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Présidentielle aux Etats-Unis : le premier débat Trump/Biden tourne au vinaigre

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Le candidat démocrate Joe Biden et le président des Etats-Unis Donald Trump, lors de leur Premier débat à Cleveland le 29 septembre 2020.
Le candidat démocrate Joe Biden et le président des Etats-Unis Donald Trump, lors de leur Premier débat à Cleveland le 29 septembre 2020.   -   Tous droits réservés  Olivier Douliery/Pool vi AP
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"Horrible", "misérable"... Le ton est donné par le quotidien américain Washington Post. Le premier débat entre Donald Trump et Joe Biden a donné lieu un spectacle particulièrement chaotique à 35 jours d'une élection présidentielle américaine sous haute tension.

Ce premier duel, organisé ce mardi à la Case Western Reserve University de Cleveland dans l’Ohio, a ainsi été le théâtre de moult invectives, railleries et attaques personnelles entre les deux candidats à la Maison Blanche.

Lors de cette véritable passe d'armes, suivie en direct par des dizaines de millions d'Américains, le candidat démocrate de 77 ans a, par exemple, demandé au 45e président des Etats-Unis, 74 ans, de "la fermer", alors qu'il était constamment interrompu lors d'une prise de parole.

Quelques minutes plus tard, Joe Biden toujours excédé par les interruptions de Donald Trump a lâché qu'il était "impossible d'en placer une avec ce clown" avant de se raviser et d'ajouter "pardon, avec cette personne".

AP Photo/Patrick Semansky
L'ancien vice-président et candidat démocrate Joe Biden lors de son premier débat avec Donald Trump, actuel président et candidat à sa réélection, le 29 septembre 2020AP Photo/Patrick Semansky

Le candidat démocrate a aussi accusé Donald Trump d'être "le caniche" du président russe Vladimir Poutine.

"Il est le caniche de Poutine. Il refuse de dire quoique ce soit à propos des primes pour tuer des soldats américains", a-t-il lancé . Selon plusieurs médias américains, des agents russes auraient distribué de l'argent à des combattants "proches des talibans" pour qu'ils tuent des soldats américains en Afghanistan.

Dès le début du débat, le président Donald Trump s'est lui efforcé de dépeindre Joe Biden comme une marionnette de la gauche radicale. Et il n'a fallu que 18 minutes au démocrate pour traiter le républicain de menteur alors que les candidats s'affrontaient sur la pandémie, l'économie et les soins de santé, notamment l'Obamacare dont Trump veut, depuis le début, se débarrasser.

"Il n'y a rien d'intelligent en vous", a par exemple lancé Donald Trump, en mauvaise posture dans les sondages, qui espérait un faux-pas de son rival qui n'a pas eu lieu.

Mais l'ancien vice-président de Barack Obama, dont la combativité suscitait des interrogations, a tenu le choc dans ce face-à-face tendu.

Les yeux plantés dans la caméra, il a régulièrement pris les Américains à témoin, les appelant à se rendre aux urnes pour éviter "quatre années de plus de mensonges".

Trump refuse de condamner les suprémacistes

L'un des grands tournants de ce débat est sans doute le refus du président américain de condamner clairement les suprémacistes blancs.

AP Photo/Patrick Semansky
Donald Trump, lors de son premier duel avec Joe Biden, le 29 septembre 2020 à ClevelandAP Photo/Patrick Semansky

Evitant de répondre directement au modérateur du débat Chris Wallace, qui l'invitait à les condamner sans détour, Donald Trump a eu une réponse sibylline : il a évoqué les Proud Boys, un groupuscule nationaliste prônant la supériorité de la race blanche, les appelant à "reculer et à se tenir prêts".

"Mais je vais vous dire, on doit faire quelque chose au sujet des antifas", a-t-il dit dans la foulée au sujet des groupuscules d'extrême gauche, en assurant qu'aux Etats-Unis les violences émanaient bien davantage de l'extrême gauche que de l'extrême droite.

Des membres des Proud Boys, une organisation extrémiste fondée à New-York en 2016, n'ont pas tardé à reprendre à leur compte les propos de Trump pour les accoler à leur logo jaune et noir, diffusant ensuite l'image sur leurs réseaux internes.

"Voilà. C'est ça l'Amérique de Donald Trump", a dénoncé le candidat démocrate Joe Biden, partageant un tweet d'un journaliste du New York Times sur le sujet.

"On a demandé au président Trump de condamner le suprémacisme blanc. Il a refusé (...) le président Trump est une honte nationale, et les Américains ne le toléreront pas", a réagi le chef de la minorité démocrate au Sénat, Charles Ellis Schumer.

Donald Trump "doit aux Américains une explication ou des excuses. Maintenant", a commenté Jonathan Greenblatt, le président de l’Anti-Defamation League (ADL), une organisation de lutte contre l'antisémitisme.

"Aucun plan" contre le Covid-19

Les deux candidats septuagénaires se sont aussi écharpés sur le bilan de la pandémie de Covid-19 aux Etats-Unis, pays le plus endeuillé au monde avec plus de 205 000 morts.

"Vous n'auriez jamais pu faire le travail que nous avons fait, vous n'avez pas cela dans le sang", a martelé Donald Trump.

"Je sais ce qu'il faut faire" tandis que "le président n'a aucun plan", a répondu Joe Biden.

Coronavirus oblige, et comme prévu, les deux hommes ne se sont pas serré la main mais se sont salués de loin sur la scène de Cleveland, dans l'Ohio, l'un de ces Etats-clés qui pourrait faire basculer la victoire dans un camp ou dans l'autre le 3 novembre.

En outre, Donald Trump a brocardé Joe Biden sur la question des masques. "Je ne porte pas de masques comme lui. Chaque fois que vous le voyez, il a un masque. Il pourrait parler à 30 mètres de distance et il se présente avec le plus grand masque que j'ai jamais vu" a-t-il ainsi déclaré.

Les deux candidats faisaient face à un public restreint, avec leurs épouses, Melania Trump et Jill Biden, toutes deux masquées.

"L'un des pires de l'histoire"

"Ce débat restera comme l'un des pires de l'histoire", a déclaré à Aaron Kall, enseignant à l'Université du Michigan et spécialiste des débats présidentiels.

Si Joe Biden s'est engagé à accepter le résultat du scrutin, Donald Trump a lui esquivé, se bornant une fois de plus à affirmer sans preuves que le vote par correspondance, qui s'annonce important en raison du Covid-19, favoriserait des "fraudes".

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Le journaliste de Fox News, Chris Wallace qui assurait le rôle de modérateur lors ce premier débat, le 29 septembre à ClevelandOlivier Douliery/Pool vi AP

Le 45e président des Etats-Unis a peiné, tout au long du débat, à reprendre la main, tentant d'interrompre "Joe" jusqu'à se faire fermement rappeler à l'ordre par l'animateur du débat, le journaliste de Fox News Chris Wallace, qui a eu du mal à arbitrer ce premier duel.

A l'issue du débat, Donald Trump a estimé qu'il avait été seul contre deux adversaires, Joe Biden et le modérateur Chris Wallace. L'actuel locataire de la Maison Blanche a en effet posté un tweet reprenant les codes des jeux vidéo de combat, type Street Fighter, traduisant sans ambages le fait qu'il n'a pas apprécié la prestation du journaliste de Fox News.

Kamala Harris, la colistière du candidat démocrate a, elle, considéré que le choix était maintenant évident pour les électeurs entre "un leader qui montre la voie" et "un tyran qui ne cesse d'interrompre".

Plusieurs chaînes de télévisions américaines ont réalisé des sondages auprès des téléspectateurs après ce premier débat. Pour CNN, Joe Biden a largement dominé les débats en affirmant que six personnes sur dix ont plébiscité la performance du démocrate contre 28% pour son adversaire républicain.

Pour CBS, le plus convaincant a également été l'ancien vice-président de Barack Obama. Mais Joe Biden l'emporte ici avec un écart bien plus restreint : 48% contre 41% pour Donald Trump.

Si l'impact de ces débats sur le scrutin reste souvent limité, ces rendez-vous sont des moments forts de la campagne électorale, depuis le premier tête-à-tête télévisé organisé il y a 60 ans, à Chicago, entre John F. Kennedy et Richard Nixon.

Les deux autres débats présidentiels sont prévus les 15 et 22 octobre, respectivement à Miami, en Floride, et à Nashville, dans le Tennessee.

Le vice-président républicain Mike Pence affrontera la colistière de Joe Biden, la sénatrice et ex-procureure Kamala Harris, le 7 octobre à Salt Lake City, dans l'Utah.