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Climat : Washington revoit ses objectifs à la hausse, Bolsonaro s'engage sur la neutralité carbone

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Quarante dirigeants de la planète étaient invités par Joe Biden à un sommet virtuel sur le climat
Quarante dirigeants de la planète étaient invités par Joe Biden à un sommet virtuel sur le climat   -   Tous droits réservés  AFP
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Il avait fait du retour des États-Unis dans l'accord de Paris sur le climat le marqueur de la rupture avec Donald Trump. Joe Biden a tenté ce jeudi de faire des réductions des émissions carbone une priorité des grandes puissances lors d'un sommet virtuel. En cette Journée de la Terre, celui-ci rassemblait les dirigeants d'une quarantaine de pays représentant 80% des émissions polluantes mondiales.

Le président américain a d'abord promis de réduire les émissions de moitié d'ici 2030 par rapport à 2005, ce qui représente le double de l'engagement pris en 2015 par Washington dans le cadre de l'accord de Paris sur le climat, que le pays a rejoint de nouveau. Le 46e président des Etats-Unis a promis de réduire les émissions de gaz à effet de serre de la première économie mondiale de 50% à 52% d'ici 2030 par rapport à 2005.

Mais il est cependant à ce stade resté évasif sur les moyens concrets d'y parvenir. Son gigantesque plan pour les infrastructures, avec un important volet de transition écologique, pourrait en effet se heurter à de vraies résistances au Congrès.

Joe Biden promet aussi de "doubler" d'ici à 2024 leur aide publique aux pays en développement pour faire face au changement climatique. "Je parle aux experts et je vois le potentiel d'un avenir plus prospère et plus équitable. Les signes sont clairs, la science est indéniable, mais le coût de l'inaction ne cesse d'augmenter. Les États-Unis n'attendent pas. Nous sommes résolus à agir", a-t-il déclaré.

"Les États-Unis n'attendent pas. Nous sommes résolus à agir"
Joe Biden

De son côté, le président Emmanuel Macron a demandé d'"accélérer sur la mise en oeuvre des engagements de l'horizon 2030" et a "salué l'annonce de la contribution américaine". __"Au fond, 2030 est le nouveau 2050. C'est ce plan que l'Union européenne a mis sur la table en décembre, traduit dans une loi climat européenne avec le Green Deal pour lui donner corps. A nous donc maintenant de mobiliser tous les leviers dont nous disposons, l'innovation, la transformation, la régulation", a-t-il déclaré.

Il a aussi demandé de "transformer en profondeur notre système financier"et a redemandé de "donner un prix au carbone"en "intégrant la dimension environnementale dans le coût des investissements et dans nos relations commerciales", allusion à la taxe carbone que l'UE veut mettre en place à ses frontières.

La France fait partie des nombreux pays en retard sur leurs engagements pour atteindre les 1,5 degré, avait-il reconnu, mais elle a "une ambition extrêmement forte et est"en train d'accélérer", notamment dans la production d'énergie éolienne offshore et l'isolation des logements.

"L'Europe veut être le premier continent à atteindre la neutralité carbone"
Ursula von der Leyen
Présidente de la Commission européenne

De son côté, l'Union européenne a eu chaud. Eurodéputés et États membres sont parvenus à un accord in extremis, à la veille du sommet (comme nous vous en parlions ici), pour adopter l'objectif d'une réduction nette d'"au moins 55%" des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, par rapport à leur niveau de 1990.

Cet objectif faisait l'objet d'âpres négociations entre les Vingt-Sept et le Parlement européen, qui réclamait une baisse d'"au moins 60 %". Mais les ONG environnementales et les eurodéputés verts estiment que l'objectif de l'UE est insuffisant.

"L'Europe veut être le premier continent à atteindre la neutralité carbone", a déclaré jeudi Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. "Mais pour sauver le climat, nous avons besoin du reste du monde. Nous avons besoin que toutes les grandes économies prennent leurs responsabilités et fassent de la transition une opportunité pour tous. Établissons ensemble une nouvelle référence mondiale pour la neutralité climatique, travaillons ensemble sur un engagement partagé et une action commune pour réduire les émissions carbone d'ici 2030."

Engagements de la Chine, du Canada, de la Russie... et du Brésil

Chacun y est donc allé de ses objectifs chiffrés et de ses promesses. Le Premier ministre britannique Boris Johnson veut lui réduire les émissions du Royaume-Uni de 78% d'ici 2035 par rapport à 1990. De son côté, le Canada s'est engagé àréduire de 40 à 45% ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport à leur niveau de 2005, au lieu de 30% précédemment

La Chine a réaffirmé l'objectif d'une neutralité carbone de la Chine d'ici 2060. La Chine est "déterminée à travailler avec la communauté internationale, et en particulier les Etats-Unis", a déclaré le président Xi Jinping.

Le président russe Vladimir Poutine, dont le pays est tout particulièrement concerné par le réchauffement climatique en Sibérie et dans l'Arctique, a rappelé son ambition de "limiter considérablement les émissions" de la Russie d'ici à 2050, sans toutefois donner de chiffres précis.

Il a aussi dit souhaiter que "tous les facteurs contribuant au réchauffement climatique" soient pris en compte, citant le méthane dont il aimerait réduire les émissions de moitié en trente ans, et appelé à améliorer la coopération internationale dans la lutte pour le réchauffement climatique.

"La Russie est prête à proposer toute une série de projets conjoints, et à envisager des avantages pour les entreprises étrangères qui souhaiteraient investir dans les technologies propres (...) dans notre pays", a-t-il dit.

Enfin, le président brésilien Jair Bolsonaro a annoncé jeudi que son pays visait désormais la neutralité carbone à l'horizon 2050, soit dix années plus tôt que l'objectif précédemment annoncé.

Le chef de l'Etat brésilien s'est par ailleurs engagé à "éliminer la déforestation illégale au Brésil d'ici 2030", alors même que les zones déboisées en Amazonie ont fortement augmenté depuis son arrivée au pouvoir, en janvier 2019.

Mais les écologistes n'ont pas été convaincus par cette tonalité nouvelle. "Le Brésil est sorti de ce sommet comme il y est entré : discrédité. Bolsonaro a passé la moitié de son discours à demander de l'argent pour des avancées environnementales déjà acquises par le passé, mais que son gouvernement tente de détruire depuis deux ans", a réagi sur Twitter Marcio Astrini, du collectif d'ONG Observatoire du climat.

Les écologistes s'inquiètent notamment des réductions drastiques de budget et de personnel des agences de protection de l'environnement.