DERNIERE MINUTE

L'économie, sujet de préoccupation des électeurs européens ?

L'économie, sujet de préoccupation des électeurs européens ?
Euronews logo
Taille du texte Aa Aa

Les élections européennes ont rarement été autant au centre de l'attention. Ce scrutin a lieu dans une période très délicate pour l'Union européenne à l'heure où le Royaume-Uni la quitte et où les partis anti-establishment sont en plein essor. Real Economy examine les sujets de préoccupation des électeurs de l'UE. Derrière l'immigration, ils citent l'économie. Mais leur vision n'est pas la même selon qu'ils sont en Grèce ou aux Pays-Bas par exemple.

Dans cet épisode dédié aux prochaines élections européennes, l'équipe de Real Economy examine les priorités de campagne des électeurs et cherche à savoir ce que ces thèmes illustrent et comment ils influenceront le vote et la politique de l'Union européenne de ces prochaines années.

Un peu plus de la moitié des citoyens de l'Union européenne se disent intéressés par ces élections. Quels sont les thèmes qu'ils jugent prioritaires ? L'immigration est aujourd'hui le sujet le plus souvent cité par 50% des personnes interrogées, elle est suivie par l'économie (47%) et la lutte contre le chômage des jeunes (47%).

L'économie et la croissance sont les questions pour lesquelles l'intérêt a le plus augmenté ces derniers mois dans onze Etats membres : Portugal, Pologne, Slovaquie, Suède, Irlande, Autriche, Belgique, Allemagne, Lituanie, Hongrie et Italie.

Différences à l'échelle nationale

Les réponses sont différentes à l'échelle nationale : pour un quart des citoyens européens, le problème le plus important au niveau de leur pays, c'est le chômage. Le système de santé et de sécurité sociale arrive aujourd'hui en deuxième position, l'immigration en troisième. En sixième place, la situation économique est citée par 15% des personnes interrogées, son niveau le plus faible depuis le printemps 2007.

Les disparités entre Etats membres restent spectaculaires : 91 points de pourcentage séparent les Pays-Bas ou le Luxembourg où 93% des habitants disent que la situation de leur économie est bonne, de la Grèce où seuls 2% font la même réponse.

En Grèce, au pire moment de la crise en 2011, l'économie s'était contractée de 9,1%. Après des années de crise, d'austérité et de plans de sauvetage, la Grèce est finalement sortie de son dernier programme d'aide en août dernier.

Pour autant, cela ne satisfait pas les Grecs : ils sont à peine 2% à dire que leur économie fonctionne.

Insatisfaction des Grecs

Ainsi, dans les rues d'Athènes, voici ce qu'un homme âgé nous confie : "Tout est de pire en pire, ça ne fait aucune différence." Un autre l'assure : "Pour moi, ça ne va pas parce que les classes moyennes ont été mises dans une situation très difficile, elles ont été éliminées. Je ne crois que les élections européennes auront un impact sur nos vies quotidiennes," précise-t-il.

"Je ne suis pas satisfait à 100%," renchérit un autre Athénien. "Mais évidemment, il y a eu des mesures importantes qui ont été prises jusqu'à maintenant," reconnaît-il.

"Vu comment les choses évoluent dans mon quotidien," remarque une femme âgée, "je dirais que cela ne va pas, mais je reste optimiste, j'attends que ça aille mieux."

Comment expliquer que de tels sentiments dominent au sein de la population grecque ? Posons la question à un spécialiste.

"Ce n'est pas totalement surprenant que les gens voient leur économie de cette manière," estime Panos Tsakloglou, professeur au département des études économiques internationales et européennes de l'Université d'économie d'Athènes. "Il faut tenir compte du fait que l'assainissement budgétaire a atteint une ampleur considérable par le biais de hausses d'impôts," précise-t-il. "Résultat : le revenu disponible des Grecs a baissé de plus de 40% : c'est vraiment un chiffre impressionnant," fait-il remarquer.

_"Il faut aussi avoir conscience que malgré le fait que l'économie ait renoué avec la croissance, le chômage reste à plus de 18% et le niveau de vie reste bien inférieur à ce qu'il était avant la crise,"_ poursuit l'économiste.

La croissance de l'économique grecque devrait s'accélérer

En janvier, le taux de chômage dans le pays a atteint 18,5%. C'est près de trois fois plus que le taux à l'échelle de l'Union de 6,5%.

Mais la reprise économique est en cours : en 2019, le PIB grec devrait croître d'environ 2,2%.

À quoi faut-il s'attendre après les élections européennes ? Nous interrogeons Nikos Vettas, directeur général de la Fondation pour la recherche industrielle et économique.

"En un sens, c'est la première fois depuis le lancement de tous les programmes et le début de près de dix ans de récession qu'il n'y a pas d'opposition qui menace de mettre à mal la stabilisation de l'économie," juge-t-il. "En réalité, il y a cet espoir que lorsque ce changement politique interviendra, il y aura une accélération des taux de croissance de l'économie grâce aux réformes davantage favorables aux marchés qui seront mises en places," assure-t-il.

Des Néerlandais satisfaits de leur situation économique

Après avoir recueilli les préoccupations des citoyens à Athènes, nous nous rendons dans un pays situé à l'opposé de la Grèce, dans les enquêtes d'opinion : les Pays-Bas.

Les Néerlandais sont avec les Luxembourgeois, les Européens les plus satisfaits de la situation économique de leur pays. Et en effet, ils ont quelques raisons de l'être comme en témoignent les personnes que nous interrogeons dans les rues d'Amsterdam.

"Les services et les infrastructures continuent de bien fonctionner, la plupart des gens sont bien pris en charge," assure une femme d'un certain âge. Un autre fait remarquer : "J'ai une bonne retraite et je pars trois ou quatre fois par an en vacances avec ma copine. Alors, oui, je suis très content !" lance-t-il.

"J'ai un emploi et je gagne bien ma vie pour ce que je fais, donc je suis vraiment contente," indique une jeune femme. "Il y a beaucoup d'emplois qui sont créés ici, non seulement pour les Néerlandais, mais aussi pour les nombreux expatriés qui vivent ici," affirme un ressortissant étranger.

Aux Pays-Bas, le taux de chômage est bas, la balance commerciale est positive et le revenu disponible des ménages est en hausse suite à une récente baisse de l'impôt sur le revenu, mais aussi grâce à un dialogue social efficace et à une conjoncture internationale favorable. Mais est-ce suffisant pour s'assurer une croissance durable ?

"Les profils techniques sont rares en Europe"

L'entreprise de Pieter van der Marel figure parmi les 1,1 millions de PME néerlandaises qui représentent environ un tiers des emplois et du chiffre d'affaires total dans le pays.

Depuis six ans, il fabrique des vélos sur mesure, d'abord avec un ami et maintenant avec cinq salariés. Mais avec l'apparition de nouveaux droits de douanes sur les produits chinois, il a du s'adapter à de nouveaux défis

"Nous travaillons en partenariat avec une usine chinoise qui ne fait que des cadres en titane, donc la connaissance est là, les compétences et les gens qualifiés aussi," précise le PDG de Pilot Distribution avant d'ajouter : "C'est dur de trouver de telles personnes en Europe, les profils techniques en particulier sont rares et comme ils sont rares, ça coûte de plus en plus cher de les embaucher."

Les économistes s'inquiètent également du nombre de travailleurs indépendants moins protégés que les salariés et prévoient un regain d'inflation et une hausse légère du taux de chômage au cours de l'année.

La crainte des conflits internationaux et du Brexit

Malgré tout, les Néerlandais restent plus satisfaits de leur économie que les Allemands, les Suédois, les Polonais et à vrai dire, que presque tous les autres Européens. "Le niveau de vie est plutôt élevé et la situation est aussi bonne en ce qui concerne la vie privée," indique Philip Bokeloh, économiste de chez ABN AMRO. "Quand on compare le nombre d'heures travaillées aux Pays-Bas à celui en Grèce, nous travaillons moins et le résultat, c'est que nous avons beaucoup plus de temps libre : ce qui participe au bien-être des citoyens évidemment," dit-il.

Ce taux de satisfaction est-il fait pour durer ? Sur ce point, Philip Bokeloh est un peu plus réservé.

"Je constate déjà un certain recul dans cette satisfaction et cela pourrait continuer si le Brexit n'est pas bien réglé, si les conflits internationaux s'amplifient encore," souligne-t-il. "Donc seront-ils encore aussi satisfaits dans l'avenir ? Difficile à dire, mais il est plus probable que ce recul se poursuive avant que l'on constate la tendance inverse," estime-t-il.

Toutes ces préoccupations des électeurs aussi diverses soient-elles dans l'ensemble de l'Union européenne devront être prises en considération après les élections par les eurodéputés et la nouvelle Commission européenne.

Euronews n'est plus accessible sur Internet Explorer. Ce navigateur n'est plus supporté par son éditeur, Microsoft, et les dernières fonctionnalités techniques de notre site ne peuvent plus fonctionner correctement. Nous vous encourageons à utiliser un autre navigateur, tels que Edge, Google Chrome ou Mozilla Firefox.