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Roumanie : le gouvernement de gauche veut la tête du procureur général

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Le ministre roumain de la Justice Tudorel Toader a lancé mercredi une procédure de révocation du procureur général, qu'il accuse d'avoir "manqué à ses obligations légales", dernier épisode en date dans ce que l'opposition décrit comme une offensive de la majorité de gauche contre le pouvoir judiciaire.

"Vu ses actions intolérables dans un Etat de droit", Augustin Lazar "ne peut plus exercer ses fonctions à la tête du ministère public", a déclaré M. Toader au cours d'une conférence de presse, accusant le procureur d'avoir "tenu des discours politiques", "contesté des décisions de la Cour constitutionnelle" ou encore "critiqué des juges".

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M. Lazar, 62 ans, nommé à la tête du Parquet général roumain pour un mandat de trois ans en juillet 2016, était vu par ses partisans comme le dernier rempart face à la réforme de la justice adoptée au pas de charge par les sociaux-démocrates et vivement décriée par Bruxelles, qui estime qu'elle menace l'indépendance des magistrats et compromet la lutte anticorruption.

Qualifiant de "ridicules" les critiques le visant "après 36 ans d'une carrière sans reproche", le procureur Lazar a assuré devant les journalistes que ses pairs continueraient à travailler, "dans le respect de la Constitution et des droits de l'homme".

"Le flambeau de la dignité et de l'indépendance des magistrats sera transmis aux générations à venir", a-t-il lancé, visiblement ému.

La demande de révocation de M. Toader intervient quelques jours après un rapport très critique de la Commission de Venise, un organe consultatif du Conseil de l'Europe, selon lequel la procédure de nomination et de révocation des chefs de parquets voulue par la gauche marque "un pas en arrière", en renforçant le contrôle du gouvernement sur les procureurs.

Après l'amputation de ses pouvoirs par la gauche, le président de centre-droit Klaus Iohannis, à couteaux tirés avec le gouvernement, ne dispose d'aucun levier pour bloquer le départ de M. Lazar, selon les analystes.

La majorité a déjà obtenu en juillet le limogeage de la cheffe du Parquet anticorruption (DNA), Laura Codruta Kovesi, une des figures les plus populaires du pays.

Sous sa houlette, le DNA avait poursuivi ces dernières années des centaines d'élus locaux et nationaux, s'attirant en retour l'inimitié de la classe politique et des accusations d'abus de pouvoir.

Depuis leur retour aux affaires en décembre 2016, les sociaux-démocrates, dont plusieurs élus sont visés par la justice, ont tenté d'assouplir la législation anticorruption, déclenchant une vague de contestation sans précédent depuis la chute du régime communiste fin 1989.

Bruxelles, qui craint que la Roumanie ne devienne un nouveau casse-tête après la Pologne et la Hongrie, a une nouvelle fois exhorté mardi Bucarest à respecter l'Etat de droit avant sa présidence semestrielle de l'Union européenne, qui débute le 1er janvier prochain.

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