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Quel futur pour les entreprises pétrolières et gazières au Moyen-Orient ?

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Cette semaine Inspire Middle East s'intéresse au secteur de l’énergie, avec cette question : “À quoi ressemblera l'avenir des compagnies pétrolières et gazières, à la suite de la pandémie COVID-19 ?"

Les confinements à travers le monde, la diminution de la demande et la surabondance de l'offre ont provoqué une onde de choc dans le secteur du pétrole et du gaz pour les économies du Moyen-Orient dépendantes du pétrole. Le prix du baril a connu des baisses historiques cette année, et en avril, les contrats à terme américains sont passés sous la barre du zéro pour la toute première fois.

Un rapport de l'Institut de la Finance Internationale indique que la région du Golfe est confrontée à la pire récession de son histoire, l'économie des 6 pays devant se contracter de près de 4,5 % cette année. Et dans cette région exportatrice d’énergie, c’est l’économie pétrolière qui sera la plus touchée.

Pour contrer l'impact de la pandémie mondiale, la Banque centrale des Émirats Arabes Unis (EAU) a annoncé un plan de relance de plus de 13 milliards de dollars pour soutenir le secteur bancaire et les entreprises.

L'agence de notation S&P a estimé que ces amortisseurs budgétaires seront suffisants pour atténuer l'impact économique du Covid-19 et de la chute du prix du pétrole. L’Arabie Saoudite a également pris des mesures incluant un triplement de la TVA et l’injection de plus de 13 milliards de dollars dans le système bancaire.

Pour évoquer l'avenir du secteur de l'énergie dans la région, nous avons interrogé John Sfakianakis, économiste en chef du Gulf Research Center en Arabie Saoudite, chercheur associé au club Chatham House et chercheur à l'Université de Cambridge.

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Dr. John SfakianakisEuronews

Rebecca McLaughlin-Eastham, Euronews : Quelles seront les prochaines étapes pour l'Arabie Saoudite, la plus grande économie de la région ?

Dr. John Sfakianakis, économiste et chercheur à l'Université de Cambridge : Lors de la crise de 2015-16, l'Arabie Saoudite avait des réserves d'environ 724 milliards de dollars. Aujourd’hui, les Saoudiens ont environ 465 milliards de dollars. Donc, c'est une situation différente. Ils ont toujours de vastes réserves, mais si le prix du pétrole reste à 30, 35 dollars et qu'ils continuent à dépenser comme ils l'ont prévu - ce qui signifie que le prix du seuil de rentabilité du pétrole est beaucoup plus élevé que ce que nous avons aujourd'hui - alors il faudra faire quelque chose. Ils devront utiliser une plus grande partie de leurs réserves, ou bien, ils devront augmenter les taxes, comme ils l'ont fait récemment.

Les Émirats Arabes Unis sont également fortement dépendants des revenus pétroliers : en ont-ils fait assez avec les mesures prises jusqu'à présent pour renforcer leur position budgétaire et économique ? Sont-ils plus résistants qu'on ne le pense ?

Dr. John Sfakianakis : C'est une bonne question. Personne n'est vraiment isolé, mais il y a certains pays, comme les Emirats, qui sont mieux préparés pour surmonter la crise. Les EAU ont pris des mesures dès le début de la crise, bien supérieures à la plupart des pays du G20 et de l'OCDE. Si vous regardez les mesures annoncées dans les premières semaines de COVID, par rapport au PIB, elles étaient parmi les plus élevées.
Je pense qu'ils réfléchissent assez activement à la manière dont ils peuvent se recréer une identité, pour l'avenir de l'économie du pays. Beaucoup de ces éléments ont trait à l'industrie, à la production et à l’espace logistique dans les Emirats. La chaîne d’approvisionnement est une grande préoccupation, pour tous les pays du monde. Je pense que les EAU y ont beaucoup réfléchi, et que de nombreuses mesures ont déjà été prises dans ce domaine.

Il est évident que les compagnies pétrolières devront fusionner, et cela dépendra de ce qui arrivera au cycle de la demande. C'est le moment de rendre leurs bilans plus sains et de prendre toutes ces mesures de réduction des coûts et de rationaliser.
John Sfakianakis
économiste et chercheur

La situation actuelle est-elle une crise ou une opportunité pour les géants du pétrole et du gaz au Moyen-Orient ?

Dr. John Sfakianakis : C'est une opportunité, alors qu'ils essaient de découvrir comment investir dans leur propre industrie - mais aussi, quand ils acquièrent de nouvelles entreprises à l'extérieur. Il est évident que les compagnies pétrolières devront fusionner, et cela dépendra de ce qui arrivera au cycle de la demande. C'est le moment de rendre leurs bilans plus sains et de prendre toutes ces mesures de réduction des coûts et de rationaliser.

Permettez-moi de revenir sur ce point, lorsque vous parlez de fusions et d'acquisitions - de qui parlons-nous ? Qui sont les acteurs du marché ?

Dr. John Sfakianakis : Les grandes compagnies devront se regrouper, et les petites aussi. Aux États-Unis, nous constatons tous les jours que les entreprises du secteur du schiste font faillite et que certaines d'entre elles sont rachetées. Pour beaucoup, le prix du pétrole ne les aide pas à équilibrer leurs comptes. Ainsi, le gaz de schiste devra atteindre le seuil de rentabilité de 45 $ à 50 $ le baril de WTI [West Texas Intermediate] et ce n'est pas pour demain. Et elles devront rationaliser.
Les entreprises au Moyen-Orient devront réfléchir à la manière dont elles vont se développer au plan intérieur si elles veulent acquérir d'autres entreprises à l’étranger. Vont-elles les acquérir grâce à un positionnement opportuniste ou d'une autre manière ?

Une belle éclaircie pour l'énergie solaire au Moyen-Orient

Gratuits, abondants et capables d'alimenter des villes entières, les rayons du soleil peuvent nous apporter de l’énergie, en causant moins de dommages à notre planète que les combustibles fossiles. Découverte par le scientifique français Edmond Bacquerel dans les années 1830, l’énergie solaire est aujourd'hui la source d'électricité qui connaît la plus forte croissance.

Comment fonctionne-t-elle ? Les rayons du soleil atteignent la Terre en huit minutes environ. Ils entrent alors en collision avec des panneaux chargés d'électrons et créent une tension d'énergie appelée effet photovoltaïque.

Avec l’un des taux d'ensoleillement les plus élevés au monde, les Emirats Arabes Unis sont l’un des principaux pays producteurs au Moyen-Orient. Actuellement, le pays tire encore la majeure partie de son énergie des combustibles fossiles, mais en investissant plus de 163 milliards de dollars dans les énergies propres, il prévoit d'en augmenter l'utilisation jusqu'à 50 % sur son territoire d'ici 2050.

Les efforts du pays en matière d'énergie solaire ont débuté en 2013, et l’année dernière a été lancée l’immense centrale solaire de Noor à Abu Dhabi.

Dans la région d’Al Dhafra, le projet Abu Dhabi Power a l’ambition de devenir l’une des plus grandes centrales solaires au monde. Selon l'entreprise, il permettra de produire l'énergie solaire la moins chère du monde pour environ 160 000 foyers d'ici 2022.

À quoi ressemble donc un monde alimenté par le soleil ? Le groupe Mubadala a tenté d’apporter une réponse, en construisant en 2008 Masdar City, une ville durable de six kilomètres carrés, dans la capitale des Émirats arabes unis. Environ un tiers de son électricité est produite sur place grâce à des panneaux solaires. La consommation globale est donc réduite de près de 60 %, permettant aux habitants de baisser leurs émissions de carbone et d'économiser de l'argent.

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La ville de MasdarEuronews

Alors pourquoi tout le monde n'utilise pas l'énergie solaire aujourd'hui ? Tout simplement parce que celle-ci a ses limites, comme l'explique Yousif Al Ali, directeur de Masdar Clean Energy : " C'est un bon choix économique, mais c'est un fournisseur partiel d'électricité. C'est une source intermittente qui ne peut fournir de l'électricité que pendant la journée. Lorsque vous commencez à mettre en place des systèmes de stockage, cela devient plus cher. Les batteries restent plus chères, et nous devons encore beaucoup travailler pour ramener le prix du système à un niveau abordable."

Grâce aux partenariats, le groupe Masdar explique faire progresser la compétitivité des énergies renouvelables. Il fait ainsi du conseil dans de nombreux pays, de l’Asie à l’Afrique du Nord, et notamment au Maroc, où la technologie CSP - une forme d'exploitation de l'énergie solaire par l'utilisation de miroirs - est en plein essor.

"Nous avons étudié la possibilité d'avoir des batteries, nous avons étudié l'option d'avoir du sel fondu", détaille Yousif Al Ali. "Et nous avons découvert que la solution optimale, c’est d'avoir une centrale photovoltaïque avec CSP et stockage de sel fondu - qui peut fournir l'électricité nécessaire, en temps et en heure, jour et nuit, au plus bas coût possible. Nous voyons partout dans le monde différents projets qui adaptent l'énergie renouvelable. Le principal moteur est la sensibilisation du public sur l'importance des énergies renouvelables."

L'Agence internationale pour les énergies renouvelables estime que la demande mondiale d'énergie aura presque doublé d'ici 2050.

Les énergies renouvelables, comme le solaire, utilisent environ 200 fois moins d'eau que les centrales à charbon pour produire la même quantité d'électricité. Et grâce à l’osmose inverse, le solaire peut également dessaler l'eau en utilisant 75 % d'énergie de moins que les méthodes thermiques.

En 2012, l'Initiative Panarabe pour l'Energie propre - qui vise à accroître la part des énergies propres d'ici 2030 - a inspiré d'autres pays de la région. L'Arabie Saoudite a ainsi lancé le projet Neom, une "méga-cité" sans carbone de la taille de la Belgique - alimentée uniquement par des sources renouvelables.

Selon Franck Wouters, directeur de l'EU-GCC Clean Energy Technology Network, il s'agit d'un avant-goût du futur, alors que la région se détourne progressivement des combustibles fossiles : "C’est un développement inéluctable. Dans les deux prochaines décennies, l'énergie solaire et les autres énergies renouvelables dans les pays du Conseil de coopération du Golfe représenteront la majeure partie de la production d'électricité", explique-t-il.

Si les énergies renouvelables sont l'avenir, l'industrie pétrolière et gazière n’entend pas être uniquement un vestige du passé.

Selon certains, elle servira notamment à créer de l'électricité plus verte et à séparer l'hydrogène de l'eau : "L'hydrogène peut remplacer le gaz naturel. Ce que vous pouvez faire alors, c'est vous appuyer sur la capacité industrielle et intellectuelle dont dispose la région dans le secteur du pétrole et du gaz, et la transférer à des molécules vertes, pour envoyer ces molécules sur les marchés du monde entier", estime Franck Wouters.

L’avenir pourrait donc se révéler radieux, non seulement pour les énergies renouvelables, mais aussi pour le secteur énergétique traditionnel.