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En campagne au Mont Rushmore, Trump provoque la colère des Amérindiens

Photo d'archive du Mont Rushmore le 11 septembre 2002
Photo d'archive du Mont Rushmore le 11 septembre 2002   -   Tous droits réservés  Laura Rauch/AP2002
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En très mauvaise posture dans les sondages, faisant face à une épidémie qui redouble d'intensité et des manifestations anti-racistes à quatre mois jour pour jour de l'élection présidentielle, Donald Trump se rend dans le Dakota du Sud pour passer la veille du 4 Juillet, fête nationale des Etats-Unis, pour un discours et une soirée de feux d'artifice au pied du Mont Rushmore. "Cela va être une soirée extraordinaire, avec des feux d'artifice comme peu de gens en ont vu", a-t-il prédit jeudi. "Cela va être magnifique!". L'événement devrait inclure un survol du lieu par des avions de chasse et le premier feu d'artifice tiré sur le site depuis 2009.

Mais, si le locataire de la Maison Blanche peut s'attendre à un accueil chaleureux dans le Dakota du Sud, qu'il a remporté en 2016 avec plus de 60% des voix, sa venue provoque la colère d'Amérindiens. Ces derniers considèrent, au-delà des risques sanitaires d'une visite présidentielle, que ce monument est une profanation des terres sacrées volées et désormais utilisées pour rendre hommage à d'anciens présidents particulièrement hostiles aux premiers habitants des Etats-Unis.

Les présidents ont été choisis par le sculpteur Gutzon Borglum pour leur rôle au cours des quatre phases du développement américain : Washington a piloté la naissance de la Nation ; Jefferson a déclenché son expansion vers l'ouest ; Lincoln a préservé l'Union et émancipé les esclaves ; Roosevelt s'est fait le champion de l'innovation industrielle.

Tim Giago, un journaliste membre de la tribu Oglala Lakota, estime qu'il ne voit pas quatre grands dirigeants américains lorsqu'il regarde le monument. Il voit quatre hommes blancs qui ont soit fait des remarques racistes soit initié des actions qui ont chassé les Amérindiens de leurs terres. Washington et Jefferson ont possédé des esclaves. Lincoln, bien qu'ayant aboli l'esclavage, a approuvé la pendaison de 38 hommes de la tribu des Dakotas dans le Minnesota après un violent conflit avec les colons blancs. Théodore Roosevelt aurait déclaré : "Je n'irais pas jusqu'à penser que les seuls bons Indiens sont les Indiens morts, mais je crois que neuf sur dix le sont...".

Ce meeting de campagne présidentiel s'inscrit de plus dans le contexte actuel d'une prise de conscience nationale du racisme aux Etats-Unis et d'un réexamen du symbolisme des monuments dans le monde entier. De nombreux activistes amérindiens affirment donc que le mémorial de Rushmore est aussi répréhensible que les nombreux monuments confédérés récemment renversés dans tout le pays.

"Symbole de la suprématie blanche"

Ces militants comptent profiter de la visite de Trump pour protester contre le mémorial du Mont Rushmore lui-même, et soulignent que les Black Hills, le nom de cette chaîne de montagnes où le mémorial a été réalisé, ont été arrachés au peuple Lakota en violation des traités. Selon l'agence AP, pour de nombreux Amérindiens, dont les Lakota, les Cheyennes, les Omaha, les Arapahos, les Kiowas et les Kiowas-Apache, le monument est une profanation des Black Hills, qu'ils considèrent comme sacrés. Les Lakota connaissent la région sous le nom de Paha Sapa - "le cœur de tout ce qui est".

Des manifestations sont attendues à Keystone, la petite ville située près du monument. Chase Iron Eyes, un porte-parole du président sioux Oglala, a déclaré que les manifestants aimeraient faire entendre leur voix devant le monument lui-même, mais il n'est pas sûr qu'ils puissent s'approcher.

Jeff Easton/Rapid City Journal via AP)
Des agents des forces de l'ordre le jeudi 2 juillet 2020 sur le site près du lac Horse Thief contrôle des voitures allant vers le mémorial national du Mont Rushmore.Jeff Easton/Rapid City Journal via AP)

"Le Mont Rushmore est un symbole de la suprématie blanche, du racisme structurel qui est toujours bien vivant dans la société actuelle", déclare Nick Tilsen, membre de la tribu Oglala Lakota et président d'une organisation locale de militants appelée NDN Collective. "C'est une injustice de voler les terres des peuples indigènes, puis d'y graver les visages blancs des colonisateurs qui ont commis un génocide".

Si certains militants, comme Tilsen, veulent voir le monument détruit et les Black Hills rendus aux Lakotas, d'autres demandent à recevoir une part des bénéfices économiques générés par le monument, conçu dans les années 1920 comme une attraction touristique en adéquation avec une nouvelle mode de vacances, le "road trip".

Des risques sanitaires importants

En plus du choix symbolique du lieu, des dirigeants de plusieurs tribus amérindiennes de la région ont également fait part de leurs inquiétudes quant au fait que l'événement pourrait entraîner de nouveaux cas de coronavirus parmi leurs membres, qui, selon eux, sont particulièrement vulnérables au Covid-19 en raison d'un système de soins de santé sous-financé et de maladies chroniques.

"Le président met en danger les membres de notre tribu pour organiser une séance de photos sur l'un de nos sites les plus sacrés", explique Harold Frazier, président de la tribu des Sioux de la rivière Cheyenne, à l'agence AP.

"Nous avons dit à ceux qui sont inquiets qu'ils peuvent rester chez eux", a expliqué la gouverneure républicaine Kristi Noem sur Fox News. "Pour ceux qui veulent se joindre à nous, nous distribuerons des masques gratuits, s'ils décident d'en porter un. Mais il n'y aura pas de distanciation sociale".

De de plus, certains experts en feux de forêt ont fait part de leurs inquiétudes quant à la possibilité que le feux d'artifices prévus puisse déclencher des incendies, notamment parce que la zone a connu un temps sec cette année. Les pompiers ont du faire appel à des équipes de deux autres États pour les aider ce jeudi, car un incendie a dévasté environ 61 hectares de forêt à 10 kilomètres au sud du monument.

Le Mont Rushmore fascine Trump

Le dernier président en exercice qui s'est rendu au Mont Rushmore était George W. Bush, en 2002. Donald Trump évoque lui depuis longtemps sa fascination pour ce site sculpté de 1927 à 1941 dans les Black Hills. En 2017, il avait même évoqué, en plaisantant, la possibilité que son visage y soit ajouté un jour.

Au-delà de toute considération politique, il est peu probable que cela arrive un jour."De temps en temps, des individus ou des organisations proposent d'ajouter de nouveaux bustes (...) mais cela n'est pas possible", explique à l'AFP Dana Soehn, porte-parole de ce Parc national.

"La roche qui se trouve autour des visages (des présidents) ne permet pas de sculpture supplémentaire", explique-t-elle.