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Passation de pouvoir en France : solitude de Collomb, moue de Philippe

Edouard Philippe et Gérard Collomb
Edouard Philippe et Gérard Collomb Tous droits réservés REUTERS/Philippe Wojazer
Tous droits réservés REUTERS/Philippe Wojazer
Par Joël Chatreau
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Le départ de Gérard Collomb du gouvernement français "n'est pas une crise politique", assure le président Emmanuel Macron. Pourtant, le malaise s'installe. La passation de pouvoir avec le Premier ministre Edouard Philippe, obligé de reprendre le poste de ministre de l'Intérieur, en témoigne.

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Le Premier ministre français a coiffé sa double casquette ce mercredi sans grand plaisir, à voir son visage fermé. Edouard Philippe doit assumer par intérim le poste de ministre de l'Intérieur quitté précipitamment par Gérard Collomb. La passation de pouvoir a eu lieu place Beauvau à Paris dans une ambiance visiblement plombée et après une longue attente. On a vu l'ex-premier flic de France attendant sur le perron du ministère durant plus de dix minutes, croisant les bras ou regardant sa montre pour tuer le temps.

"On vit côte à côte, je crains que demain on ne vive face à face"

Puis Gérard Collomb a pris la parole pendant de longues minutes, ce qui n'est pas fréquent, et a fini de contrarier le chef du gouvernement. Alors qu'il a insisté pour démissionner, demande acceptée par le président Emmanuel Macron seulement à la deuxième tentative, le ministre sortant a dit regretter son départ. Il a rappelé qu'une "révolte de la police" l'attendait à son arrivée mais qu'il avait pu mener à bien plusieurs réformes. Il a surtout jeté un pavé dans la mare en soulignant que la situation est "très dégradée" dans les quartiers dit difficiles.

"Le terme de reconquête républicaine prend dans ces quartiers tout son sens, a déclaré Gérard Collomb. (...) Il faut assurer la sécurité dans ces quartiers mais il faut fondamentalement les changer. Quand les quartiers se paupérisent, se ghettoïsent, il ne peut y avoir que des difficultés". Il a ajouté d'un ton grave : "On vit côte à côte, je crains que demain on ne vive face à face". Edouard Philippe a été beaucoup plus bref, se contentant de saluer - à juste titre - "le caractère direct de l'expression" de l'ancien ministre de l'Intérieur. Il a aussi affirmé que l'exécutif était déterminé à "assurer le plus haut niveau de sécurité aux Français".

"C'est la chienlit au sommet de l'Etat !"

Emmanuel Macron refuse de voir dans cette cacophonie au sein du pouvoir la crise que décrivent nombre d'observateurs. "Rien de ce qui se passe depuis 48 heures ne s'apparente à une crise politique. L'État fonctionne (...), le gouvernement est parfaitement à sa tâche", a tranché le président lors du Conseil des ministres. Les faits démontrent pourtant le contraire. Gérard Collomb, le premier des fidèles, n'hésite plus à évoquer son désamour pour le chef de l'Etat et préfère revenir à ses amours lyonnaises.

L'"ex-futur" maire de la capitale des Gaules était un poids lourd du gouvernement, le numéro 2. Il y a peu, en septembre, le numéro 3, Nicolas Hulot, l'ancien ministre de la transition écologique, avait déjà sauté du navire en marche, lui aussi sans tenir compte de l'avis du président. Alors l'opposition, de la droite à l'extrême droite, de la gauche à l'extrême gauche, ne se gêne pas, elle, pour parler de crise. Reprenant le célèbre mot de feu le président Charles de Gaulle, Boris Vallaud, porte-parole du Parti socialiste, a commenté : "C'est la chienlit au sommet de l'Etat !".

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