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Après la crise du coronavirus, "une Europe par nécessité plutôt que par choix" ?

Une femme portant un masque buccal, pour prévenir la propagation du coronavirus, COVID-19, passe devant le siège de l'UE à Bruxelles, le jeudi 7 mai 2020.
Une femme portant un masque buccal, pour prévenir la propagation du coronavirus, COVID-19, passe devant le siège de l'UE à Bruxelles, le jeudi 7 mai 2020.   -   Tous droits réservés  Virginia Mayo/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved
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La pandémie du nouveau coronavirus a conduit les Européens à réévaluer radicalement leur vision du monde, une majorité d'entre eux étant désormais favorable à une coopération accrue à l'échelle de l'UE pour faire face aux défis mondiaux, selon un nouveau sondage.

S'appuyant sur des données provenant de neuf États membres de l'UE – qui, ensemble, représentent les deux tiers de la population de l'Union – une étude du Conseil européen des relations extérieures (ECFR) a révélé que 63 % des Européens sont favorables à une coopération accrue au niveau de l'UE pour faire face à la pandémie et à d'autres problèmes d'importance planétaire.

Les experts ont constaté que si certains commentateurs ont prédit que la pandémie entraînerait une montée de l'euroscepticisme et du nationalisme en raison de la fermeture des frontières, c'est le contraire qui est vrai. Une grande majorité des personnes interrogées dans tous les pays concernés ont déclaré qu'elles sont désormais davantage convaincues de la nécessité de renforcer la coopération européenne qu'elles ne l'étaient avant la crise.

Ils ont toutefois souligné que "ce soutien à une coopération européenne accrue est conditionnelle et ne doit pas être considéré par les législateurs comme un appel à un renforcement des institutions ou comme un vote de confiance dans la structure actuelle de l'UE".

"Un grand paradoxe"

En parallèle, le nombre total de personnes qui ont perdu confiance dans la capacité d'action des gouvernements est en réalité plus important que celui des personnes qui sont devenues plus enclines à une intervention gouvernementale à la suite de la crise.

Dans les neuf pays examinés – Allemagne, Bulgarie, Danemark, Espagne, France, Italie, Pologne, Portugal et Suède – seuls 29 % des personnes interrogées ont davantage confiance dans leur gouvernement. En revanche, 33 % ont perdu cette confiance.

"La crise du Covid-19 est très probablement la plus grande expérimentation sociale de notre vie. Il est encore trop tôt pour prédire à quel point elle va changer radicalement nos sociétés, mais il est déjà évident que la pandémie a changé la façon dont les Européens voient le monde en dehors de l'Europe et, par conséquent, le rôle de l'UE dans leur vie", a fait observer Ivan Krastev, président du Centre for Liberal Strategies et co-auteur du document.

"Le grand paradoxe du Covid-19 est que c'est l'absence, plutôt que le succès, de l'Union européenne qui a démontré sa pertinence dans la première phase de la crise et qui a poussé les gouvernements européens à opter pour une intégration plus poussée", a-t-il ajouté.

Les personnes interrogées étaient en général plus susceptibles de dire que personne ne les avait aidés pendant la crise plutôt que de dire que l'Union européenne leur avait fourni une assistance. En fait, il n'y a qu'en Pologne que l'UE a été considérée comme plus utile que l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la Chine ou les États-Unis.

Pékin et Washington ont également vu leur réputation s'effondrer sur le Vieux Continent. Dans le cas de la Chine, les Européens n'ont pas apprécié la manière agressive dont elle a traité les autres pays dans le cadre de sa réponse à la crise, tandis que la pandémie a révélé que les États-Unis étaient "divisés dans leur réponse à la crise actuelle et hantés par leur histoire".

"Une Europe par nécessité plutôt que par choix"

La pandémie a donc conduit les Européens à changer leur vision du monde au-delà de l'Europe et à "réévaluer radicalement l'objectif et le rôle de l'UE dans leur vie".

Sur cette base, les auteurs ont construit trois profils conceptuels que les citoyens européens utilisent pour comprendre le monde après la crise.

Les moins nombreux - soit 15 % des personnes interrogées - ont été surnommés les "nouveaux combattants de la guerre froide" par les auteurs. Ils s'attendent généralement à vivre dans un monde bipolaire, les États-Unis restant le leader du monde libre et la Chine s'affirmant comme le leader d'un axe autocratique incluant la Russie et l'Iran.

Viennent ensuite les "bricoleurs", qui représentent 29 % des personnes interrogées. Ces derniers ont tendance à être plus nationalistes et incluent des personnes qui estiment que leur gouvernement est capable de faire des alliances de convenance avec d'autres acteurs pour la défense de leurs intérêts. Il s'agit également de personnes qui ont peu confiance dans la capacité de leur État mais qui ne voient aucune perspective de coopération efficace, que ce soit au niveau européen ou mondial.

Les "Souverainistes stratégiques" constituent toutefois le groupe le plus important avec 42 % des personnes interrogées. Ils estiment que la pertinence de l'UE dépendra de sa capacité à agir en tant que bloc cohésif.

Le projet européen est repensé non pas comme un processus d'intégration fondé sur des idéaux, mais comme un processus fondé sur le destin.
Mark Leonard
Fondateur et directeur de l'ECFR

"Pour ces personnes, l'Europe n'est plus principalement un projet motivé par des idées et des valeurs, c'est une communauté de destin qui doit se serrer les coudes pour reprendre le contrôle de son avenir. Les membres de ce groupe sont également de plus en plus intéressés par la promotion des questions environnementales", peut-on lire dans le document. De plus ils considèrent le rôle de l'Europe dans le monde "comme un bloc progressiste qui doit prendre de nouvelles initiatives."

Pour Mark Leonard, fondateur et directeur de l'ECFR et l'autre co-auteur de la recherche, l'appel à une plus grande coopération au niveau de l'UE découle donc "d'une anxiété plus profonde de perdre le contrôle dans un monde dangereux. C'est une Europe de la nécessité plutôt que du choix".

"Le projet européen est repensé non pas comme un processus d'intégration fondé sur des idéaux, mais comme un processus fondé sur le destin. C'est la géographie partagée qui dicte une action commune, plus que des valeurs partagées", a-t-il ajouté.