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Maria Kolesnikova en détention et Loukachenko affirme : "Si le Bélarus tombe, la Russie suivra"

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Alexandre Loukachenko répondant à un groupe de journalistes russes, Minsk, 8 septembre 2020
Alexandre Loukachenko répondant à un groupe de journalistes russes, Minsk, 8 septembre 2020   -   Tous droits réservés  Nikolai Petrov/BelTA
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Le président du Bélarus Alexandre Loukachenko ne lâche rien, malgré un mois de contestation massive et le dernier rebondissement en date, l'arrestation de l'opposante Maria Kolesnikova.

Dans une interview donnée à plusieurs médias publics russes, Alexandre Loukachenko a bien voulu reconnaître qu'"il était assis sur le fauteuil présidentiel depuis un peu trop longtemps", mais il estime être le seul en mesure de protéger les Bélarusses, il a plaidé pour obtenir le soutien de la Russie, il a même lancé ce qui résonne comme un avertissement :

"Tout cela est très douloureux et même tragique pour moi, mais cela ne signifie pas que je renonce. Parce que je regarde tout cela avec philosophie, un jour il (Dieu) m'appellera là-haut. Mais maintenant, je dois protéger ce qui a été construit de nos mains, protéger les personnes qui l'ont construit, et elles sont une majorité écrasante. **Si le Bélarus tombe, le prochain sera la Russie" et il a ajouté "Si Loukachenko s'écroule, tout le système s'écroulera, suivi de tout le Bélarus".**

En parallèle, l'opposante Maria Kolesnikova, a été arrêtée, officiellement pour violation des règles de franchissement de frontière.

Enlevée lundi matin à Minsk, Maria Kolesnikova a été emmenée de force à la frontière entre le Bélarus et l'Ukraine, mardi à l'aube, tout comme deux de ses collaborateurs du conseil de transition de l'opposition, mais séparément. Ses deux collaborateurs, Anton Rodnenkov et Ivan Kravtsov ont confirmé cette version après avoir rejoint la capitale ukrainienne :

"Maria Kolesnikova est apparue d'un coup au poste frontière, elle était escortée par des hommes (non identifiés), y'avait beaucoup de bruit. Il était évident qu'elle était conduite de force et qu'elle résistait. Elle a été poussée de force sur le siège arrière et enfermée à l'intérieur d'une voiture. Elle criait qu'elle n'irait nulle part, puis elle a déchiré son passeport et a jeté les petits morceaux par la fenêtre. Ensuite, elle a réussi à sortir par la fenêtre arrière de la voiture et a commencé à retourner vers la frontière bélarusse à pied" a expliqué Anton Rodnenkov.

Efrem Lukatsky/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved
Conférence de presse à Kiev d'Anton Rodnenkov et Ivan Kravstov, 8 septembre 2020Efrem Lukatsky/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved

Maria Kolesnikova est l'une des trois femmes à avoir pris la tête de l'opposition bélarusse pendant la campagne présidentielle. Elle est la seule restée au pays malgré les menaces, les intimidations et ce qui ressemble à une tentative d'exil forcée.

Entre-temps, Antonina Konovalova a également disparu ce mardi. Il s'agit de la représentante de l'adversaire de Loukachenko à la présidentielle, Svetlana Tikhanovskaïa qui est réfugiée en Lituanie depuis le 10 août.

Prison, exil et harcèlement judiciaire, le point au Bélarus

Face à une contestation croissante, le régime du président bélarusse Alexandre Loukachenko a usé de différentes tactiques, allant du harcèlement policier à l'exil et l'incarcération, pour écarter les figures les plus en vue de l'opposition.

Candidats en prison

En mai, la campagne pour l'élection présidentielle du 9 août démarre. Contrairement aux scrutins précédents, plusieurs candidats anti-Loukachenko suscitent une adhésion populaire.

Deux sortent du lot: Sergueï Tikhanovski, un vidéo-blogueur devenu populaire en étrillant la corruption du pouvoir, et un ancien banquier, Viktor Babaryko. Tout laisse à penser qu'ils franchiront la difficile barrière de la collecte des 100.000 parrainages nécessaires pour se présenter.

Mais le 29 mai, Sergueï Tikhanovski, en plein échange avec des sympathisants, est approché dans la rue par deux policiers. L'un chute, ce qui conduit à l'arrestation du Youtubeur et son inculpation pour "violences".

Le 18 juin, Viktor Babaryko est à son tour arrêté: Minsk l'accuse d'être à la tête d'un "groupe organisé" coupable, dans la banque Belgazprombank qu'il dirigeait, de fraudes et blanchiment.

Les deux hommes ne sont depuis pas sortis de prison.

Exil imposé

"Notre société n'est pas prête à voter pour une femme", avait fanfaronné Alexandre Loukachenko quand Svetlana Tikhanovskaïa avait annoncé prendre la suite de son mari. L'ex-mère au foyer est donc alors autorisée à prendre part à l'élection.

Elle forme une coalition avec deux autres femmes: l'épouse d'un autre candidat ayant choisi l'exil fin juillet, Veronika Tsepkalo, et Maria Kolesnikova, la directrice de campagne de Viktor Babaryko. A la surprise générale, la sauce prend: leurs meetings réunissent des dizaines de milliers de personnes.

Dans les derniers jours de campagne, une dizaine de leurs collaborateurs sont arrêtés. Veronika Tsepkalo rejoint alors son mari en exil.

Après l'élection, qu'Alexandre Loukachenko clame avoir remportée avec 80% des voix, des manifestations éclatent dans tout le pays et sont violemment réprimées.

Le lundi 10 au soir, lendemain du vote, Svetlana Tikhanovskaïa disparaît après avoir été retenue des heures au siège de la commission électorale.

Elle réapparaît le lendemain en Lituanie et l'agence étatique Belta diffuse une vidéo où elle lit d'une voix monocorde un texte appelant à "ne pas descendre dans la rue". Pour ses soutiens, l'enregistrement a été réalisé "sous la pression" et Svetlana Tikhanovskaïa a été contrainte de se réfugier à l'étranger.

Plusieurs autre suivent. Olga Kovalkova, une juriste de 36 ans, raconte comment elle a été arrêtée, menacée par les services spéciaux (KGB) puis relâchée entre les postes-frontières bélarusse et polonais. Pavel Latouchko, ex-ministre passé à l'opposition, s'est lui réfugié en Pologne.

Le chef de l'Eglise catholique, bien que détenteur de la citoyenneté bélarusse, s'est vu refuser de rentrer dans son pays.

Harcèlement judiciaire

Depuis son exil, Svetlana Tikhanovskaïa a fondé au Bélarus un Conseil de coordination pour organiser une transition du pouvoir. Alexandre Loukachenko menace de "refroidir certaines têtes brûlées en son sein".

Débute un harcèlement judiciaire: les responsables de ce conseil, dont la prix Nobel Svetlana Alexievitch, sont convoqués pour des interrogatoires. Certains d'entre eux sont interpellés, notamment devant des usines où ils soutiennent les ouvriers en grève, et condamnés à de courtes peines de prison. D'autres, Olga Kovalkova et Pavel Latouchko, se retrouvent à l'étranger.

Depuis l'arrestation de Maria Kolesnikova, seuls deux des sept membres du présidium du Conseil de coordination restent libres et au Bélarus : Svetlana Alexievitch et Maxime Znak, un avocat de 39 ans.