dans les Balkans

J.-C. Juncker met des conditions à l'élargissement de l'UE dans les Balkans
Taille du texte Aa Aa

En 2014, les dirigeants de l’Union européenne ne pouvaient s’imaginer que l’hypothèse d’un nouvel élargissement se heurterait à la montée de l’euroscepticisme, au Brexit et aux conséquences de la crise dans la zone euro. Aujourd’hui, Bruxelles ouvre la porte à une adhésion de six Etats des Balkans occidentaux, des pays où le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker vient de se rendre.
Lors d’une interview pour euronews à Sofia, dernière étape de sa tournée, il souligne que “l‘échéance évoquée [pour une adhésion], à savoir 2025, est indicative” et qu’il ne s’agit “pas d’une promesse”. Il indique par ailleurs que le règlement des différends frontaliers est une condition indispensable à toute adhésion à l’UE. Concernant les relations étroites de certains pays avec Moscou, le président de la Commission déclare : “Quand ils se seront approchés de l’UE, ils devront s’aligner” sur la politique étrangère européenne qui rappelons-le, a pris des sanctions contre la Russie au sujet de la Crimée et de l’Ukraine.

Efi Koutsokosta, euronews :
“Commençons par les pays considérés comme les plus avancés dans ce processus d’adhésion : la Serbie et le Monténégro. Honnêtement, quelles sont réellement leurs chances de rejoindre l’Union vu les désaccords qui existent déjà ?”

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne :
“Nous ne discutons pas d’une échéance, ni de la fin du parcours, mais du processus. Et j’ai essayé de faire comprendre aux gouvernements de ces pays et à ceux d’autres concernés dans cette région que toutes les conditions et critères nécessaires à l’adhésion doivent être remplis. Ils ne le sont pas encore et donc, cela prend du temps. L‘échéance que nous évoquons, à savoir 2025, est indicative, il ne s’agit pas d’une promesse.
Nous devons avoir en tête que dans l’ancienne Europe – la partie occidentale de l’Europe -, mais d’ailleurs pas seulement là-bas, il y a une certaine lassitude à l‘égard de l‘élargissement et c’est bien entendu le cas en ce qui concerne la Serbie et le Monténégro. Mais ils avancent dans le bon sens et nous devons les aider.”

Efi Koutsokosta :
“Mais un autre facteur joue : la Serbie entretient des liens très étroits avec les autorités de Moscou qui se montrent – pour le moins actives – dans la région. Il y a eu des visites sur place du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov récemment et notamment en Serbie où il a averti l’Union européenne qu’en demandant à la Serbie de choisir vers qui elle se tourne, c‘était comme renouveler l’erreur faite en Ukraine. Qu’en pensez-vous ? Est-ce une question de choix ?”

Jean-Claude Juncker :
“Il n’y a pas de comparaison possible entre la Serbie et l’Ukraine, c’est le premier point. Deuxième point : j’ai expliqué aux collègues dans la région que la construction européenne ne se fait pas contre les autres ; pour nous, c’est un processus d’intégration.Je n’ai pas demandé aux Serbes de faire un choix parce qu’ils doivent avoir des relations normales avec la Russie et les meilleures relations possibles avec l’Union européenne.”

Efi Koutsokosta :
“Mais leur demandez-vous d’aligner leur politique étrangère sur celle de l’Union, en particulier les sanctions contre la Russie au sujet de la Crimée ?”

Jean-Claude Juncker :
“Tous les partenaires dans la région sont alignés avec la politique étrangère européenne, mais les Serbes ont une position différente parce qu’ils ne participent pas au processus de sanction. Quand ils se seront approchés de l’Union européenne, ils devront s’aligner, mais ce n’est pas une question à court terme.”

"Ils doivent mettre de l'ordre dans la région

Efi Koutsokosta :
“Parlons des autres pays qui espèrent un jour, rejoindre l’Union et je veux parler de la République de Macédoine et de l’Albanie. Où en sommes-nous ? Vous avez rencontré les dirigeants de ces deux pays. Quels messages leur avez-vous transmis ?”

Jean-Claude Juncker :
“Le message général que j’ai transmis dans la région et en particulier à ces deux pays dont vous parliez, c’est qu’aucun Etat ne deviendra membre de l’Union européenne si les litiges frontaliers ne sont pas réglés. Ils doivent mettre de l’ordre dans la région. Nous ne voulons pas importer l’instabilité qui persiste dans les Balkans occidentaux, nous voulons exporter notre stabilité. Donc, tous les pays qui veulent devenir membres de l’Union européenne doivent d’abord trouver une solution aux problèmes de frontières et il y en a beaucoup dans cette région.”

Efi Koutsokosta :
“Skopje et la Grèce s’opposent depuis longtemps sur l’appellation Macédoine. Des négociations sont en cours actuellement. Quel est le rôle de l’Union européenne dans ce dossier ? Exercez-vous des pressions pour que ces pays règlent leur différend ? Diriez-vous que la conjoncture est favorable ?”

Jean-Claude Juncker :
“La pression n’est pas un instrument que nous devrions utiliser. Nous encourageons les Grecs et l’ex-République yougoslave de Macédoine à trouver un accord sur cette question de nom-. Ils sont engagés dans des démarches de négociations, nous n’avons pas à intervenir.”

Efi Koutsokosta :
“Les Grecs réclament que leurs voisins retirent de leur constitution toute revendication territoriale extérieure. Pensez-vous que cette demande soit justifiée au vu des litiges frontaliers dans l’ensemble de la région ?”

Jean-Claude Juncker :
“Nous n’intervenons pas dans ces démarches de négociations entre la Grèce et la République de Macédoine.”

Influence de la Russie et de la Turquie : "Il n'y a qu'une seule voie possible"

Efi Koutsokosta :
“Autre point : l’influence turque dans la région, en particulier en termes d’influence politique au Kosovo, en Albanie, en Bosnie. Les intérêts actuels de Recep Tayyip Erdogan dans la région sont-ils compatibles avec ceux de l’Union européenne ?”

Jean-Claude Juncker :
“La Turquie joue un rôle, mais il n’est pas aussi important que ce que les gens pensent. Pour autant, nos partenaires dans la région savent que nous observons cela avec beaucoup d’attention.”

Efi Koutsokosta :
“Mais avez-vous le sentiment que si vous ne donnez pas quelque chose de plus à ces pays, ils se tourneront vers d’autres partenaires comme la Russie et la Turquie dont vous venez de parler ?”

Jean-Claude Juncker :
“Il est clair qu’ils savent que cela n’a pas de sens de prendre plusieurs voies en même temps, il n’y a qu’une seule voie possible.”

Efi Koutsokosta :
“Un sommet est prévu à Varna en Bulgarie avec la Turquie en vue d’améliorer ses relations avec l’Union européenne. Cette rencontre est-elle toujours appropriée vu les derniers développements dans plusieurs Etats membres comme la Grèce et Chypre et les actions de la Turquie dans les Balkans occidentaux ?”

Jean-Claude Juncker :
“Nous aurons probablement une rencontre avec le président turc Recep Tayyip Erdogan en mars à Varna. Nous devons discuter avec lui, de différents sujets et je ne voudrais pas anticiper la conduite de ces débats.”

Efi Koutsokosta :
“Y a-t-il une possibilité qu’il soit annulé ?”

Jean-Claude Juncker :
“Jusqu‘à maintenant, il n’a pas été annulé.”

"La lutte contre la corruption et le crime organisé est capitale"

Efi Koutsokosta :
“D’autres sujets sont importants dans les Balkans occidentaux : c’est le cas de la sécurité. Comptez-vous aussi sur les États-Unis qui auparavant, étaient très impliqués sur ces questions dans la région ?”

Jean-Claude Juncker :
“Concernant l’adhésion des pays des Balkans occidentaux et l‘élargissement, ils n’ont pas leur mot à dire, il revient à l’Union européenne de prendre une décision et non pas aux États-Unis. Nous les respectons, ils sont les bienvenus s’ils veulent apporter leur contribution, mais je ne veux pas d’un processus dans lequel d’un côté, les États-Unis joueraient un rôle majeur. Ce qui aurait pour effet, de l’autre, de renforcer celui de la Russie. Ce n’est pas de cette manière que nous devons gérer les choses.”

Efi Koutsokosta :
“En Bosnie, vous avez dit devant le Parlement que le patriotisme n’a rien à voir avec les nationalismes. Ces propos sont également pertinents pour l’Europe. Que voulez-vous dire sur ce projet d‘élargissement aux citoyens européens qui constatent qu’il y a déjà un fossé entre l’Est et l’Ouest de l’Union européenne et que des questions se posent sur le respect de l’Etat de droit et la corruption… Et dans les Balkans, ces questions sont très importantes.”

Jean-Claude Juncker :
“Le patriotisme n’est pas dirigé contre les autres, il s’agit de l’amour que vous avez pour votre pays. Il y a de rien de mal à cela. Le nationalisme, en revanche, est dirigé contre les autres. La lutte contre la corruption qui est d’une importance capitale, la lutte contre le crime organisé qui est d’une immense importance, n’a rien à voir avec le patriotisme.
Ce que nous demandons à nos partenaires dans la région, c’est de prendre cet engagement au sérieux, ce ne sont pas des paroles en l’air. Ils doivent prendre leurs responsabilités et ils le feront. Et s’ils ne le font pas, la porte restera fermée.”