DERNIERE MINUTE
This content is not available in your region

Coronavirus : fabriquer des millions de masques barrières et vite, le défi d'une région française

euronews_icons_loading
Coronavirus : fabriquer des millions de masques barrières et vite, le défi d'une région française
Tous droits réservés  Euronews
Taille du texte Aa Aa

Parvenir à produire plusieurs centaines de milliers de masques "barrières" pour le grand public, voire plusieurs millions, en quelques semaines seulement, c'est le défi que se sont lancées plusieurs entreprises de la région Auvergne-Rhône-Alpes, en France. Notre reporter Guillaume Petit s'est rendu dans l'une d'entre elles. Comment l'outil de production a-t-il été adapté en un temps si court ? Pour quels résultats ? Est-ce le début d'une relocalisation des masques, dont le pays a tant manqué au début de la pandémie de coronavirus ? Reportage.

C’est la question qui a trotté dans la tête de tous les Français pendant des semaines : où sont les masques ? Les regards se tournaient alors vers l’Asie, et en particulier vers la Chine, d'où étaient importés des masques en urgence. Près d'un mois et demi après le début du confinement, la question demeure mais la réponse a quelque peu changé.

Les masques, ce grand groupe français de la région Auvergne-Rhône-Alpes spécialisé dans les matériaux techniques pour l'automobile, l'aéronautique, la construction, l'énergie et le sport n'en fabriquait pas avant. Mais en pleine crise du coronavirus, l'entreprise s’est retroussée les manches pour fabriquer en un temps très court des masques "barrières" destinés au grand public, en usant de son savoir-faire. Des masques réutilisables, et certifiés, qui répondent à des normes sanitaires de l’Association française de normalisation, nous explique-t-on.

"A chaque fois que ce tissu est lavé, 10, 50, 100 fois, il est testé, pour vérifier que la filtration est toujours performante", explique Jean-Marc Sénécot, directeur recherche et développement à Porcher Industries. "Et cette norme AFNOR va pouvoir servir de modèle en Europe, je sais qu'il y a des discussions qui se font déjà avec d'autres pays", ajoute-t-il.

"Polyvalence"

D’ordinaire, ce sont des parapentes ou des composites pour les intérieurs des avions, plutôt que des masques, qui sont fabriqués ici. Pour parvenir à relever le défi de produire des masques en aussi grandes quantités et en un délai si court, l’entreprise, qui emploie plus de 2 000 personnes à travers le monde, dont 900 en France, a du adapter son outil de production, misant sur son "agilité".


"Nous avons commandé des équipements supplémentaires que nous avons greffés sur nos équipements existants", explique André Genton, PDG de Porcher Industries. "Nous avons également commencé à approvisionner une multitude de matières premières que nous n'approvisionnions pas habituellement.Il a fallu également apprendre, pour certains, d'autres types de métiers ou d'autres façons de faire, car nous avons prôné la polyvalence", et les salariés ont "joué le jeu en acceptant rapidement".

Résultat, le nombre de masques produits est passé de 100 000 par semaine à 1 million, en quelques semaines seulement.

Une production pharaonique qui bénéficie aussi à l’entreprise en ces temps de crise, alors que de nombreux sites sont à l'arrêt. 70% des salariés de l'usine où nous nous sommes rendus ont continué à venir travailler, leur permettant ainsi d'éviter le chômage technique.

"C'est bien de savoir qu'on est utile, encore plus que d'habitude, surtout alors que de nombreuses personnes sont au chômage technique", confie cette tisseuse polyvalente de l'usine de Cessieu, qui travaille à la confection des masques.

Relocalisation de la production

Mais ce groupe n’est pas pas le seul mobilisé dans la région. En tout, sept entreprises d’Auvergne-Rhône-Alpes ont répondu à la commande de la région pour neuf millions de masques. L’objectif est d’équiper d’au moins un masque les 8 millions d’habitants de la région d’ici à fin mai. Des masques qui seront ensuite distribués par les maires, explique la région.

Reste à savoir si cette production exceptionnelle constituera à moyen terme le début d’une relocalisation pérenne de la production de masques sur le territoire français, au plus près des besoins. Car les masques ont manqué, surtout au début de la crise.

Début avril, le président français Emmanuel Macron avait souhaité que la France retrouve son indépendance en la matière. "Avant la crise, nous produisions en France 3,3 millions de masques par semaine. Fin avril, nous serons à plus de 10 millions. Nous aurons plus que triplé en quelques semaines et nous continuerons cet effort pour continuer la multiplication de nos capacités de production. Et je veux que d'ici la fin de l'année, nous ayons obtenu justement cette indépendance pleine et entière", avait déclaré le chef de l'Etat.