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Coronavirus : à Wuhan, l'attente interminable des habitants confinés

Des barricades bloquent une zone résidentielle à Wuhan, en Chine, le 23 février dernier.
Des barricades bloquent une zone résidentielle à Wuhan, en Chine, le 23 février dernier.   -   Tous droits réservés  Chinatopix
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Depuis plus d'un mois et demi, les habitants de Wuhan - le berceau du Covid-19 - vivent cloîtrés chez eux. Une situation très éprouvante psychologiquement, comme l'a expliqué à Euronews Ming, une jeune chinoise confinée dans l'appartement de sa mère.

Ming réside en France, mais comme de nombreux Chinois, elle est rentrée voir sa famille pour les festivités du nouvel an. "Je suis arrivée à Wuhan le 8 janvier. A ce moment-là, une rumeur circulait sur les réseaux sociaux à propos d'une épidémie étrange dans la ville", explique-t-elle. Une quinzaine de jours plus tard, Wuhan est placée sous cloche et ses 11 millions d'habitants sont obligés de rester cloîtrés chez eux et de réorganiser en profondeur leur quotidien. Ming est alors confinée dans l'appartement de sa mère.

"Il n'y a pas de problème pour la nourriture. Tous les immeubles ont des groupes WeChat [la messagerie en ligne la plus populaire en Chine] sur lesquels les habitants s'organisent, passent des commandes groupées. Les produits sont ensuite distribués aux habitants", raconte Ming.

"Le plus dur, c'est d'être enfermé. C'est très difficile psychologiquement", souligne-t-elle. "Je ne suis pas habitué à vivre avec ma mère si longtemps". Les deux femmes tentent de tuer le temps comme elles le peuvent. Ming est designer en freelance, et peut donc travailler depuis chez elle. "_Le reste du temps, je lis. Ma mère, elle, fait du ménage, lit un peu, fait de la calligraphie." _

"Je m'inquiète pour l'état psychologique des Wuhanais"

Ming discute aussi beaucoup avec ses proches sur WeChat : "On essaye de penser au positif, de se donner du courage. On organise des concours de cuisine et on s'envoie des photos. On essaye de ne plus penser à ça." Toutefois, le coronavirus reste la préoccupation numéro 1, et les habitants échangent régulièrement sur l'état de santé de leurs proches : "Je connais des gens qui ont été touchés par le virus, certains ont guéri, d'autres sont morts. Un médecin qu'on connaît bien est décédé, après avoir aidé de nombreuses personnes", explique Ming.

Je connais des gens qui ont été touchés par le virus, certains ont guéri, d'autres sont morts. Un médecin qu'on connaît bien est décédé, après avoir aidé de nombreuses personnes.
Ming
chinoise confinée à Wuhan

"Je dois avouer que chaque jour, quand je me réveille, je regarde les chiffres du coronavirus", confie la jeune femme. "Ces derniers temps, il y a beaucoup moins de décès, c'est très encourageant. On entend parler de villes qui ne sont plus sous quarantaine, ça nous donne de l'espoir. Tous les jours, je fais des calculs pour savoir quand je pourrai sortir."

Savoir quelles entreprises vont résister

Une attente interminable, qui commence à peser lourdement sur les habitants. "Je m'inquiète pour l'état psychologique des Wuhanais. Au départ, on parlait beaucoup, mais désormais, on se parle de moins en moins sur WeChat. Cela me donne une impression de faux calme." Le gouvernement chinois a d'ailleurs mis en place un service de consultation psychologique par téléphone. "Ils reçoivent des centaines d'appels par jour, surtout des gens qui sont confinés seuls chez eux", affirme Ming.

L'épidémie de coronavirus et le confinement a aussi entraîné de nombreux bouleversements dans les manières de travailler et de consommer. "Des entreprises et même des indépendants ont essayé de trouver des solutions, comme se lancer dans le e-commerce pour continuer à vendre leurs produits. C'est le cas d'un groupe de designers, qui commercialisent leurs produits sur WeChat. En quelques heures, ils ont eu des centaines de commandes."

"Toutefois, j'ai aussi entendu parlé d'entreprises qui ont fait faillite, et de personnes qui ne reçoivent plus leur salaire. C'est le problème numéro 1 en ce moment, savoir quelles entreprises vont résister", précise la designer.

Ming attend de pouvoir enfin rentrer chez elle, en France. "Mais avant cela, j'attends surtout de pouvoir sortir dans la rue, de pouvoir voir ma famille. On se parle sur WeChat, mais j'ai hâte de les voir en vrai."