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Sommet européen : "Les pays frugaux ont réduit les ambitions du couple franco-allemand"

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L'invité d'euronews : Patrick Martin-Genier
L'invité d'euronews : Patrick Martin-Genier   -   Tous droits réservés  Euronews
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Un accord au forceps après 4 jours et 4 nuits de négociations musclées. Les Européens sont parvenus à se mettre d'accord sur un plan de relance de 750 milliards d'euros "historique", selon Emmanuel Macron. Il comprend 390 milliards de subventions directes aux Etats et 360 milliards d'euros redistribués aux Etats via des prêts. Un plan de relance qui sera basé sur une dette commune, une première dans l'histoire de l'Union européenne et un pas de plus vers une Europe plus fédérale. Mais ce sommet restera aussi comme l'un des plus longs de l'histoire de la construction européenne, remettant en lumière de fortes divergences entre pays du nord et du sud.

Patrick Martin Genier, professeur à Sciences Po et spécialiste de l'Europe, analyse sur le plateau d'euronews l'issue de ce sommet.

"Les pays frugaux ont réduit les ambitions du couple franco allemand"

Guillaume Petit, euronews: Qui sort gagnant de ce sommet européen ?

Patrick Martin Genier : "Ecoutez, les politiques vont vous dire que tout le monde en sort gagnant. L'Europe sort gagnante de façon générale. Pourquoi? Parce que c'est un instrument de solidarité. C'est la première fois dans l'histoire de la construction européenne que la Commission européenne va pouvoir lever des fonds sur des marchés internationaux. Il n'en demeure pas moins que cet accord a été conclu sur la base de très lourdes concessions faites aux pays du Nord dits frugaux - les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, mais également l'Autriche - qui ont considérablement réduit la voilure de ce fonds de relance. D'une certaine façon, on peut dire que ce sont les premiers gagnants, car ils ont réduit les ambitions du couple franco allemand."

Guillaume Petit, euronews : D'ailleurs, ils ont obtenu un renforcement des rabais dont ils bénéficient comme contributeurs nets au budget européen. Comment ces pays, qui représentent seulement 10% de la population européenne, sont parvenus à peser autant sur ce sommet ?

Patrick Martin Genier : "Ils ont pesé considérablement dans la mesure où le Conseil européen des chefs d'Etat et de gouvernement statue à l'unanimité. Par conséquent, un seul pays pouvait mettre son veto à cet accord. Et les Etats du Nord, eux qu'on appelle les frugaux, les économes ou les vertueux, ont mis des règles très strictes en menaçant d'opposer leur veto. En d'autres termes, ils ont monnayé leur accord à ce fonds de relance, non seulement en diminuant les fonds qui seront tout simplement accordés via des subventions, mais également en obtenant un rabais de leur contribution sur le budget de l'Union européenne. C'est pour cela qu'ils ont pu négocier."

Derrière la fermeté des "frugaux", des enjeux de politique intérieure

Guillaume Petit, euronews : Que cherchaient-ils ? Est ce qu'il y a aussi des intérêts de politique intérieure qui primaient dans ce jeu de négociation au niveau européen ?

Patrick Martin Genier : "Bien sûr, parce que tous ces pays, tous ces gouvernements, sont des gouvernements de coalition qui sont fragiles. Regardez, aux Pays-Bas, Mark Rutte est sous l'influence des forces de droite nationaliste et le Parlement néerlandais, qui devrait d'ailleurs se prononcer sur ce plan de relance, a voté deux délibérations en demandant au premier ministre d'être très exigeant et sans concessions. Même chose pour Sebastian Kurz, le chancelier autrichien, qui doit diriger une coalition, notamment avec les Verts. Et donc cela veut dire que ces gens là doivent être intransigeants."

"La coopération franco-allemande n'était pas suffisante pour emporter l'adhésion des autres pays"

Guillaume Petit, euronews : Ce sommet était-il aussi un test pour le couple franco allemand qui débouche sur un résultat en demi-teinte ?

Patrick Martin Genier :"Tout le monde dit que c'est un accord historique. Certes, on arrive à un compromis, mais il y a longtemps que ce compromis a été singulièrement écorné. Il est historique dans le sens où l'ont s'est aperçu que cette coopération franco-allemande est nécessaire pour faire avancer l'Europe. Mais qu'elle n'était pas suffisante pour emporter l'adhésion des autres pays de l'Union européenne. Il n'en demeure pas moins que si la France et l'Allemagne ne sont pas d'accord, il est très clair qu'on ne peut plus avancer sur la voie de l'intégration européenne."

Quel impact pour le budget européen ?

Patrick Martin Genier : "Certes, c'est historique en ce sens que la Commission européenne va emprunter. Mais lorsqu'on regarde bien les choses, au final, il va bien falloir financer ce plan de relance. La Commission européenne va emprunter 750 milliards d'euros. De quelle façon? On est en train de nous dire que ce sera via des impôts européens, comme des taxes carbone ou plastique. Très bien, mais il faut savoir que la fiscalité se décide à l'unanimité et qu'on risque donc d'avoir des difficultés pour créer des recettes propres. Et tout le monde n'est pas d'accord sur ce plan. Et l'autre aspect, c'est la solidarité, certes, mais qui demeure limitée. Il ne faut pas oublier non plus que le budget 2021 2027 a été assez largement rogné sur certains aspects, notamment sur la recherche sur Erasmus. Et la politique agricole commune va quand même être stabilisée, certes, mais proportionnellement, ce sera une diminution. Le Parlement européen lui même aura son mot à dire."