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Disparition du vol MH370 : sept ans après, "une juxtaposition de zones d'ombre"

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Par Julien Pavy
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MH370
MH370   -   Tous droits réservés  Ng Han Guan/Copyright 2018 The Associated Press. All rights reserved.
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C'est l'un des plus grands mystères de l'aviation civile. Il y a sept ans, le 8 mars 2014, disparaissait le vol MH 370 de la Malaysia Airlines et ses 239 personnes à bord. Des ressortissants d'une quinzaine de pays, pour la plupart Chinois ou Malaisiens, mais aussi quatre Français.

Une enquête est toujours en cours en France

Si des investigations se poursuivent en France, les recherches en mer ont été abandonnées et l'enquête officielle a rendu des conclusions qui n'ont pas permis d'éclaircir la disparition du Boeing 777.

Plusieurs hypothèses ont été avancées : celle de l'incident technique - incendie, dépressurisation - celle d'un détournement terroriste voir d'un suicide du pilote, celle d'une bavure militaire ou d'une opération délibérée pour éliminer l'avion.

Le rappel des faits

Le 8 mars 2014, il est 0h41 en Malaisie quand le MH 370 décolle de Kuala Lumpur vers Pékin. Quarante minutes plus tard, un dernier contact est établi avec l'appareil puis toutes les communications sont coupées à bord. Selon l'enquête officielle, l'avion a ensuite changé de cap comme s'il avait voulu faire demi-tour.

Un radar militaire malaisien l'aurait repéré une dernière fois au-dessus du détroit de Malacca. Puis, selon des données du satellite britannique Inmarsat, il aurait fait route vers le sud jusqu'à l'épuisement de ses réserves de carburant, au large de l'Australie, où il se serait abîmé en plein milieu de l'océan Indien.

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Le trajet présumé du MH370euronews

Les zones d'ombre de l'enquête

Des familles de victimes dénoncent l'absence de preuves et les nombreuses incohérences de l'enquête officielle. C'est aussi l'avis de la journaliste Florence de Changy, correspondante du Monde et de RFI à Hong Kong, auteur du livre "La disparition" (Les Arènes), centré sur cette affaire :

"La version officielle est une juxtaposition de zones d'ombre : de l'extinction des moyens de communication de l'avion jusqu'au crash dans l'océan Indien, en passant par le demi-tour en épingle à cheveux qui est au-delà des capacités d'un Boeing 777. Les données radar du survol de la Malaisie sont totalement incompatibles avec un Boeing 777. Ensuite, on a, soi-disant, la traversée de sept espaces aériens où l'avion n’est ni vu, ni connu. Aucun de ces pays n'a été capable de fournir la moindre preuve radar que cet avion était effectivement passé dans leur ciel. On a tous les navires et avions américains qui surveillent cette zone en permanence. Rien. Et pour finir, il faut réaliser que le scénario du crash dans l'océan Indien est exclusivement basé sur l'extrapolation mathématique archi-sophistiquée des fameuses données Inmarsat qui est une entreprise de communication satellite. Il n'y a jamais eu de preuves tangibles, aucun témoin visuel, aucun débris retrouvé à proximité de l'endroit dit du crash dans les jours, les semaines ou les mois qui ont suivi l'accident. Les débris ont commencé à apparaître quasiment deux ans plus tard. C'est totalement incohérent."

On a, soi-disant, la traversée de sept espaces aériens où l'avion n’est ni vu, ni connu, aucun de ces pays n'a été capable de fournir la moindre preuve radar que cet avion était effectivement passé dans leur ciel.
Florence de Changy
auteur du livre "La disparition"

Des doutes sur l'authenticité des débris retrouvés

Aucun débris flottant de l'avion n'a jamais été repêché. Mais en juillet 2015, moins d'un an et demi après la disparition de l'appareil, un morceau d'aile semblant provenir d'un Boeing est retrouvé sur une plage de l’ile française de La Réunion. "Il y a un grand nombre d'éléments qui laissent à penser que ce fragment n'appartient pas au MH 370, affirme Florence de Changy. "D'abord, la pièce retrouvée n'a pas sa plaque d'immatriculation (...) Il y a beaucoup d'autres éléments troublants dans le dossier du flaperon, par exemple le fait que la flottaison observée en laboratoire ne corresponde pas à l'implantation des bernacles, ces petits coquillages qui avaient poussé dessus."
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Il y a un grand nombre d'éléments qui laissent penser que ce fragment n'appartient pas au MH 370.
Florence de Changy
auteur du livre "La disparition"
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Un morceau d'aile d'avion retrouvé à La réunioncleared

Après le flaperon de l'île de La Réunion, d'autres débris d'avions seront retrouvés par la suite sur les côtes africaines semblant pourtant accréditer la thèse d'un crash dans l'océan Indien, comme le rappelle Xavier Tytelman, expert en aéronautique.

"On a plus d’une vingtaine de morceaux du Boeing 777 qui se sont échoués aujourd’hui sur les côtes africaines qui nous donnent énormément d’informations sur ce qu'il s’est passé à la fin du vol. On sait qu’il est tombé plus ou moins en vrille, on sait qu’il a chuté à une vitesse très très rapide, on sait que l’avion a subi une panne de carburant, une panne électrique, un rétablissement électrique certainement avec le déploiement d’un système de secours à ce moment là. On a donc vraiment des informations très précises sur certains moments du vol, notamment sur la fin. Mais la grande question, c’est toujours : que s'est-il passé au début ? Pourquoi cet avion a-t-il fait ce demi-tour ?"

On a plus d’une vingtaine de morceaux du Boeing 777 qui se sont échoués aujourd’hui sur les côtes africaines qui nous donnent énormément d’informations.
Xavier Tytelman
expert en aéronautique
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Débris d'avions retrouvéseuronews

Panne, détournement ou bavure militaire ?

Xavier Tytelman, qui écarte le scénario d'une destruction par un missile, voit deux scénarios possibles : la panne technique ou le détournement : "Si l’avion a subi une panne, un problème au moment où il arrête de communiquer, le demi-tour qu’il réalise est en fait un demi-tour pour se rendre vers le premier aéroport de déroutement le plus proche pour venir se poser plus rapidement. Ce premier aéroport étant fermé, l’avion continue sa trajectoire vers l’aéroport suivant. La trajectoire qu'il effectue est donc logique (...) Après, on a certainement une dépressurisation à bord de l’avion qui suit une trajectoire plein sud sans aucune altération de cap pendant encore cinq, six heures de vol, sans que personne ne touche les commandes. La deuxième hypothèse possible serait un détournement volontaire par les pilotes. Dans ce cas là, la trajectoire montrerait une volonté de passer le plus inaperçu possible notamment en volant pile sur la frontière pour qu’aucun des deux pays concernés ne se sente agressé et n’envoie ses avions de chasse."

Une cargaison électronique suspecte

Pour Florence de Changy, la présence dans la soute de 2,5 tonnes de matériel électronique, notamment des talkies-walkies et des batteries au lithium, pose questions : "On a découvert dans le rapport officiel que cette cargaison n'avait pas été passée au scanner ce qui est totalement inadmissible du point de vue de la sécurité aérienne. Ensuite, la raison donnée pour le rapport pour expliquer le fait que la cargaison n'a pas été scannée, est qu'elle était trop volumineuse, ce qui est totalement incompatible avec la description du contenu. Et comble du comble, cette cargaison de 2,5 tonnes d'électronique a été embarquée sans être scannée et elle est arrivée par camion à l'aéroport le soir même avec une escorte de sécurité, ce qui est tout à fait inhabituel et extrêmement suspect."

Cette cargaison de 2,5 tonnes d'électronique a été embarquée sans être scannée et elle est arrivée par camion à l'aéroport le soir même avec une escorte de sécurité, ce qui est tout à fait inhabituel et extrêmement suspect.
Florence de Changy
Journaliste, auteur du livre "La disparition"

La quête de vérité des familles

Pour les familles de victimes, la quête de vérité se poursuit. Sept ans après la disparition de leurs proches, elles essayent toujours de faire leurs deuil.