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Dans un monde d'hommes: footballeuse, c'est mettre "entre parenthèse 10 ans de notre vie"

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Jouer au football au plus haut niveau, c’est un “rêve” qui signifie aussi un corps et une discipline de fer, mettre de côté ses études, son éventuel désir d’enfant et batailler pour prouver sa légitimité dans un milieu toujours très machiste.

Lorsqu’on leur demande quel est le plus gros sacrifice consenti pour en arriver là, il y a deux types de réponses. Celles formatées des joueuses sous contrat. Et celles des anciennes.

Ainsi, la milieu offensive allemande, Dzsenifer Marozsan répond sobrement: “c’est arrivé à force d’un gros travail et de discipline”. La gardienne des Bleues Sarah Bouhaddi, enchaîne: “ce qui est compliqué c’est qu’on part un week-end sur deux, on peut partir 10 jours en sélection. Après, on a quand même nos après-midi quasiment toute la semaine”.

Un peu plus affable, l’attaquante Delphine Cascarino avoue: “c’est vrai qu’il y a des sacrifices. Dès que je suis passée au niveau professionnel, j’ai dû mettre de côté mes études et ce n‘était pas forcément mon souhait”.

Avant d’ajouter: “on met entre parenthèse dix ans de notre vie pour se consacrer vraiment à fond à notre passion”.

- “Trop musclée” /p>

Mélissa Plaza a raccroché les crampons il y a deux ans et ne mâche pas ses mots dans son livre qui vient de sortir “Pas pour les filles ?” chez Robert Laffont. Elle évoque ce corps qui “n’existe que pour servir la performance”.

“Il suffit qu’un petit copain trouve mon corps trop musclé, mes hanches trop étroites pour que je me retrouve à nouveau coincée dans ces injonctions incompatibles auxquelles sont soumises les sportives de haut niveau: comment avoir un corps performant, surentraîné au point de n‘être plus que muscles, et correspondre à un canon de beauté féminin tout aussi ridiculement exigeant ?”, poursuit-elle.

Candice Prévost, une ancienne du PSG qui a connu les Bleues avec quatre sélections, se souvient de ce quotidien rythmé par quatre heures de sport par jour pour passer son Capes de prof d’EPS, et les entraînements tous les soirs au club.

“Un système D quand on est une fille”. Le statut professionnel des footballeuses (contrats fédéraux en réalité, ndlr) n’a été reconnu qu’il y a 10 ans et la plupart restent insuffisamment rémunérées pour ne faire que ça. Une inégalité salariale femme-homme béante ici.

Mais “les sacrifices on les voit après”, “on se rappelle plus où on était mais on était au foot”, ajoute cette femme énergique pleine de projets qui commentera le Mondial féminin sur RTL et Canal Plus.

Sur la pelouse à 5 mois de grossesse –

La vie privée, les enfants, très peu osent en parler. “Il faut que les compagnons acceptent que leurs femmes soient sur le terrain, dans la lumière, qu’elles repoussent l’arrivée des enfants”, analyse Isabelle Bernard, dirigeante à l’OL féminin en tant que fondatrice du club de supporters OL Ang’Elles.

En France, aucune grande joueuse n’a mené une maternité en pleine carrière. Quand la plupart des footballeurs professionnels sont mariés et pères de famille…

Il faut traverser l’Atlantique où le “soccer” féminin est très bien implanté, et la parole plus libérée, pour voir en mars Sydney Leroux Dwyer publier sur Twitter des photos à l’entraînement à 5 mois et demi de grossesse. Son 2e enfant en tant que joueuse.

Une initiative applaudie, à commencer par sa coéquipière, la star Alex Morgan, mais aussi critiquée… à “99% par des hommes”, obligeant la joueuse d’Orlando Pride à se justifier dans un tweet.

“Je ne me mets pas dans des situations où la balle peut rebondir ou me toucher. Pas de courses intenses et j‘écoute mon GYNECO (qui me connaît mieux que les twittos qui me disent ce que je ne devrais pas faire avec MON corps)”.

Pour Candice Prévost, qui a coréalisé un tour du monde documentaire du foot féminin (“Little Miss Soccer”, diffusé le 6 juin sur Planète +), cela illustre la principale difficulté rencontrée par toutes les joueuses du monde: “le poids du patriarcat”.

D’autant plus dans un univers où la performance des hommes est nettement plus reconnue. “On ne nous donne pas grand chose et on dit merci”, reconnaît-elle.

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