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Engagement pour le climat : que cachent les chiffres ?

une activiste de l'ONG Greenpeace à Bruxelles le 10 décembre, alors qu'un sommet de l'Union européenne se tenait dans la capitale belge
une activiste de l'ONG Greenpeace à Bruxelles le 10 décembre, alors qu'un sommet de l'Union européenne se tenait dans la capitale belge   -   Tous droits réservés  KENZO TRIBOUILLARD/AFP or licensors
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Les chiffres sur les émissions de CO2 s'affichent régulièrement à la Une de l'actualité. Lors du dernier sommet européen, les 27 ont relevé de 40% à 55% leur objectif de baisse des rejets d'ici à 2030. D'où viennent ces données et quelles sont leurs limites ? Éclairages.

Les émissions de gaz à effet de serre ne sont évidemment pas toutes mesurées réellement, beaucoup sont calculées ou évaluées à partir d'une masse considérable de données collectées dans chaque pays et dans chaque secteur d'activités (énergie, transport, construction, agriculture etc..) . En Europe, selon les pays, divers organismes (ministères, associations etc...) s'en chargent. En France par exemple, ce rôle revient au CITEPA, le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique.

"Inventaires" depuis 1990

Bien sûr, on ne compte pas que le CO2, mais aussi le méthane, le protoxyde d’azote et trois gaz fluorés, avec chacun un pouvoir de réchauffement global (PRG) différent. Pour pouvoir comparer les données entre pays, une méthodologie pointue a été mise au point par les experts du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Chaque gouvernement est tenu d'établir un rapport chiffré. C'est ce que l'on appelle l'inventaire GES (gaz à effet de serre). Il est utilisé par tous les acteurs de la lutte contre le changement climatique afin de fournir des données objectives sur lesquelles s'appuyer.

Ces inventaires sont publiés sur le site de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

Au sein de l'Union européenne, l'année de référence utilisée est 1990. Les données des pays sont centralisées par Eurostat, l'agence de statistiques de la Commission européenne. Puis c'est l'Agence européenne pour l'environnement qui en fait l'analyse.

des données fiables mais inégales

La fiabilité des données n'est pas remise en cause par les ONG. En revanche, des améliorations peuvent être apportées. Le GIEC met à jour régulièrement sa méthodologie pour renforcer la transparence et améliorer la pertinence des inventaires nationaux.

En outre, certains secteurs d'activité sont plus faciles à évaluer que d'autres. Des dizaines de milliers de sites industriels à forts rejets (sidérurgie, raffineries, matériaux de construction...) bénéficient par exemple de mesures réelles de leurs émissions de CO2. Ce comptage précis s'inscrit dans le cadre du marché du carbone européen, un système d'échange de quotas d'émissions de gaz à effet de serre.

En revanche, il est, par exemple, plus difficile d'évaluer les rejets de l'agriculture, un secteur pourtant clef, source d'un quart des émissions dans le monde. Car le secteur agricole et forestier est à la fois émetteur et capteur de gaz à effet de serre, du fait des phénomènes d'absorption des gaz dans le sol ou par les arbres.

"Les puits de carbone" inclus dans le calcul

Si les associations ont salué l'engagement des 27 à muscler leur engagement climatique, toutes en attendent davantage. A l'exemple du Réseau action climat qui a qualifié cette ambition de "trompe-l’œil qui devra être corrigé dans la mise en œuvre". En effet, l'association souligne que "les dirigeants européens ont inclus les puits carbone dans l’objectif, comptant ainsi sur l’absorption du CO2 par les forêts et les sols, plutôt que sur des efforts secteur par secteur pour réduire les émissions" .

La Commission, elle-même, reconnaît que l'ambition des moins 55% signifierait une baisse réelle des émissions de 50-52 % seulement. Et "pour limiter la température globale à +1,5°C, l’Union européenne devrait baisser ses émissions de 65 % d’ici à 2030".

Quid des émissions de "pollution importée" ?

En outre, certaines données manquent à l'appel. Le calcul de l'empreinte carbone ne comptabilise pas toutes les sources de gaz à effet de serre liées aux échanges internationaux. La contribution des pays au réchauffement climatique ne se limite pas aux émissions produites sur leur territoire. Elle comprend aussi les émissions liées à l'achat de biens et services produits à l'étranger mais consommés dans l'Union.

En France, le Haut conseil pour le climat (HCC) a récemment publié un rapport pour mieux prendre en compte ce phénomène "Maîtriser l'empreinte carbone de la France".

La Commission européenne s'est aussi engagée sur ce terrain et devrait avancer prochainement des propositions avec la création d'une taxe carbone aux frontières. Au-delà des chiffres, c'est sur ces actes que l'exécutif européen est attendu. Les mesures pour mettre en œuvre le nouveau green deal européen doivent être présentées en juin 2021.