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Dix ans de guerre en Syrie : un peintre réfugié en Belgique raconte son "Guernica" syrien

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Nous rencontrons Ahmad Sheer chez lui à Anvers. Il nous montre ses toiles et une qui en rappelle une autre très célèbre : "C'est le "Guernica" syrien, je l'ai peint en 2017," explique le peintre âgé de 40 ans. "J'ai associé le tableau de Picasso à ce que je ressentais face à la guerre en Syrie," dit-il avant d'ajouter : "La vision de Picasso est incroyable, il avait cette capacité de lire, d'absorber la douleur et le choc avec beaucoup de force."

La douleur et le choc qu'Ahmad a endurés en Syrie restent gravés dans son art. Pendant les trois premières années de conflit, alors qu'il était enseignant et peintre, il a refusé de quitter son pays, mais un jour, il a dû faire un choix : fuir ou combattre.

"Participer à la guerre, je ne pouvais pas le faire"

"J'étais dans un bus et un militaire est monté à bord pour faire un contrôle d'identité," raconte Ahmad. "Il m'a demandé quel était mon niveau de formation au service militaire," poursuit-il. À la suite de ce contrôle, Ahmad s'est dit qu'il allait bientôt être appelé pour rejoindre l'armée de Bachar el-Assad. Une option inenvisageable pour lui : "Je ne voulais pas quitter la Syrie, mais participer à la guerre, c'était autre chose : c'est quelque chose que je ne pouvais pas faire," souligne-t-il.

Conflit le plus complexe à émerger du printemps arabe, la guerre en Syrie a été alimentée par des adversaires puissants, mais aussi des acteurs extérieurs.

"La guerre n'a pas opposé que des Syriens," fait remarquer Ahmad. "C'est comme cela qu'elle a démarré et c'était censé rester comme cela," indique-t-il. "Mais ensuite," poursuit-il, "la Russie est intervenue dans le conflit pour défendre son allié et elle a aidé avec son arsenal aérien."

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Le "Guernica" syrien d'Ahmad Sheereuronews

Interventions extérieures

Les premières années, les milices soutenues par l'Iran ont fourni au régime syrien, un appui au sol tandis que l'opposition a reçu l'assistance financière des pays du Golfe.

Puis l'équilibre des forces a été irrémédiablement modifié par la mission Syrie lancée par la Russie en septembre 2015, deux mois après le départ d'Ahmad du pays.

Alors que nous lui montrons des images de destructions causés par les bombardements, Ahmad commente : "C'est quelque chose que j'ai vécu. Quand l'école de mon enfance a été bombardée, c'était pareil," confie-t-il. "J'ai vécu de nombreux moments comme cela et puis cette image de ma famille qui essayait d'échapper aux combats reste gravée dans ma mémoire : je ne peux pas l'effacer ou l'oublier," dit-il.

Alors que les combats étaient de plus en plus proches dans sa ville d'Alep, il a dû avec sa femme enceinte courir pendant 3 km pour pouvoir se mettre en sécurité.

Un "réfugié" pour toujours ?

En 2015, Ahmad a fui seul, estimant le trajet trop dangereux pour sa famille. Il est passé par la Turquie et a risqué sa vie en Méditerranée avant d'atteindre la Grèce, puis le nord de l'Europe et enfin, la Belgique où il a obtenu l'asile politique, un statut qui lui a permis de faire venir sa femme et ses enfants restés en Syrie.

"C'est une nouvelle période de ma vie qui n'est ni négative, ni positive, mais une période pendant laquelle je dirais que je suis sans pays ou peut-être que j'en cherche un nouveau pour ma famille et moi," avoue-t-il déboussolé.

"Le problème, c'est que je ne sais pas si le mot "réfugié" restera collé à ma peau," déclare-t-il. "Ce que je veux dire, c'est que même si j'obtiens la nationalité d'un pays européen, est-ce que je resterais un réfugié ? Ou est-ce que je serais un citoyen ? Comment je me sentirais à l'intérieur de moi ? Je ne sais pas si cette période sera courte ou si elle deviendra définitive," s'interroge le père de famille.

Journaliste • Anelise Borges