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Autriche : le parti de la bière met la pression à Vienne

Capture d'écran du site du Bierpartei, avec son leader Marco Pogo
Capture d'écran du site du Bierpartei, avec son leader Marco Pogo   -   Tous droits réservés  www.bierpartei.eu
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En avant vers la bièrocratie ! Le parti de la bière (Bierpartei, BIER) a créé la surprise dimanche 11 octobre lors des élections régionales dans le Land de Vienne en Autriche. Cette petite formation politique a en effet récolté plus de 13 000 voix lors de ce scrutin, soit pratiquement 2%. En lisant le programme de ce parti créé en 2015 par Marco Pogo, un rocker viennois qui est aussi médecin, le côté satirique de la démarche est évident. Mais derrière l’objectif de la distribution d’un tonneau de 50 litres de bière par habitant, se cache une critique de la société autrichienne d’aujourd’hui.

De la bière pour tous, mais pas que...

Marco Pogo, de son vrai nom Dominik Wlazny, nous explique que le parti de la bière est "une nouvelle force politique indépendante, non conventionnelle et audacieuse". Ne s'attendant pas à un tel résultat, il se dit ravi de "cette progression fulgurante". Le fondateur du parti de la bière est "d'autant plus satisfait du résultat" malgré l'absence de budget, à l'inverse des partis traditionnels qui "ont dû investir beaucoup d'argent". L'un des clés de cette réussite a été également la campagne, un brin déjantée, de du parti sur les réseaux sociaux analyse celui qui a choisi comme nom de scène cette dance popularisée par le mouvement punk où l'objectif est de tout bousculer.

Je crois que la bière rapproche les gens. C'est pourquoi j'aime utiliser le terme "bièrocratie". Et dans une "bièrocratie", le pouvoir vient de la bière !
Marco Pogo, fondateur du parti de la bière en Autriche.

Marco Pogo, et son groupe "Turbobier", ont subi de plein fouet les effets indirects de la pandémie de Covid-19. Il explique que "2020 a porté un coup dur à l'industrie du spectacle". L'un des axes les plus importants de sa démarche est de "préserver la diversité culturelle à Vienne" mise à mal par les mesures pour combattre le coronavirus, "parce que non seulement les personnes qui créent elles-mêmes la culture en dépendent, mais aussi toute une industrie, qui est aujourd'hui menacée de disparition".

Par exemple, Le "docteur" Marco Pogo fustige la politique d’aide mise en place par le gouvernement de Chancelier Sebastian Kurz pour aider le monde de la culture dans la république alpine. Si les grandes institutions, telles que l’Opéra de Vienne, jouissent de très importantes aides, les petites structures, elles, se meurent. Dans la capitale autrichienne, pratiquement rien n’est fait pour les petites salles de concert et des milliers d’emplois sont ainsi menacés selon Marco Pogo.

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Und das ist gut so. ✖️🍺 @marco.pogo

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De plus, Marco Pogo dénonce également le fait que ces aides, adressées uniquement aux lieux iconiques, renforcent l’uniformité de la scène culturelle viennoise. Un “concert de musique bruyante dans un rade sale et glauque” est ainsi tout aussi important qu’une soirée à la Musikverein de Vienne pour le rocker adorateur de houblon.

Comme pour le monde de la culture, les petites de enseignes de restauration doivent être également aidées, car si rien n'est fait "de nombreux restaurants resteront portes closes une fois la crise passée" ajoute également le fondateur du parti de la bière.

Parti de la bière
Marco Pogo savoure le résultats des éléctionsParti de la bière

En revenant sur la question centrale de la bière, "la meilleure denrée de luxe au monde", Marco Pogo, souhaite également accueillir toutes les bières du monde à Vienne, petite parabole pour signifier ses positions favorables à l’accueil de réfugiés en Autriche.

Autre détail significatif, le site internet du parti se termine en .eu et non en .at, attestant d’un tropisme pro-européen.

Enfin, le leader de Turbobier nous explique que son approche est "tout a fait pacifique et respectueuse d'autrui". Sauf, peut-être, de certains usagers du vélocipède.

Le vélo, ce nuisible...

Le parti voue, en effet, une haine farouche aux adeptes du vélo. Marco Pogo et ses acolytes veulent faire de Vienne la première ville au monde sans cyclistes, en interdisant aux “hipsters” et autres "bobos” en deux-roues de monopoliser les rues, un poil trop sérieux sur leur monture. Et pour faire disparaître les cyclistes, la solution est toute trouvée : de la bière pour tous !

Une future force politique à Vienne ?

Si le Parti de la bière n’a pas réussi à atteindre les 5% requis pour avoir un représentant au parlement du Land de Vienne, ses 2% peuvent être mis en perspective des résultats d’autres formations “anti-système” d'extrême gauche. Avec le SÖZ (Une Autriche sociale pour le futur) et le parti LINKS (Le parti de gauche), le BIER ont en effet récolté plus 5,6%. Un constat laissant augurer de futures alliances.

Toutefois, Marco Pogo pourra siéger à un niveau moindre, dans le conseil de Simmering, le XIe arrondissement de Vienne. En effet, le système électoral dans la capitale autrichienne est assez complexe. Vienne est à la fois une ville et un Land, un Etat, dans le système fédéral du pays. Et ce dimanche se sont également tenues, parallèlement aux élections pour renouveler le Parlement de Vienne, des scrutins dans chaque arrondissement de la métropole de 1,8 million d’habitants.

"Environ 7,5 euros par électeurs sont mis dans un pot distribué proportionnellement aux partis en fonction du résultat du vote dans la circonscription où ils se présentent. La Team HC Strache reçoit environ 350 000 euros et le Bierpartei 158 000 euros" - Martin Thür, journaliste

Outre Marco Pogo, le parti de la bière a décroché 10 autres sièges dans les arrondissements viennois. Mais problème, le parti ne compte à ce jour que six membres. Un campagne de recrutement a donc été lancée ! Quoiqu’il en soit, avec ce résultat, le parti va pouvoir bénéficier d’un financement public, ce qui n'était pas le cas jusqu’à lors. Le président du parti, lui, espère que sa formation va s'enraciner dans la scène politique viennoise. Il nous assure que les premières actions de son parti seront orientées "vers la culture" et vers la réalisation d'une des promesses de campagne : "la construction d'une fontaine à bière géante" sur une place de la capitale autrichienne. Prost !

Le FPÖ à la dérive

Les élections au niveau du Land ont été remportées par le SPÖ. Le parti socialiste autrichien fait même mieux qu’en 2015 en s’octroyant plus de 46% des voix contre 39,5% il y a cinq ans.

Le maire, et chef du parlement du Land de Vienne, Michael Ludwig est donc reconduit. Échéances électorales après échéances électorales, cette formation politique a toujours présidé aux destinées de la capitale autrichienne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Avec l'avènement des petites formations, l’autre enseignement de ce scrutin est l'effondrement du FPÖ. Le parti populiste et d'extrême droite s'effondre littéralement passant de 30,7% à 7%. Son ancien dirigeant, Heinz-Christain Strache, qui avait quitté la direction du FPÖ suite au fameux épisode du Ibizagate, avait lui participé aux élections sous sa propre bannière. Un échec, la “Team HC Strache” n’a en effet récolté que 3,27% des voix.