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Un village belge, théâtre de la rébellion contre le laboratoire Boiron

 Terrain concerné, une ancienne peupleraie, à gauche de l’image
Terrain concerné, une ancienne peupleraie, à gauche de l’image   -   Tous droits réservés  Crédit : collectif "Beauvechain Zone Villageoise"
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C’est l’histoire d’un bras de fer qui dure depuis près de deux ans, l’histoire d’une résistance citoyenne qui défie la logique économique et l’autorité des élus. D’un côté Boiron, le fleuron français de l’homéopathie, représenté en Belgique par sa filiale bruxelloise. De l’autre, des habitants de Beauvechain, un village paisible du Brabant wallon.

Des bureaux, mais pas seulement

La branche belge du laboratoire a jeté son dévolu sur une parcelle de la petite commune et souhaite déménager son siège à l’entrée du village. Aux bureaux accueillant quelque 90 employés s’ajouteraient « des locaux préparatoires » accolés à une pharmacie et un dépôt de stockage. L’initiative est loin de déplaire à la majorité municipale, mais l’opposition d’une partie de la population est si farouche que le géant Boiron peine à parvenir à ses fins.

Crédit : collectif "Beauvechain Zone Villageoise"
Le clocher de BeauvechainCrédit : collectif "Beauvechain Zone Villageoise"

Inquiétudes pour la biodiversité du site

Depuis la première enquête publique en septembre 2019, le laboratoire a dû revoir sa copie par deux fois. Mais la dernière version du projet continue de susciter des inquiétudes. Un millier d’habitants sur les 5000 en âge de se prononcer ont formellement manifesté leur opposition, une mobilisation d’une rare ampleur. « C’est un terrain doté d’une biodiversité extraordinaire, qui a été déclaré Site de Grand Intérêt Biologique par la région wallonne », explique Sophie Dallemagne, représentante du collectif Beauvechain Zone Villageoise, en première ligne contre le projet.

Quelque 700 espèces végétales et animales ont été répertoriées dans cette zone naturelle humide. Pour le collectif, elles sont menacées. Chez Boiron, on assure avoir restreint et modifié le projet pour tenir compte de ces craintes. « Sur un terrain de plus de 7600 m2, la surface bâtie sera de 885 m2, 11 % seulement de la surface », précise Ulrike Van den Houte, chargée des relations publiques pour la filiale belge.

Crédit : Boiron
Troisième version du projetCrédit : Boiron

Des « locaux préparatoires »

La nature des activités dans « les locaux préparatoires » adossés à la pharmacie inquiète aussi les riverains. Que va-t-on y concocter ? Pour la représentante de Boiron, rien à craindre. « On y concevra des préparations magistrales figurant sur les ordonnances des médecins, essentiellement des traitements homéopathiques », assure Ulrike Van den Houte. « Il ne s’agira donc pas d’une production industrielle, ce sera une activité manuelle, sans rejets de produits potentiellement polluants. »

Jérôme Cogels, conseiller communal du parti Ecolo, ne croit guère à une activité réduite et artisanale. « Les demandes des officines normalement préparées dans les pharmacies seront sous-traitées. Les commandes afflueront de toute la Belgique. »

Traitement de faveur ?

Pour lui, cette activité et ce type de bâtiment auraient dû faire l’objet d’une demande de permis spécifique : « Ce type d’implantation devrait se faire dans un zoning [une zone industrielle] », martèle l’élu. « C’est une demande de permis de bâtir tout simple, sans rapport avec l’activité », renchérit Sophie Dallemagne.

Tout a été fait dans les règles, réplique la Bourgmestre de Beauvechain, Carole Ghiot. « C’est un terrain à bâtir depuis des décennies. Il est vrai que les deux premiers projets dérogeaient à des prescrits de la commune, et ils n’ont pas été acceptés […] Dans le troisième, il reste deux écarts, sur la profondeur d’un bâtiment et une enseigne lumineuse », assure-t-elle.

Boiron met en avant les retombées économiques et en termes d’emplois pour la commune, mais le collectif citoyen note que ces bénéfices potentiels n’ont été ni détaillés ni quantifiés.

« Nous ne menons pas un combat politique mais un combat pour préserver notre village », résume Sophie Dallemagne.

Crédit : collectif "Beauvechain Zone Villageoise"
« Nous ne Boiron pas la tasse »Crédit : collectif "Beauvechain Zone Villageoise"

Invoquant son devoir de réserve, Carole Ghiot se garde d’émettre ouvertement un avis favorable au « projet Boiron ». Pour autant, les opposants dénoncent un parti pris du collège communal. Si la région wallonne est actuellement consultée, c’est bien le collège qui aura le dernier mot et il devrait rendre sa décision sur la demande de permis d’ici la fin juin.