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Covid-19 : quelles méthodes sont à privilégier pour éviter une deuxième vague ?

Pékin, le 6 juin 2020
Pékin, le 6 juin 2020   -   Tous droits réservés  Mark Schiefelbein/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved
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De nombreux pays européens enregistrent encore quotidiennement des centaines de nouveaux cas de Covid-19 avec des clusters émergeant en Espagne, au Portugal, en France et en Allemagne. Cette situation n'empêche pourtant pas certains experts d'être optimistes quant à la gestion d'une hypothétique deuxième vague.

Avec des tests efficaces, et une visualisation rapide des cas-contacts, les gouvernements espèrent pouvoir contrôler la propagation du coronavirus sur leurs territoires. Des reconfinements locaux ne sont pas exclus dans cette stratégie ; l'Allemagne en a d'ores et déjà réintroduit un dans un comté ou des milliers de contaminations liées à un abattoir ont été détectées. En Espagne les activités de certaines entreprises ont été restreintes dans une province où un cluster a été localisé.

Selon les experts, l'augmentation exponentielle redoutée du nombre de cas n'a pas encore été observée. "Il ne semble pas que nous assistions à une grande deuxième vague, nous voyons des clusters locaux. Je pense, comme de nombreux gouvernements le disent, que nous devons faire attention à cela", indique Bary Pradelski, professeur agrégé d'économie au Centre National français de la Recherche Scientifique (CNRS). "Ils font des confinements très locaux, même à l'échelle de pâtés de maison" remarque-t-il.

Le suivi des cas-contacts et les tests massifs peuvent-ils éviter un nouveau confinement ?

Une équipe dirigée par Tim Colbourn de l'University College London (UCL) a élaboré 31 scénarios potentiels pour un assouplissement des restrictions au Royaume-Uni. Ces chercheurs estiment que si 40% des infections sont identifiées grâce à des tests et qu'au moins 40% des cas-contacts sont localisés et isolés, une deuxième vague est évitable.

"Et ce, même si le nombre de contacts quotidiens augmente jusqu'à 80% des niveaux pré-pandémiques" indique le professeur Colbourn.

La réussite de ce dispositif dépend du périmètre sur lequel sont appliqués les tests mais aussi de la capacité de traçage du gouvernement britannique. Londres a mis fin au confinement par phases et a embauché des milliers de traceurs de contacts pour localiser les cas potentiels de coronavirus dans le pays.

Dans un système où tout fonctionnerait parfaitement, les autorités doivent pouvoir tester et isoler rapidement les personnes atteintes du coronavirus et identifier tous les individus avec lesquels elles ont été en contact avant qu'un cluster ne devienne hors de contrôle.

"Les laboratoires font suffisamment de tests, ce qui laisse penser que ce système fonctionne. Pour l'instant les foyers épidémiques sont sous contrôle. Par ailleurs les tests servent à surveiller la prévalence du virus" explique Claire Mathieu, Directrice de recherche en informatique au CNRS.

Cette chercheuse française utilise des algorithmes pour étudier la trajectoire du virus et les effets du confinement.

La France est en capacité d'effectuer 700 000 tests par semaine et emploie 2 000 personnes focalisées sur la recherche des contacts, selon le ministère de la Santé. L'Espagne a effectué 238 858 tests au cours de la deuxième semaine de juin. La capacité de l'Allemagne est de 1 099 000 tests par semaine, d'après l'Institut Robert Koch.

"Mais même le jour où le système de traçage et de dépistage sera débordé par un foyer épidémique, d’autres mesures seraient possibles, comme par exemple un confinement local, à l’échelle appropriée", souligne Claire Mathieu.

"La pierre angulaire de la réponse reste pour chaque pays de trouver, isoler, tester et soigner chaque cas, et de rechercher et de mettre en quarantaine chaque contact", comme le prône l'un des porte-parole du bureau Europe de l'Organisation mondiale de la santé. "Il est difficile de faire des prévisions à ce stade, mais nous sommes conscients que de nombreux pays mobilisent des ressources considérables pour garantir une augmentation des capacités de test et de traçage."

AP Photo
Des tests de dépistage au COVID-19 sont réalisés sur un parking de Berlin, en Allemagne, le 24 avril 2020AP Photo

Contrôler les épidémies locales

La France est sortie du confinement en découpant son territoire en zones colorées en rouge, en orange, ou en vert en fonction de l'intensité de la propagation du virus et des capacités hospitalières locales. Les régions dont la situation sanitaire était meilleure ont été déconfinées avant les autres.

Cette méthode s'est basée sur des recherches de l'économiste Bary Pradelski et du mathématicien Miquel Oliu-Barton.

Bary Pradelski, professeur au CNRS à Grenoble et également membre associé de l'Oxford Man-Institute, remarque que cette manière de gérer une épidémie, par zones locales, peut aider à contenir les récidives.

"Si des clusters locaux se forment, nous devons agir très rapidement localement et contrôler le virus localement, limiter les déplacements et utiliser des mesures de santé publique restrictives", recommande-t-il.

Les gens ne doivent pas quitter une zone de transmission active du virus et infecter des personnes dans une autre zone géographique ajoute-t-il. C'est pourquoi les chercheurs proposent un plan de zonage européen - afin de connecter les unes aux autres les localités comptant peu de cas de coronavirus - et ainsi éviter les mises en quarantaine de quatorze jours entre les pays de l'UE.

"Le virus ne se soucie pas du passeport que vous possédez. Le virus est beaucoup plus contrôlé en Italie qu'au Royaume-Uni. Nous pensons que la coopération internationale serait très utile sur le plan économique mais contribuerait également à adoucir les rhétoriques nationalistes" suggère Bary Pradelski.

Les craintes d'une seconde vague

Pékin a procédé à un nouveau confinement après avoir détecté un groupe de plus de 100 cas autour d'un marché. Cette récidive est survenue après plusieurs semaines sans nouveaux cas dans la capitale chinoise.

"Le problème avec Pékin est qu'il n'y a pas eu de première vague car très tôt la première vague a été à Wuhan et dans le Hubei" a expliqué l'épidémiologique Karine Lacombe, sur les ondes de France Inter, praticienne à l'hôpital parisien Saint-Antoine.

"Ils ne veulent pas non plus réitérer la même erreur dans le Hubei et à Wuhan où ils ont sous-estimé l'intensité de l'épidémie et se sont confinés trop tard."

"Il n'existe pas de réaction excessive à ce virus"
Michael Mina
épidémiologiste

Récemment, les autorités sud-coréennes ont fait savoir qu'elles se trouvaient au cœur d'une seconde vague, rendant possible la réimposition de mesures de distanciation sociale.

Le pays a enregistré entre 40 et 60 nouveaux cas par jour pendant la dernière semaine du mois de juin, un nombre bien inférieur à celui de la plupart des pays européens. Mais l'État a tout de même décidé de tirer la sonnette d'alarme.

"Il n'existe pas de réaction excessive à ce virus", a confié à Euronews Michael Mina, épidémiologiste à la Harvard School of Public Health, lors d'une conférence de presse virtuelle fin juin.

"_Il_ [le coronavirus] a la capacité de causer des dommages extraordinaires à notre société et l'essentiel est d'empêcher les cas de devenir incontrôlables du mieux que nous pouvons."

De nombreux experts s'inquiètent également de l'arrivée d'une nouvelle vague au cours de l'automne, lorsque la vie se déroule essentiellement en intérieur.

En Europe, les gens sont plus susceptibles de se rencontrer à l'extérieur pendant l'été, "ce qui affaiblit le risque de transmission. Une deuxième vague pourrait se produire à l'automne, lorsque les gens sont plus à l'intérieur" suppose Tim Colbourn de l'University College London.

Des comportements inappropriés

Les gouvernements comptent sur les populations pour maintenir la distanciation physique et réduire les contacts avec les autres, ce qui représente un défi de taille. En ce sens, la fête de la musique en France a fait l'objet de nombreuses critiques après la publication de centaines de photos montrant des personnes rassemblées dans des bars, sans masques.

Ces comportements peuvent influencer très rapidement les statistiques d'un pays

La Nouvelle-Zélande, saluée pour ses mesures de confinements rapides, a récemment fait l'objet de comportements imprudents. Deux femmes venues de l'étranger ont été libérées de leur période de quarantaine de manière anticipée, pour des raisons de compassion. Ces dernières ont finalement été testées positives au coronavirus. La Première ministre Jacinda Ardern a qualifié cet épisode "de défaillance inacceptable du système de vérification".

Outre le système, la discipline des populations est une nécessité absolue en cette période de crise sanitaire mondiale. "Répondre à cette pandémie est un marathon, pas un sprint, et la situation continue d'évoluer", a commenté un porte-parole de l'Organisation mondiale de la santé au micro d'Euronews.