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Joe Biden a remporté l'élection : quelles conséquences pour l'Europe et que va faire Donald Trump ?

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Par Emma Beswick
Joe Biden lors d'un discours à la veille de l'élection présidentielle le 2 novembre 2020
Joe Biden lors d'un discours à la veille de l'élection présidentielle le 2 novembre 2020   -   Tous droits réservés  Andrew Harnik, AP
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Le démocrate Joe Biden a été élu président des États-Unis après des jours de décompte lorsque la Pennsylvanie et ses vingt grands électeurs lui a été assurée, le propulsant au-delà des 270 grands électeurs nécessaires pour atteindre la Maison Blanche.

Que signifie cette victoire pour l'Europe et que va faire son rival républicain Donald Trump, vaincu ?

Comment une présidence Biden affectera-t-elle les Européens ?

Défense : une réaffirmation des anciennes alliances

Joe Biden sera désormais à la tête de l'armée la plus puissante du monde : qu'en fera-t-il ?

Son administration va probablement se faire l'écho de nombreux appels bipartites lancés au fil des décennies en faveur d'un plus grand partage des charges dans le cadre des diverses alliances entre les États-Unis et d'autres nations, a expliqué à Euronews Rebecca Lissner, chercheuse au Centre d'études sur la sécurité de l'université de Georgetown et co-auteur de "An Open World : How America Can Win the Contest for Twenty-First-Century Order."

Elle espère également voir une réaffirmation des alliances traditionnelles, ainsi qu'un effort pour les moderniser afin qu'elles soient "moins comme des reliques de la guerre froide et plus le type d'outils internationaux dont nous avons besoin pour nous défendre contre tout l'éventail des défis sécuritaires du XXIe siècle, dont beaucoup ne sont pas explicitement de nature militaire".

Joe Biden a évoqué, dans un article du magazine Foreign Affairs datant de début 2020, son intention d'organiser un sommet des démocraties au cours de sa première année de mandant. Selon Rebecca Lissner, cet article laisse entendre que Joe Biden adoptera une approche moins autonomiste que Donald Trump et qu'il donnera la priorité aux "alliés et partenaires démocratiques" qui sont "depuis longtemps au centre de la politique étrangère américaine".

Environnement : retour à l'accord de Paris

Les démocrates ont fait campagne sur des idées politiques détaillées, notamment concernant la crise climatique. Nous avons donc une bonne idée de ce que l'administration Biden promet.

Comme premier geste symbolique envers les alliés des États-Unis et le reste du monde, M. Biden s'est engagé à rejoindre l'accord de Paris aussi rapidement que possible. Les Etats-Unis en sont officiellement sortis le 4 novembre dernier.

Il est, ensuite, probable que M. Biden cherche à rétablir et à développer les politiques protectrices mises en place par son ancien co-listier, le président Barack Obama.

Pour ce faire, M. Biden a promis de consacrer 2 000 milliards de dollars (1 700 milliards d'euros) à la lutte contre la crise climatique, l'objectif ultime étant que les États-Unis atteignent des émissions nettes de CO2 d'ici 2050.

Commerce : pas la fin des guerres commerciales

Si nous pouvons nous attendre à des changements dans les échanges commerciaux entre les États-Unis et l'UE avec la victoire de Joe Biden, cela ne signifiera pas pour autant la fin des guerres commerciales, estime Edward Alden, un expert américain en politique commerciale et maître de recherche au Council on Foreign Relations, lors d'un entretien avec Euronews.

Les questions qui resteront "très, très difficiles" sous une présidence Biden incluent la taxation des géants du numérique, comme Google et Facebook, car les démocrates leurs sont plus redevables que les républicains, nous a-t-il expliqué.

"Le conflit Boeing-Airbus ne va pas disparaître. Et si vous regardez la plateforme de Joe Biden, il a promis la politique "Buy American" la plus agressive que nous ayons jamais vue de la part d'un président", a-t-il précisé. "Je pense que vous allez voir des États-Unis très repliés sur eux-mêmes".

Trump va-t-il se retirer paisiblement ?

Les deux candidats ont le droit de demander un recomptage dans la plupart des cas si le résultat dans un Etat est serré.

L'équipe de campagne de Donald Trump a déclaré qu'elle chercherait à obtenir un recomptage dans le Wisconsin et a engagé des poursuites dans les États de la Pennsylvanie, du Michigan et de la Géorgie.

Des juges de Géorgie et du Michigan ont rapidement rejeté les poursuites ce jeudi.

Les équipes de Donald Trump ne demandent parfois qu'un meilleur accès des observateurs aux bureaux de dépouillement. Pour autant, un juge en Géorgie a rejeté une telle de leur plainte moins de 12 heures après son dépôt. Et un juge du Michigan a rejeté une plainte de l'équipe de Donald Trump sur la question du nombre d'observateurs républicains ayant accès au traitement des bulletins de vote par correspondance.

Dario Lopez-MIlls, AP
Deux observateurs, un républicain et un démocrate, vérifient des résultats à Phoenix en Arizona, le 5 novembre 2020Dario Lopez-MIlls, AP

L'avocat de M. Biden, Bob Bauer, a déclaré que les poursuites étaient légalement "sans fondement". Leur seul but, a-t-il dit, "est de leur donner l'occasion de faire passer un message erroné sur ce qui se passe dans le processus électoral".

Justin Clark, le directeur adjoint de la campagne Trump a rapporté qu'ils allaient porter devant la Cour suprême la question de la validité des bulletins de vote reçus jusqu'à trois jours après l'élection en Pennsylvanie

Dans un premier temps, les tribunaux de l'État statueront sur le fait de savoir si le camp du président sortant a raison de s'opposer au décompte des votes par correspondance reçus après le 3 novembre. La Cour suprême de Pennsylvanie avait, en effet, décidé d'autoriser les fonctionnaires électoraux à accepter les bulletins de vote postés le jour de l'élection et reçus jusqu'au 6 novembre.

Mais ces décisions peuvent finalement faire l'objet d'un recours jusqu'à la Cour suprême des États-Unis, comme lors des élections de 2000 en Floride, où il y avait eu un différend entre George W Bush et Al Gore au sujet du recomptage.

La stratégie juridique des équipes de Donald Trump est jusqu'ici tout à fait inédite. "C'est la première fois dans l'histoire des États-Unis qu'un candidat s'oppose à des votes qui sont par ailleurs légaux uniquement parce qu'ils ont été reçus après le jour de l'élection, même si le cachet de la poste indique que le vote a été exprimé avant ou le jour de l'élection", a déclaré à Euronews Norman Williams, professeur de droit constitutionnel à l'université Williamette.

L'ancien chef de cabinet par intérim de M. Trump a déclaré qu'il s'attendait à ce que M. Trump se présente à nouveau aux élections en 2024. "Il n'aime pas perdre", a déclaré Mick Mulvaney, lors d'une session web organisée par l'Institute of International & European Affairs à Dublin.

Que se passera-t-il ensuite ?

Entre l'élection et l'investiture d'un nouveau président américain, qui dure généralement environ 75 jours, l'administration sortante tient informé son successeur des questions importantes concernant la sécurité nationale, les affaires étrangères et autres, dans le cadre d'une transition légalement mandatée.

Elle aide également le président-élu à prendre des décisions en matière de personnel concernant les hauts fonctionnaires. M. Biden doit pourvoir environ 7 000 postes au sein du pouvoir exécutif ; les 1 200 les plus importants - notamment les secrétaires d'État et de la défense - doivent être confirmés par le Sénat.

La journée d'investiture est prévue le 20 janvier 2021, date à laquelle le président-élu et la vice-présidente-élue Kamala Harris prêteront serment et prendront officiellement leurs fonctions.

Donald Trump a jeté le doute sur son engagement à un transfert pacifique du pouvoir, esquivant souvent les questions à ce sujet, mais les médias américains ont rapporté que son administration a travaillé avec l'équipe Joe Biden pour préparer la passation de pouvoir.