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#MeToo, #Balancetonporc, trois ans après

#MeToo et #BalanceTonPorc, deux mouvements de libération de la parole des femmes face au harcèlement.
#MeToo et #BalanceTonPorc, deux mouvements de libération de la parole des femmes face au harcèlement.   -   Tous droits réservés  BERTRAND GUAY/AFP or licensors
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#MeToo et #Balancetonporc ont trois ans. Retour sur ces deux mouvements de libération de la parole des femmes face aux violences sexuelles.

#MeToo, de 2017 à 2020

Il y a trois ans, le 15 octobre 2017, l’actrice américaine Alyssa Milano reprenait à son compte une formule choc « Me Too », (« moi aussi »). La formule avait été lancée en 2007 par une Américaine, Tarana Burke, militante féministe, qui, avec ces deux mots, voulait dénoncer les violences sexuelles notamment dans les quartiers défavorisés de New York.

Le tweet d’Alyssa Milano avec le hashtag #MeToo allait donner une ampleur mondiale à la libération de la parole.

Les réseaux sociaux offrent une caisse de résonance à d’innombrables situations personnelles. Des femmes de tout âge racontent comment « elles aussi », ont été victimes de violences sexuelles. Cela va du commentaire graveleux d’un collègue à l’expérience traumatisante du viol par un proche, en passant par les attouchements ou le harcèlement.

Harvey Weinstein, #MeToo et les stars

Le message de l’actrice Alyssa Milano sur Twitter le 15 octobre vient en écho à une enquête publiée quelques jours plus tôt par le New York Times et le New Yorker. Ces deux journaux américains révèlent qu’une douzaine de femmes accusent le producteur de cinéma Harvey Weinstein de harcèlements et d'agressions sexuelles.

Les langues se délient à Hollywood. Plusieurs actrices indiquent avoir été victimes d’Harvey Weinstein : Rosanna Arquette, Eva Green, Salma Hayek, Angelina Jolie, Ashley Judd, Gwyneth Paltrow…

Au Canada, le producteur Gilbert Rozon tombe de son piédestal et quitte toutes ses fonctions, suite à la révélation à l’automne 2017, d'agressions sexuelles présumées émanant de comédiennes et d’animatrices télé.

En France aussi, des comédiennes se confient sur une certaine réalité sur les plateaux de cinéma ou à la télé : comportements déplacés, harcèlements, agressions sexuelles. En novembre 2019, l’actrice Adèle Haenel accuse le réalisateur Christophe Ruggia de lui avoir fait subir des attouchements quand elle était plus jeune.

L’objectif du hashtag #MeToo est atteint : en quelques semaines, des milliers de messages sont postés sur les réseaux sociaux. Les victimes sont encouragées à parler.

Trois ans plus tard, celle qui avait lancé ces deux mots « Me Too » salue le chemin parcouru. Mais Tarana Burke regrette que le mouvement « ne se concentre pas assez sur les minorités, qui sont moins visibles que les stars ».

Et maintenant au Danemark

Parti des Etats-Unis, ce mouvement MeToo s’est très rapidement propagé au monde entier. Et il ne semble pas faiblir. Dernier exemple en date : le Danemark.

A l’automne 2017, dans le sillage de #MeToo, plusieurs femmes s’étaient exprimées pour dénoncer des faits de harcèlement sexuel. Mais le débat avait tourné court.

Le sujet est revenu sur le devant de la scène médiatique fin août. Sofie Linde, animatrice télé, raconte lors d’un gala télévisé, plus de douze ans après les faits, comment un haut-responsable de la télévision publique lui avait proposé de favoriser sa carrière en échange d'une fellation.

En brisant ainsi le silence, Sofie Linde ouvre une brèche. Des centaines de femmes lui expriment leur soutien, dénonçant avoir toutes souffert du sexisme à un moment de leur carrière.

La déferlante #MeToo a eu raison du maire de Copenhague. Visé par des accusations de harcèlement sexuel, Frank Jensen, 59 ans, a présenté sa démission ce lundi 19 octobre.

De #MeToo à #ActToo

Trois ans jour pour jour après avoir lancé le #MeToo, l’actrice américaine Alyssa Milano a proposé de passer à une nouvelle étape : après avoir témoigné, elle propose d’agir. Et elle lance un nouveau hashtag : #ActToo.

« Cela répond à une demande qui revient souvent : ‘’qu’est-ce qu’on fait maintenant ?’’ », explique l’actrice dans la vidéo postée sur Twitter. Et d’expliquer qu’agir peut se traduire par participer à une marche pour les droits des femmes ou tout simplement lire un livre sur le sujet.

La détermination reste la même : contribuer à « mettre fin aux violences sexuelles ».

#BalanceTonPorc, de 2017 à 2020

En France, le mouvement #MeToo va connaître une déclinaison particulière avec le hashtag #Balancetonporc.

L’initiative revient à une journaliste, Sandra Muller. Depuis New York, le 13 octobre 2017, elle poste deux messages sur Twitter :

« Tu as de gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit. Éric Brion, ex‐patron d’Equidia #BalanceTonPorc »

« #balancetonporc !! toi aussi raconte en donnant le nom et les détails un harcèlent sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends »

Comme pour #MeToo, le but est de libérer la parole de toutes les femmes pour dénoncer le harcèlement sexuel.

En quelques jours, c’est une avalanche de témoignages, émanant de personnalités connues mais surtout d’inconnues. Elles racontent des situations vécues, endurées, dans le cercle familial, au travail, au sein du couple…

Le hashtag #Balancetonporc perdure aujourd’hui sur les réseaux sociaux. Il s’est enrichi d’un site internet : balancetonporc.com

Une simple visite sur ce site permet de mesurer, encore aujourd’hui, l’ampleur du phénomène. Les responsables de la plateforme précisent que ce site permet de poster anonymement son témoignage. Aucun nom, ni adresse e-mail n’est nécessaire pour poster son message.

Témoignages vs délations

Dans son tweet d’octobre 2017, Sandra Muller accusait un homme, Eric Brion. Trois ans après ce fameux tweet, l'intéressé vient de publier un livre intitulé « Balance ton père - Lettre à mes filles du premier accusé de #Balancetonporc »".

Il reconnaît avoir été « maladroit et vulgaire » vis-à-vis de Sandra Muller. Mais il resitue le contexte : il n’a jamais été son supérieur hiérarchique. Les propos incriminés, il les a tenus lors d’une soirée arrosée à Cannes cinq ans plus tôt. Il assure avoir envoyé un SMS le lendemain pour s’excuser. Mais cinq ans plus tard, ses propos lui reviennent à la figure. « Cette maladresse va se transformer en cauchemar », écrit Eric Brion.

Dans cette affaire, Eric Brion a poursuivi Sandra Muller en justice pour diffamation. Et le tribunal de Paris lui a donné raison, condamnant la journaliste à 15 000 euros de dommages et intérêts au titre du préjudice moral.

Sandra Muller a fait appel. La justice devrait se prononcer sur cet appel au premier semestre 2021.

Changement dans les comportements ?

L’an dernier, à l’occasion du deuxième anniversaire de #MeToo, la directrice de la Fédération nationale Solidarité Femmes était interviewée dans le quotidien 20 Minutes. Françoise Brié faisait une sorte de bilan du mouvement, avec ces mots :

« #MeToo a fait des violences sexuelles une vraie question de société. Il a donné de la visibilité aux violences sexuelles. »

De la visibilité certes, mais est-ce que cela a conduit à des changements de comportements ? Le 12 octobre dernier, l'Observatoire étudiant des violences sexuelles et sexistes dans l'Enseignement supérieur a publié les résultats d’une enquête. Selon cette étude, une étudiante sur vingt a déjà été victime de viol, une sur dix d'agression sexuelle.

Un questionnaire, diffusé en ligne entre avril et décembre 2019 auprès des étudiants d'une cinquantaine d'universités, prépas, grandes écoles, BTS, DUT, a reçu 10.381 réponses, majoritairement de femmes (76%).

L'effet de groupe (20%), l'impunité (18%), la consommation excessive d'alcool (18%) et le manque d'éducation des étudiants (18%) sont les causes de violence les plus souvent énoncées dans le questionnaire.

« Tu sais très bien quand t'abuses ♫ »

Changer les comportements ? La chanteuse française Angèle veut y croire. Et elle le dit en musique. Le clip de sa chanson Balance ton quoi a été vu plus de 84 millions de fois...