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Coronavirus 2019-nCoV : le bilan s'alourdit, le risque de mutation inquiète

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Caméras thermiques installées en gare de Wuhan, le 21 janvier
Caméras thermiques installées en gare de Wuhan, le 21 janvier   -   Tous droits réservés  Chinatopix via AP
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Le bilan du nouveau coronavirus, 2019-nCoV selon la nomenclature de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), s'est encore alourdi ce mercredi en Chine. Les autorités font maintenant état de 17 morts et averti que le virus pourrait "muter" et se propager plus facilement.

Après avoir semblé ignorer largement l'épidémie apparue le mois dernier, les Chinois paraissaient prendre conscience du risque dans les grandes villes du pays, où beaucoup d'habitants revêtaient des masques respiratoires.

Un précédent bilan communiqué la veille faisait état de six morts, tous à Wuhan, ville de 11 millions d'habitants et épicentre de l'épidémie.

AP Photo Emily Wang
Des personnels de sécurité sanitaire prenant la température de voyageurs en provenance de Wuhan à leur arrivant à l'aéroport international de Pékin, le 22 janvier 2020AP Photo Emily Wang

Wuhan, au centre de la Chine, est une véritable plaque tournante en matière de transports, déversant toutes les grandes métropoles du pays. La ville est également un nœud ferroviaire, de très nombreuses lignes de trains à grande vitesse passent en effet à Wuhan. Les autorités craignent que les virus ne se propage lors des vacances du Nouvel An lunaire, fixé cette année le 25 janvier. Chaque année, des millions de Chinois transitent par la capitale de la province du Hubei pour se rendre dans leur famille. L'aéroport international de Wuhan (Tianhe) est également fréquentés par des millions de personnes. En 2018, il avait ainsi accueilli 24 500 356 passagers, faisant de Tianhe le 16e plus important aéroport de Chine en terme de trafic voyageurs, selon des données de l'aviation civile chinoise (CAAC). Chaque jour, plusieurs centaines de vol quittent Wuhan ou y arrivent, desservant ou en provenance de destinations nationales ou internationales.

Un virus qui "pourrait muter et se propager plus facilement"

AP Photo/Mark Schiefelbein
Conférence de presse de la Commission nationale de la Santé chinoise à Pekin, le 22 janvier 2020.AP Photo/Mark SchiefelbeinMark Schiefelbein

Lors d'une conférence de presse organisée à Pékin le 22 janvier, le vice-ministre de la Commission nationale de la Santé, Li Bin, a précisé que le virus avait été diagnostiqué auprès de 440 patients, alourdissant un précédent décompte d'environ 300 cas.

Le virus, qui se transmet par les voies respiratoires, "pourrait muter et se propager plus facilement", a-t-il averti. Par contre, le doute persiste quant à son origine exacte et à sa période d'incubation.

Près de la moitié des provinces chinoises touchées

Des cas ont été décelés dans les mégapoles comme Shanghai et Pékin. Un malade a été également dépisté à Macao, capitale mondiale des jeux d'argent, où les employés de casinos devront porter des masques.

Les autorités redoutent que le virus puisse se propager à la faveur des longs congés du Nouvel an chinois, qui commencent vendredi, et donnent lieu chaque année à des centaines de millions de voyages en car, en train ou en avion dans l'ensemble du pays.

Relayant un appel du président Xi Jinping à "enrayer" l'épidémie, Li Bin a annoncé des mesures de prévention telles que ventilation et désinfection dans les aéroports, les gares et les centres commerciaux.

Des détecteurs de température corporelle vont être installés dans les sites très fréquentés, a-t-il annoncé. De tels dispositifs ont été déjà déployés à Wuhan, comme l'atteste la photo en tête d'article.

Wuhan, épicentre de l'épidémie

AP Photo/Dake Kang
Le marché aux fruits de mer et aux poisons de Wuhan fermé au public, le 21 janvier 2020AP Photo/Dake Kang

Le virus a été repéré en décembre à Wuhan dans un marché de gros de fruits de mer et de poissons, le Huanan South China Seafood Market. Ce marché avait été fermé le 1er janvier dernier, après qu'une soixante de personnes avait contracté une forme inconnue de pneumonie. La plupart des cas recensés étaient des commerçants, des manutentionnaires ou des habitués de l'endroit.

Des ventes illégales d'animaux sauvages avaient lieu dans ce marché, a déclaré devant la presse le directeur du Centre national de contrôle et de prévention des maladies, Gao Fu, sans pouvoir affirmer avec certitude si du gibier était à l'origine de l'épidémie.

Noel Celis / AFP
Gao Fu, directeur du Centre national de contrôle et de prévention des maladies, lors d'une conférence de presse à Pekin le 22 janvier 2020Noel Celis / AFP

Zhou Xianwang, le maire de Wuhan, a conseillé de ne pas se rendre dans la ville si cela n'est pas nécessaire et aux habitants de ne pas quitter les lieux.

L'OMS en conclave

Alors que des cas ont été confirmés ailleurs en Asie et aux Etats-Unis, un comité ad hoc de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) se réunit mercredi à partir de 18h GMT pour déterminer s'il convient de déclarer une "urgence de santé publique de portée internationale".

L'OMS n'a jusqu'ici utilisé ce terme que pour de rares cas d'épidémies nécessitant une réaction internationale vigoureuse, dont la grippe porcine H1N1 en 2009, le virus Zika en 2016 et la fièvre Ebola, qui a ravagé une partie de l'Afrique de l'Ouest de 2014 à 2016 et la RDC depuis 2018.

Plusieurs pays touchés par ce nouveaux coronavirus

Ailleurs en Asie, Japon, Corée du Sud, Thaïlande et Taïwan ont annoncé des cas de maladie. Nombre de pays ayant des liaisons aériennes directes ou indirectes avec Wuhan ont renforcé les contrôles des passagers à l'arrivée, puisant dans leur expérience de l'épidémie du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2002-2003, un virus de la même famille. Même la Corée du Nord, proche alliée de Pékin, s'apprête à fermer ses frontières à tous les touristes pour se protéger, selon une agence de voyages.

Mardi, une première personne contaminée par le coronavirus a été hospitalisée par précaution aux Etats-Unis.

C'est un homme d'une trentaine d'années, originaire de Wuhan et résidant près de Seattle, dans le nord-ouest du pays. Il est arrivé le 15 janvier sans fièvre à l'aéroport de Seattle, et a lui-même contacté les services de santé locaux dimanche après avoir constaté des symptômes.

Olivia Vanni/The Herald via AP
Le centre hospitalier Providence à Everett, près de Seattle, où le premier patient atteint par le coronavirus 2019-nCov a été pris en charge, le mardi 21 janvier 2020Olivia Vanni/The Herald via APOlivia Vanni / The Herald

Il a été hospitalisé par précaution et va bien, mais restera à l'isolement pendant encore au moins 48 heures, selon les autorités locales.

"Nous nous attendons à d'autres cas aux Etats-Unis et dans le monde", a prévenu Nancy Messonnier, responsable des Centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC) aux Etats-Unis. Le risque pour les Américains reste cependant "faible à ce stade", a-t-elle dit.

L'Australie, le Népal, Singapour, la Malaisie, le Vietnam, le Bangladesh et l'Inde ont renforcé les contrôles depuis quelques jours. En Russie à l'aéroport de Moscou Cheremetievo, le plus grand du pays, la température des passagers venus de Chine est contrôlée dans les avions par caméras thermiques.

En France, le risque est également "faible mais ne peut pas être exclu", a déclaré la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. L'agence française de santé publique a elle indiqué que "le risque d’introduction de cas liés à cet épisode est considéré comme faible."

Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a, lui, indiqué le 21 janvier que pour l'instant "la probabilité d'une introduction du virus dans l'Union européenne est considérée comme modérée". Cette agence européenne précise que trois aéroports de l'UE ont des liaisons aériennes directes avec Wuhan. La ville chinoise est également desservie par des vols indirects.

Contagion entre humains

La souche incriminée, baptisée 2019-nCoV, est un nouveau type de coronavirus, ou virus à couronne. Les coronavirus sont une famille de virus, identifiables par le fait qu'ils sont entourés d’une capsule de protéines en forme de couronne. Ils peuvent provoquer des maladies bénignes chez l'homme (comme un rhume) mais aussi d'autres plus graves comme le SRAS.

Zhong Nanshan, un scientifique chinois de la Commission nationale de la santé, avait déclaré lundi que la transmission par contagion entre personnes était "avérée". C'était la première fois qu'une telle affirmation était faite publiquement.

STR / AFP
Zhong Nanshan, lors d'une conférence de presse organisée à Pékin sur le coronavirus, le 20 janvier.STR / AFP

Sur 8 096 cas, le virus du SRAS avait fait 774 morts dans le monde, dont 349 en Chine continentale et 299 à Hong Kong, selon l'OMS. L'organisation internationale avait à l'époque vivement critiqué Pékin pour avoir tardé à donner l'alerte et tenté de dissimuler l'ampleur de l'épidémie.

A titre de comparaison, en décembre 2017, l'OMS et les CDC, ont estimé que "jusqu'à 650 000 décès seraient associés chaque année aux affections respiratoires dues à la grippe saisonnière". L'agence française de santé publique avait, elle, considéré que la grippe (saison 2018-2019) avait provoqué le décès de 8 117 personnes.