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10 ans après la liquidation de Ben Laden, que devient Al-Qaïda ? Qui est son nouveau maître ?

Attention au faux Ben Laden créé par les artistes cubains Alberto Lorente, Manolo Castro et Julio Lorente, à La Havane, le 10 mai 2012
Attention au faux Ben Laden créé par les artistes cubains Alberto Lorente, Manolo Castro et Julio Lorente, à La Havane, le 10 mai 2012   -   Tous droits réservés  Javier Galeano/AP
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Tout les dix ans ! Une décennie après son "triomphe" djihadiste planétaire le 11 septembre 2001, Oussama ben Laden va être enfin rattrapé par ses ennemis intimes, les renseignements américains. C'était aussi il y a dix ans...

Abbottabad. Personne n'a encore entendu parler de cette ville du nord du Pakistan. 90 minutes de vol en hélicoptère puis 20 minutes d'action suffisent à des commandos d'élite pour abattre la "bête noire" de l'Amérique. Les forces spéciales des Navy SEALs en informent leur chef, l'amiral Bill McRaven, par le simple message "Geronimo, Geronimo". Le président Barack Obama le confirme au monde entier un peu plus tard : Ben Laden est bien mort le 2 mai 2011.

Pas tout à fait. En 2021, si son corps a disparu dans les eaux, son esprit n'est pas mort, il motive encore bon nombre de djihadistes fanatisés à travers le monde. Le fondateur de la nébuleuse terroriste Al-Qaïda avait si bien soigné sa propagande, son look de gourou - longue silhouette à la longue barbe d'ascète, turban blanc sur tunique saoudienne blanche -, qu'il demeure une icône pour les combattants islamistes, même si la plupart d'entre eux désormais ne l'ont jamais connu, ni entendu, de son vivant.

Les "filiales" créées par Al-Qaïda lui échappent

En revanche, le groupe Al-Qaïda a pris un sérieux coup de vieux en une dizaine d'années. Son concurrent direct, l'impitoyable Etat islamique, l'a terrassé sur le terrain. Et même si ce dernier a à son tour vu son rêve de "califat" anéanti par les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux en Irak et Syrie, il a su petit à petit rebondir en passant à une stratégie plus "artisanale" d'attentats isolés, ce qui maintient la terreur en Europe, notamment en France.

Pendant ce temps-là, la créature de feu Ben Laden s'est éparpillée, a perdu totalement sa cohérence, et garde peu d'autorité sur son réseau de "filiales", comme les appelle le think-tank Counter Extremism Project, cité par l'Agence France-Presse :

Al-Qaïda est devenue de plus en plus décentralisée, l'autorité reposant principalement entre les mains des responsables de ses filiales
Counter Extremism Project
Farah Abdi Warsameh/AP
Attaque sanglante des islamistes Shebab, liés à Al-Qaïda, à Mogadiscio - capitale de la Somalie -, le 1er mars 2019Farah Abdi Warsameh/AP

Les "filiales" du Djihad les mieux ancrées ou qui parviennent toujours à renouveler leurs forces combattantes sont actives sur l'immense territoire du Sahel, spécialement au Mali, également en Somalie (voir ci-dessus), au Yémen, en Indonésie... mais en dehors de leurs zones, elles n'ont pas les moyens ni l'opportunité de frapper les Occidentaux chez eux.

Le vieux "fantôme" Zawahiri est-il encore vivant ?

Alors, quelle figure un tant soit peu charismatique peut-elle assurer réellement le commandement d'Al-Qaïda, faiblissant depuis trop longtemps ? Qui peut reprendre en mains les affaires terroristes de l'entreprise en déclin ?

"Eh mais je suis là !", pourrait protester le vieux "fantôme" Ayman al-Zawahiri, qui fût le premier disciple d'Oussama ben Laden (à ses côtés sur la photo ci-dessous). Le fondamentaliste égyptien, qui a fait ses classes chez les Frères musulmans, a bien sûr de la bouteille après une quarantaine d'années au service du Djihad, mais la question essentielle est : est-il même encore vivant ?

Al-Jazeera via AP
Ayman al-Zawahiri aux côtés d'Oussama ben Laden : image diffusée sur la chaîne Al-Jazeera le 5 octobre 2001Al-Jazeera via AP

Si oui, à l'approche des 70 ans, il se terrerait, selon certains experts du terrorisme, dans une zone tribale quelque part à la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan. On peut le surnommer "le fantôme" car ces dernières années, Zawahiri passe son temps en quelque sorte à mourir puis ressusciter régulièrement.

On l'a dit malade, mourant, finalement décédé d'une maladie cardiaque en 2020. Mais une simple vidéo apparue ensuite, sur laquelle on le voit dénonçant la tragédie des musulmans Rohingyas en Asie du Sud-Est, a suffi à semer le doute.

Saif al-Adel, l'islamiste égyptien qui monte, qui monte...

De toute manière, les services de renseignements occidentaux, y compris la CIA, ne semblent guère se préoccuper du sort du vieil Egyptien. En revanche, ils s'intéressent de très près à l'un de ses compatriotes, Saif al-Adel.

Ce dernier, ancien haut gradé de l'armée égyptienne - il était lieutenant-colonel au sein des forces spéciales - a d'abord basculé dans l'islamisme radical en entrant dans le groupe armé Jihad islamique égyptien, puis s'est enfui en Afghanistan pour rejoindre les rangs d'Al-Qaïda.

Le think-tank Counter Extremism Project rappelle que Saif al-Adel a des atouts dans son curriculum vitae. Il a notamment été le formateur de plusieurs pirates de l'air, dont des pilotes, qui ont détourné des avions de ligne pour les transformer en bombes volantes le 11 septembre 2001. Depuis quelque temps, il semble être l'homme qui monte, qui monte...

Saif al-Adel a joué un rôle crucial dans la construction des capacités opérationnelles d'Al-Qaïda, et il a rapidement grimpé dans la hiérarchie
Counter Extremism Project

Aux dernières nouvelles, l'ancien lieutenant-colonel égyptien vivrait en Iran.