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Etats-Unis : 7 raisons pour lesquelles Trump peut être réélu

Le président Donald Trump arrive pour prendre la parole lors d'un meeting de campagne à l'aéroport Smith Reynolds, mardi 8 septembre 2020, en Caroline du Nord.
Le président Donald Trump arrive pour prendre la parole lors d'un meeting de campagne à l'aéroport Smith Reynolds, mardi 8 septembre 2020, en Caroline du Nord.   -   Tous droits réservés  Evan Vucci/The Associated Press.
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A moins de 55 jours de l’élection présidentielle américaine qui aura lieu le 3 novembre 2020, la tendance semble indiquer que le candidat démocrate Joe Biden va battre Donald Trump et devenir le futur locataire de la Maison Blanche. En effet, les prédictions du site d’analyse politique FiveThirtyEight, fondées sur une compilation de sondages locaux et nationaux, donnent actuellement à l'ancien vice-président démocrate 74% de chance de l'emporter. Et ce, malgré les récentes sondages plus favorable au président à la suite de la convention nationale républicaine.

Mais, échaudés par l’expérience de 2016 où Hillary Clinton était donnée grande gagnante par de nombreux sondeurs, commentateurs et médias, de nombreux Américains se méfient. Et une partie du reste du monde aussi.

De son côté, Trump en campagne redouble d'efforts et martèle le thème de "la loi et l'ordre" pour peindre les démocrates en complices, sinon en responsables, des manifestations émaillés d'émeutes qui secouent les Etats-Unis depuis la mort de George Floyd lors de son arrestation en mai dernier.

Pourquoi Donald Trump peut être réélu ?

Pour aller au-delà des sondages et des chiffres, Euronews a interrogé de nombreux experts, politologues et chercheurs américains pour savoir les raisons, parfois négligées, selon lesquelles le président Donald Trump peut faire mentir les prédictions et conserver sa place dans le Bureau ovale après l'élection présidentielle.

1. Sa base reste soudée autour de lui

Le président Trump "a le soutien d'un noyau dur d'électeurs dévoués" explique Mary E. Stuckey, professeure de communication au College of the Liberal Arts de la Pennsylvania State University. La chercheuse, qui a analysé le style rhétorique du président Trump, poursuit : "il y a les élections de persuasion et les élections de mobilisation, c'est à dire celles qui reposent sur le fait de convaincre les électeurs indécis et celles qui sont décidées principalement par la participation des électeurs déjà décidés". Et 2020, elle, "est une élection de mobilisation".

Cette base électorale dévouée au président "reste composée de chrétiens conservateurs, plus précisément de nationalistes chrétiens, et de personnes ayant une vision restrictive de l'immigration. Il y a beaucoup de chevauchements entre ces deux groupes. Ce sont les deux plus grands groupes de partisans de Trump" explique Joseph Baker, professeur de sociologie des religions à l'East Tennessee State University. "Ces deux sujets sont en réalité ancrés dans les craintes de nombreux Américains blancs à l'égard de la diversité".

Et si la question de l'immigration, qui a mobilisé les électeurs pro-Trump en 2016, est passé au second plan derrière la pandémie et les manifestations anti-racistes, elle pourrait à nouveau servir pour s'arrurer du soutien de ce cette base électorale. "Le message actuel de Trump sur l'ordre et la sécurité [en réaction aux émeutes, ndlr] pourrait facilement être adapté pour inclure l'immigration illégale et le mur à la frontière sud, ce qui pourrait trouver un écho auprès des électeurs qui ont une attitude plus conservatrice en matière d'immigration," explique Andrew Green, professeur de sciences politiques au Central College dans l'Iowa.

Evan Vucci/ The Associated Press
Des supporters écoutent le président Donald Trump lors d'un meeting de campagne à l'aéroport Smith Reynolds, mardi 8 septembre 2020, en Caroline du Nord.Evan Vucci/ The Associated Press

"Je vis en Géorgie et je peux voir à quel point sa base est enthousiaste et visible. Il n'y a plus de honte à soutenir Trump, en partie parce que ceux qui étaient vraiment mal à l'aise avec lui ont quitté le parti", explique Cas Mudde, un politologue néerlandais professeur à l'université de Géorgie, un Etat que Donald Trump a remporté avec 5 points d'avance sur Hillary Clinton en 2016. "Il n'y a pas une telle énergie envers Biden ici."

Trump a fait ce qu'attendaient de lui les racistes et les religieux, deux groupes démographiques importants. De plus, ces deux groupes sont terrifiés par le Parti démocrate, ils vont donc se mobiliser pour aller voter.
Cas Mudde
Professeur de sciences politiques

2. Un système électoral en sa faveur

Comme le souligne le professeur Baker, le sociologue des religions "le collège électoral sur-représente inévitablement ces électeurs, car ce système favorise les États ruraux" [relativement plus religieux, ndlr], ce qui pourrait permettre à Trump de l'emporter avec un soutien populaire limité.

De plus, selon le professeur Stuckey, "étant donné que les efforts républicains pour réduire le nombre d'électeurs sont extrêmement importants, les opposants à Trump devront se déplacer en très grand nombre pour le battre." Un point aussi soulevé par Cas Mudde, qui dit que ces efforts sont "encore plus important qu'auparavant." Et pourrait rendre la tâche ardue à certains électeurs démocrates.

3. Tout va dépendre des Etats charnières

Trump peut encore gagner "s'il progresse dans les six États clés, et ce, malgré son déficit dans les sondages nationaux," souligne John E. Owens, professeur émérite de politique américaine au Centre for the Study of Democracy de l'Université de Westminster au Royaume-Uni. Il précise que, même si Biden est actuellement en tête dans les six Etats charnières — qui peuvent faire basculer l'élection d'un côté comme de l'autre — et qu'il n'ait besoin de gagner que 3 des 6, "la Caroline du Nord sera toujours très serrée, la Pennsylvanie semble se resserrer et le Wisconsin aussi probablement, même si Biden reste en tête". De plus "la Floride est toujours serrée avec une certaine incertitude quant à savoir si Biden peut mobiliser le vote latino" à cause d'une certaine hostilité d'une partie de la diaspora cubaine contre le candidat démocrate.

4. Le facteur temps

Trump tente d'effrayer l'électeur blanc des banlieues pavillonnaires pour qu'il le soutienne à nouveau, et invoque pour cela des arguments d'ordre public, des messages implicites à caractère racial et la menace du socialisme", explique Cas Mudde. "Ce qui ne marchera pas si bien que ça contre Biden, largement considéré comme un modéré". Mais le temps joue en faveur du républicain, candidat à sa propre réélection. Pour le politologue néerlandais, "la lassitude face au Covid-19 et une reprise économique, par rapport à l'été 2020 plutôt qu'à l'hiver 2019, peuvent l'aider à se faire réélire."

"L'adversaire du président Trump dans cette élection n'est pas Joe Biden. Son principal adversaire est le temps. Pour être réélu, il doit faire en sorte que le temps s'inverse pour que le passé redevienne le présent" affirme Dr Roderick P. Hart, chaire en communication et professeur de sciences politiques au Moody College of Communication de l'Université du Texas à Austin. Ce n'est pas une tactique nouvelle selon le professeur. Elle a été utilisée par des candidats, démocrates comme républicains, faisant face à des scandales.

Si Trump gagne, ce sera parce qu'il aura trouvé un moyen de faire oublier le présent aux électeurs.
Roderick P. Hart
Politologue

Selon le Dr Hart, "la convention républicaine a tenté de faire oublier le passé" en martelant, par exemple, que Trump a toujours aimé les Noirs, il n'a jamais parlé de manière désobligeante des alliés internationaux des US ou qu'il respecte totalement les femmes et les Hispaniques. "L'argument de base de Trump dans cette élection est que parce que les États-Unis étaient autrefois en bonne santé et riches, il devrait être réélu. La réalité ressentie, bien sûr, est qu'une grande partie de la nation est maintenant ruinée et malade."

5. Il est le président sortant

Donald Trump joue en quelque sorte à domicile. "Nous l'avons vu avec l'utilisation de la Maison Blanche pour la Convention républicaine, Trump jouit des avantages de la position de président sortant et d'un meilleur accès aux médias" explique le professeur Owens. A l'inverse, "par définition, Biden est un spectateur qui ne peut pas utiliser les pouvoirs du gouvernement" pour sa campagne. De plus "bien que le temps presse, M. Trump pourrait encore améliorer considérablement ses performances en matière de gestion de la crise du Covid-19, qui est le principal frein à son taux de popularité".

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Donald Trump Jr, le président Donald Trump et la première dame Melania Trump sur la pelouse de la Maison Blanche au 4e jour de la Convention nationale républicaine.Evan Vucci/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved

6. La situation chaotique aux Etats-Unis l'aide plus qu'elle ne le dessert

"Le point le plus souvent négligé est peut-être le fait que, comme Trump se nourrit de la peur, la pandémie lui fait du mal mais l'aide aussi. La réaction du gouvernement est terriblement inefficace, ce dont Trump pâtit, mais la situation sanitaire peut être une bénédiction dans la mesure où le niveau de peur de la population est actuellement plus élevé que la moyenne," explique le professeur Baker, de l'East Tennessee State University, dont le dernier livre porte sur la culture de la peur aux Etats-Unis. "Donc, s'il peut trouver un moyen de mobiliser ces craintes à ses fins, il aura une chance."

7. Les sondages se trompent (peut-être)

A l'instar de la précédente élection présidentielle, les sondages pourraient aussi se tromper,. "Soit parce que les électeurs "timides" de Trump n'admettent pas le soutenir, comme en 2016," rappelle le professeur émérite qui souligne qu'un récent sondage Bloomberg "suggère que les républicains et les indépendants sont moins susceptibles que les démocrates de révéler leurs préférences partisanes sincères". Soit aussi "parce que les échantillons démographiques des sondeurs, en particulier dans les États charnières, pourraient être défaillants et inclure trop de démocrates et/ou trop peu d'hommes blancs non diplômés," biaisant ainsi les résultats en faveur de Joe Biden.