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Hongrie : le parti d'Orban quitte le groupe PPE au parlement européen

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Le Premier ministre hongrois Victoo Orban à Bruxelles lors du sommet européen du 2 octobre 2020
Le Premier ministre hongrois Victoo Orban à Bruxelles lors du sommet européen du 2 octobre 2020   -   Tous droits réservés  Olivier Matthys/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved
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Le parti du Premier ministre hongrois Viktor Orban, craignant d'être mis sur la touche, a décidé mercredi de quitter le groupe du Parti populaire européen (PPE, droite) au Parlement européen, après des années de bras de fer.

Une partie des membres de cette première famille politique de l'Union européenne (UE), qui réunit les formations de droite, militaient de longue date pour l'exclusion du Fidesz, face aux virulentes prises de position anti-Bruxelles de son chef et mesures jugées attentatoires aux droits fondamentaux.

C'est une réforme des statuts du groupe PPE, adoptée mercredi à une large majorité (148 voix pour, 28 contre et 4 abstentions), qui a finalement poussé le parti hongrois vers la sortie.

La modification de ces règles internes permet la suspension voire l'exclusion de délégations entières, et non plus seulement de parlementaires individuellement.

Une démarche "hostile" selon Orban

Même si sa formation n'était pas explicitement mentionnée, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a dénoncé une démarche "hostile" visant "clairement" sa formation et a donc décidé de prendre les devants.

"Je vous informe que les membres du Fidesz", au nombre de 12, "se retirent du groupe PPE" avec "effet immédiat", a écrit le dirigeant dans une lettre postée sur Twitter par Katalin Novák, ministre hongroise chargée de la Famille, qui est également vice-présidente du Fidesz.

Nous ne laisserons pas nos députés européens être réduits au silence ou limités dans leur capacité à représenter nos électeurs.[...] C'est pourquoi, suite à l'adoption de nouvelles règles au sein groupe du PPE, le Fidesz a décidé de le quitter.

"C'est antidémocratique, injuste et inacceptable", fustige-t-il. "Il est tout à fait décevant de voir que le groupe du PPE tente de réduire au silence nos eurodéputés démocratiquement élus".

Au sein du groupe PPE, certains disaient leur "soulagement", à l'image de Petri Sarvamaa, rapporteur d'un texte sur l'Etat de droit qui avait subi les foudres de Budapest à l'automne.

"C'est un jour historique pour le PPE et l'Europe", s'est-il exclamé. "Quasiment tous ceux du groupe ont perdu le peu de confiance qu'ils gardaient en l'autoritaire Orban".

Mais le Français Geoffroy Didier (Les Républicains) s'est dit "attristé" par le départ du Fidesz. "Une famille politique doit pouvoir faire vivre des sensibilités différentes et des débats internes sans que cela tourne au drame. Un départ est toujours une défaite", a-t-il réagi.

Les relations entre le dirigeant hongrois et la première force politique européenne sont au plus bas depuis plusieurs années. Des voix toujours plus nombreuses dans les rangs de la droite dénoncent la dérive autoritaire en Hongrie et les attaques contre les valeurs européennes. "C'est à propos de l'Etat de droit, c'est à propos de ce qui se passe en Hongrie, c'est l'essence du problème. Et le problème c'est l'approche provocatrice de certaines déclarations de Viktor Orban contre l'Europe", explique le leader du groupe PPE au Parlement Manfred Weber.

Les eurodéputés du Fidesz assurent que leur Premier ministre conservera une voix puissante dans les institutions européennes malgré cette sortie. "Je ne pense pas du tout que nous ne perdrons de l’influence" affirme l'eurodéputé Balázs Hidvégi (Fidesz).

Un 'Coup dur' pour le Fidesz

Pas sûr pour autant que ce feuilleton au long cours s'arrête là : reste à voter l'exclusion du parti PPE lui-même, dont le Fidesz est déjà suspendu sine die depuis mars 2019. Et c'est loin d'être acquis, d'après plusieurs sources internes au PPE.

"Cela se décide à Berlin", avance l'une d'entre elles, alors que les précédentes tentatives s'étaient heurtées au refus des chrétiens démocrates (CDU) de la chancelière allemande Angela Merkel.

Quoi qu'il en soit, c'est un revers pour le parti du dirigeant hongrois, estime Patrik Szicherle, du groupe de réflexion Political Capital.

"Son pouvoir de lobbying sur la scène européenne s'est déjà affaibli depuis la suspension", qui le prive de droits de vote et de participation aux réunions, "et ce départ du groupe parlementaire est un coup dur supplémentaire".

Que va-t-il désormais advenir des eurodéputés du Fidesz ? "L'option la plus réaliste serait qu'ils rejoignent les eurosceptiques du Parti Conservateur et Réformateur (ECR-droite)", souligne l'analyste, étant donné qu'ils sont en bons termes avec le parti ultra-catholique nationaliste Droit et Justice (PiS), au pouvoir en Pologne. Mais voudront-ils jouer les subalternes de ce puissant allié?

Quant à rejoindre l'extrême droite - un membre du parti allemand Alternative pour l'Allemagne (AfD) a aussitôt tendu la main à Viktor Orban -, le Fidesz n'est sans doute pas prêt à sauter le pas, juge M. Szicherle.

Sur la scène politique hongroise, les partis d'opposition ont applaudi la nouvelle. "Ils goûtent déjà à la défaite", a commenté l'ancien Premier ministre de gauche Ferenc Gyurcsany, à un an des élections législatives.