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Pakistan: jugement différé dans l'affaire Asia Bibi, chrétienne condamnée à mort

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Pakistan: jugement différé dans l'affaire Asia Bibi, chrétienne condamnée à mort

Pakistan: jugement différé dans l'affaire Asia Bibi, chrétienne condamnée à mort
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La Cour suprême du Pakistan s'est penchée lundi sur un recours déposé par Asia Bibi, une chrétienne actuellement dans le couloir de la mort après une condamnation pour blasphème, mais a différé son jugement.

"Nous réservons le jugement pour le moment", a déclaré le juge Saqib Nisar à l'issue d'une audience de près de trois heures dans la capitale Islamabad. On ignore dans l'immédiat quand il pourrait être rendu.

Ce délai est lié "à des raisons qui seront communiquées ultérieurement", a poursuivi le magistrat, tout en demandant aux médias de ne faire aucune commentaire sur cette affaire explosive.

Asia Bibi, mère de cinq enfants, avait été condamnée en 2010 à la peine capitale suite à une dispute avec une musulmane au sujet d'un verre d'eau, suscitant l'indignation à l'étranger.

Son exécution serait une première au Pakistan, où une quarantaine de personnes seraient dans les couloirs de la mort ou serviraient une peine de prison à perpétuité pour blasphème, selon un rapport paru cette année de la Commission américaine sur la liberté de religion dans le monde.

Si la Cour suprême devait valider la sentence, Asia Bibi, qui a toujours nié les accusations, pourrait en dernier recours solliciter la grâce du président pakistanais, Arif Alvi.

Celui-ci est un allié du nouveau Premier ministre Imran Khan qui, durant la dernière campagne électorale, a déclaré soutenir inconditionnellement la loi.

En 2016, une précédente audition de l'affaire Bibi devant l'instance judiciaire la plus élevée au Pakistan avait été annulée suite au désistement au dernier moment de l'un des trois magistrats appelés à se prononcer.

Son cas avait eu un retentissement international, attirant l'attention des papes Benoît XVI et François. En 2015, l'une des filles d'Asia Bibi avait rencontré le pape François.

Elle a également reçu le soutien de la maire de Paris Anne Hidalgo, qui a réclamé sa grâce et l'avait élevée en 2015 au rang de citoyenne d'honneur de sa ville.

Au Pakistan, l'histoire de cette chrétienne d'origine modeste divise fortement l'opinion. Les tenants de la ligne dure exigent régulièrement son exécution. Nombre d'entre eux l'ont encore exigée lundi sur Twitter et les autres réseaux sociaux.

- "Aucune remarque désobligeante" -

Un ancien gouverneur du Pendjab, Salman Taseer, qui avait pris sa défense, a été abattu en plein coeur d'Islamabad en 2011 par son garde du corps. L'assassin, Mumtaz Qadri, a été pendu début 2016. La décision, saluée par les libéraux, a poussé les conservateurs à manifester en exigeant que Mme Bibi soit à son tour exécutée.

Les défenseurs des droits de l'Homme voient en Mme Bibi un emblème des dérives de la loi réprimant le blasphème au Pakistan, souvent instrumentalisée, selon ses détracteurs, pour régler des conflits personnels.

Lundi, les juges de la Cour suprême ont semblé s'interroger sur la véracité de l'accusation. "Je ne vois aucune remarque désobligeante envers le Coran dans le rapport d'enquête", a observé le juge Nisar, tandis qu'un second juge, Asif Saeed Khan Khosa, relevait plusieurs points de non-respect des procédures.

Le blasphème est un sujet extrêmement sensible dans ce pays conservateur où l'islam est religion d'Etat. La loi prévoit jusqu'à la peine de mort pour les personnes reconnues coupables d'offense à l'islam.

En 2010, le parlement européen a estimé que cette loi était utilisée pour justifier la censure, la persécution, et même le meurtre de membres des minorités religieuses. Des appels à changer la législation ont souvent donné lieu à des violences et ont été rejetés.

De simples allégations se terminent régulièrement par des lynchages aux mains de la foule ou d'extrémistes. Les chrétiens, minorité persécutée, sont fréquemment visés.

Les personnes accusées de blasphème sont souvent emprisonnées sans preuve et pour une durée indéterminée, la justice rechignant à se saisir de leurs cas car plusieurs juges ou des avocats qui les avaient défendues ont été attaqués par des extrémistes ces dernières années.

La minorité chrétienne, souvent pauvre, représente de 2 à 3% des quelque 207 millions d'habitants de la République islamique du Pakistan.

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