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Les musulmans de Bosnie commémorent le génocide de Srebrenica

Les musulmans de Bosnie commémorent le génocide de Srebrenica
Tous droits réservés  Kemal Softic/AP
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Les musulmans de Bosnie ont commémoré samedi le génocide de Srebrenica perpétré il y a 25 ans, pire tuerie sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale avec plus de 8 000 morts, dans un mémorial à l'affluence réduite par le coronavirus.

Lors de la commémoration, la présidente de l'association Mères des enclaves de Srebrenica et Zepa Munira Subasic a souhaité envoyer un message aux "criminels qui ont commis ce génocide".

"Nous vous pourchasserons et nous n'abandonnerons jamais. Il y aura toujours quelqu'un pour vous poursuivre. C'est notre droit et notre obligation" a-t-elle lancé.

8 000 hommes et adolescents exécutés

Dès la prise de la ville de Srebrenica en juillet 1995, le leader militaire serbe Ratko Mladic ordonne l'évacuation des civils, femmes, enfants et vieillards, tandis que sont fait prisonniers tous les hommes en âge de combattre.

En l'espace de quelques jours, plus de 8 000 hommes et adolescents vont être exécutés sommairement avant d'être enterrés dans des fosses communes. Les restes de victimes seront retrouvés dans plus de 80 charniers, dont la moitié secondaires.

Dès le 17 juillet, des témoignages affluent émanant de réfugiés qui font état de meurtres, torture, viols commis par les forces serbes dans l'enclave et sur la route de l'exode de la population civile.

Le 24 juillet et le 16 novembre, Radovan Karadzic, leader des Serbes de Bosnie et le général Ratko Mladic, sont inculpés par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Longtemps en fuite après la guerre, les deux ont été condamnés à perpétuité.

A ce jour, près de 6 900 victimes du massacre ont été retrouvées dans plus de 80 fosses communes et identifiées. La plupart reposent dans le Centre mémorial du génocide. 25 ans après, des corps continent d'être enterrés après avoir été identifiés.

Le déni

Le massacre de Srebrenica est le seul épisode du conflit bosnien qualifié d'acte de génocide par la justice internationale. Mais sa gravité est toujours minimisée par les dirigeants politiques des Serbes de Bosnie.

Le membre serbe de la présidence collégiale de Bosnie, Milorad Dodik, refuse la qualification de "génocide" et parle de "mythe". Le maire serbe de Srebrenica, Mladen Grijicic, a affirmé "qu'il y a tous les jours de nouvelles preuves qui nient la présentation actuelle de tout ce qui s'est passé" à Srebrenica.

"Nous insisterons sans répit sur la vérité, sur la justice et sur la nécessité de juger tous ceux qui ont commis ce crime", a répondu vendredi le membre bosniaque (musulman) de la présidence tricéphale bosnienne, Sefik Dzaferovic.

"La communauté internationale n'a pas défendu Srebrenica il y a 25 ans, mais elle a la possibilité de défendre la vérité qui est remise en cause", a déclaré Bakir Izetbegovic, chef du principal parti politique bosniaque (musulman), le SDA, et fils du leader des Bosniaques au moment du conflit, Alija Izetbegovic.

"Malgré tout ce qui s'est passé, la vie renaît à Srebrenica (...) Le passé qui a été difficile peut être l'occasion pour mieux se connaître et pour bâtir un avenir meilleur si nous acceptons la vérité comme la ligne directrice", a de son côté exhorté samedi le grand mufti bosnien, Husein Kavazovic.

En raison de l'impossibilité de faire venir des foules en une seule journée, les organisateurs ont invité des gens à visiter le Centre mémorial tout au long de juillet. Plusieurs expositions ont été installées, en particulier les tableaux de l'artiste bosnien Safet Zec consacrés au massacre. Une autre, baptisée "Pourquoi tu n'es pas là?", de l'artiste américaine d'origine bosnienne Aida Sehovic, est constituée de plus de 8 000 tasses de café pour autant de victimes du massacre, disposées sur la pelouse du Centre mémorial.