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Coronavirus : les soignants menacés par leurs voisins peuvent porter plainte

Un véhicule d'urgence des pompiers arrive à l'hôpital Tenon à Paris, le 26 mars 2020
Un véhicule d'urgence des pompiers arrive à l'hôpital Tenon à Paris, le 26 mars 2020   -   Tous droits réservés  Franck Fife, AFP
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La police française rappelle tout le monde à l'ordre. Les témoignages de personnels de santé – infirmiers, aide-soignants, médecins, pompiers etc. – enjoints ou carrément menacés par des messages anonymes de voisins terrifiés par une éventuelle contamination liée au Covid-19 se multipliaient depuis des jours sur les réseaux sociaux et les médias locaux.

Dans une communication lancée sur ces mêmes réseaux sociaux, la police nationale explique que ces messages sont un délit passible de six mois d'emprisonnement et de 7 500 € d'amende.

Elle invite donc les victimes à porter plainte, précisant la méthode pour que les auteurs des faits puissent être retrouvés.

Dans l'Hérault, une enquête préliminaire avait ouverte la semaine dernière après qu'une infirmière a dit avoir été contrainte de quitter son domicile. Son propriétaire craignait d'être contaminé par le coronavirus. La soignante, âgée de 37 ans, occupait le rez-de-chaussée d’une maison dans le village de Montarnaud avec sa mère et son mari ainsi que ses deux enfants de 20 ans et 3 ans.

Dans une interview à La Gazette de Montpellier, l'infirmière a expliqué que ses propriétaires qui logent à l’étage, lui auraient coupé l'eau chaude, l’électricité et l’antenne de télé et faisaient beaucoup de bruit tôt le matin pour la forcer à quitter le logement. Tous les membres de la famille ont dû se reloger séparément dans des lieux différents.

Des sapeurs-pompiers du même département avaient aussi été violemment interpelés dans des messages anonymes.

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Publiée par Sapeurs-Pompiers de l'Hérault - SDIS 34 sur Vendredi 3 avril 2020

"Je suis en colère"

Au Pays Basque, dans l'Eure, à Toulouse, en Saône-et-Loire, en Bretagne, partout le double-discours achève d'épuiser les soignants : applaudis à 20h, ils sont rejetés dans les boîtes aux lettres ou sur les pare-brises de voiture.

"Je suis en colère", confie Lucille, infirmière d'un hôpital de banlieue parisienne. "On met déjà notre vie de côté pour s'occuper des autres, alors qu'on nous traite comme des pestiférés, ça ne passe pas."

La trentenaire, qui porte masque, gants, lunettes et surblouse de protection au travail et a les "mains défoncées" par le double lavage – savon, puis gel hydroalcoolique – imposé entre chaque patient, enrage de la bêtise du corbeau qui lui a laissé un message lui demandant de quitter son logement. "Cette personne prend sûrement beaucoup moins de précautions que moi."

Déterminée à ne pas se laisser intimider, elle a porté la missive au maire, qui a saisi le procureur. Une enquête est en cours.

"Les gens s'écartent quand ils me croisent, ils ne se tiennent plus à un mètre de moi, mais à quatre mètres", confie Negete Bensaïd, infirmière libérale à Paris. La quadragénaire a des proches qui lui réclament d'arrêter de travailler et certains patients qui refusent les visites. "Je ne vais pas me cacher, j'ai des malades à soigner", souffle-t-elle.

Certains autres professionnels de santé enlèvent le caducée [l'emblème du corps médical que l'on trouve par exemple sur les pharmacies, NDLR] de leur véhicule pour éviter qu'il ne soit forcé. Plusieurs voitures d'infirmiers ont ainsi été vandalisées et le matériel médical qui s'y trouvait volé.

"Même si ces événements restent minoritaires, c'est ahurissant", déplore Patrick Chamboredon, le président de l'Ordre national des infirmiers, qui fédère les 700 000 membres de la profession en France.