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Le coronavirus empêche les "maras", gangs mafieux d'Amérique centrale, de tuer à volonté

Un chef du gang "Barrio 18" photographié après son arrestation à Antiguo Cuscatlan - centre du Salvador - le 19 septembre 2006
Un chef du gang "Barrio 18" photographié après son arrestation à Antiguo Cuscatlan - centre du Salvador - le 19 septembre 2006   -   Tous droits réservés  YURI CORTEZ/AFP
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Ce que toutes les forces de sécurité réunies du Honduras, du Salvador et du Guatemala n'ont jamais réussi à faire pendant des dizaines d'années, le Covid-19 y est parvenu en seulement quelques semaines : affaiblir le pouvoir mafieux et criminel des tristement célèbres "maras", des bandes organisées d'une violence inouïe dont les membres sont reconnaissables grâce aux tatouages qu'ils portent sur tout le corps.

Les meurtres nettement en baisse grâce au confinement

Au cours des trois dernières décennies, l'ensemble de cette partie d'Amérique centrale constituée par les trois pays en question a été considérée par de nombreux experts en criminalité comme la zone la plus dangereuse au monde, si l'on ne tient pas compte bien sûr des endroits de la planète où se déroulent des conflits armés. Les homicides dans la région sont allés jusqu'à frôler les 90 pour 100 000 habitants.

Eh bien, les mesures imposées par les autorités honduriennes, salvadoriennes et guatémaltèques pour lutter contre la rapide propagation du nouveau coronavirus - le confinement de la population mais aussi un couvre-feu dans les villes - ont sauvé des vies à double titre. Au Honduras, selon des données de la police, les meurtres perpétrés par les gangs ont baissé d'environ 30% depuis le début des protections mises en place le mois dernier.

Les statistiques officielles du Honduras font état précisément de 226 meurtres commis en mars, alors que 93 homicides ont été décomptés à ce jour, 17 avril 2020.

Dagoberto Gutiérrez, analyste politique du Salvador, confirme :

Le confinement pour raisons sanitaires permet aux autorités d'exercer un meilleur contrôle sur les individus dans la rue, et cela se ressent avec une tendance à la baisse des homicides
Photo by Jordan PERDOMO / AFP
Arrestation de membres de la "mara" Salvatrucha à San Pedro Sula - Honduras -, le 17 février 2017Photo by Jordan PERDOMO / AFP

Une "sortie drogue" du gang Barrio 18 tentée, mais ratée

Oui, les "maras" sont clairement frustrées de ne pas pouvoir mener à leur guise les activités mafieuses qui les font vivre, principalement le trafic de drogue, le racket et les enlèvements. Même dans les quartiers les plus pauvres où leurs hommes de main peuvent habituellement terroriser les habitants qui sont plus faibles, il n'est plus question de sortir, ou très peu, de jour comme de nuit.

Cela n'a toutefois pas empêché un petit groupe du Barrio 18, l'un des gangs les plus puissants du Salvador, de profiter de l'ambiance fantomatique créée par le confinement pour tenter de mener à bien une affaire apparemment urgente. La police a rapporté que ses agents avaient réussi à intercepter une ambulance qui roulait pourtant discrètement en ces temps de coronavirus, mais que les criminels avaient rempli de drogue.

Plus du tout de rançons, du jamais vu depuis dix ans !

Au Guatemala, les chiffres fournis par l'Institut national de médecine légale prouvent également que le Covid-19, impitoyable avec certains malades, a au contraire contribué indirectement à faire baisser la criminalité : 262 personnes avaient été assassinées en février dernier, le bilan est ensuite tombé à 154 homicides en mars, puis à 47 tués depuis le début du mois d'avril.

Et pour la première fois depuis une dizaine d'années dans tout le pays - les autorités du secteur du transport guatémaltèque n'en reviennent pas -, les gangsters ont arrêté de menacer les chauffeurs de bus et les conducteurs de taxis afin d'extirper des rançons à leurs compagnies. Auparavant, les régies de transport devaient payer l'équivalent de 500 dollars par mois aux "maras" pour chaque véhicule sillonnant la capitale, Guatemala City. Une fortune sachant qu'environ 9 000 bus et taxis y circulent.

Jorge Lanza, dirigeant des transports en commun, pousse un grand "ouf" !

Les racketteurs ne nous ont pas appelé, et nous espérons qu'ils ne nous rappelleront jamais plus

Le Honduras a fini l'année 2019 sur un record terrifiant de 44,7 meurtres pour 100 000 habitants, indiquent des statistiques de l'ONU.

Le Salvador a dans le même temps enregistré 35,6 homicides pour 100 000 habitants

Au Guatemala, 23,5 meurtres pour 100 000 habitants ont été commis l'an dernier.