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Après la gifle présidentielle, Emmanuel Macron affirme qu'il restera "à portée d'engueulade"

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Par Sandrine Delorme  avec AFP
Le président français Emmanuel Macron pose avec des habitants de Valence, 8 juin 2021
Le président français Emmanuel Macron pose avec des habitants de Valence, 8 juin 2021   -   Tous droits réservés  Philippe Desmazes/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved

Et un nouveau bain de foule pour Emmanuel Macron, sans incident celui-ci...

Après la gifle reçue plus tôt dans la journée à Tain l'Hermitage, le président français ne s'est pas terré, il a continué d'aller au contact de la population, d'abord dans les rues du centre-ville de Tain pour rencontrer des restaurateurs, puis à Valence, dans la Drôme, où il a réagi au micro d'une journaliste française : "Monsieur le président, est-ce que vous avez eu peur ?"

"Je n'ai pas eu le temps" lui répond alors Emmanuel Macron. "Mais vous voyez, écoutez, il faut être surtout aux côtés de nos restaurateurs, de nos agriculteurs pour la réouverture demain des restaurants. Il ne faut pas que ça occupe le cœur du message, il faut accompagner les Françaises et les Français dans la réouverture et nous sommes un peuple qui est, voilà, engagé, où il y a beaucoup, malgré tout, de bienveillance.

"Il y a aussi de la colère" lui rétorque à ce moment-là, la journaliste.

Et Emmanuel Macron de répondre : "Non, il y a de la bêtise. Il y a de la bêtise et quand la bêtise s'allie à la violence, elle est inacceptable. C'est autre chose, il ne faut pas la confondre. La colère moi je l'entends. La colère, démocratiquement elle s'exprime. Vous savez, je vais toujours au contact, à portée d'engueulade je le dis, et j'y tiens. Les gens m'expriment leur colère, parfois leur désarroi, je suis toujours là. Parfois j'ai la réponse, d'autres fois je ne l'ai pas, j'essaie de la bâtir. Parfois je me trompe, d'autres fois j'y arrive. Ça c'est la colère légitime et on sera toujours là pour y répondre. La bêtise et la violence non, pas en démocratie."

Il y a de la bêtise et quand la bêtise s'allie à la violence, elle est inacceptable
Emmanuel Macron
Président de la République française

"Je pense qu'il y a des gens qui sont très fatigués dans la période et il ne faut jamais, il ne faut rien céder à la violence et en particulier à la violence contre tous les représentants, si je puis dire, de la chose publique, qu'il s'agisse de maires, qu'il s'agisse de fonctionnaires, qu'il s'agisse de celles et ceux qui s'engagent pour la chose publique. Et il ne faut pas non plus, je dis médiatiquement qu'on lui donne trop d'importance. Il faut être intraitable sur les valeurs. En démocratie, il n'y a pas de place pour la haine et la violence mais il ne faut pas non plus qu'on donne trop de place à cela parce qu'on finit par penser que c'est partout dans la société ce qui n'est pas vrai. Il faut remettre tout cela à sa juste valeur."

Et l'on en sait un peu plus sur l'homme qui a giflé le président.

Damien T. a 28 ans, c'est un fan du Moyen âge qui a fondé deux associations dans les arts martiaux historiques. Dans sa commune de Saint-Vallier, il est décrit comme non-violent et apolitique. Selon un ami à lui, déclamer "Montjoie Saint Denis" en giflant le président, est plus une référence au film "Les Visiteurs", qu'un véritable cri de guerre royaliste.

Cependant, le jeune homme, a "liké" le compte Facebook d'Action française Lyon, groupe d'extrême droite royaliste, il est aussi abonné à plusieurs chaînes Youtube d'extrême droite.

Arrêté immédiatement après les faits, tout comme son ami qui a filmé la scène, il est en garde-à-vue et l'on ne sait rien officiellement de ses motivations.

Mais qu'importe, il y a des lignes rouges à ne pas franchir. Toute la classe politique est d'accord là-dessus à gauche comme à droite, à l'image d'Olivier Faure, secrétaire national du Parti socialiste :

"Il n'est pas acceptable que la vie politique se mène dans ces conditions-là. Il n'est pas possible de vivre jour après jour cette forme d'hystérisation de la vie politique. Il n'est pas possible que désormais la violence remplace le débat, que les Fake news replacent les faits, que tout simplement en fait, l'invective remplace les arguments. Et donc il est temps de revenir sur le chemin de la raison."

Le chemin de la raison, le président de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon appelait déjà à le retrouver lundi quand il a porté plainte contre un youtubeur d’extrême droite qui tire et frappe au couteau un mannequin de plastique représentant l'un de ses électeurs. La vidéo publiée dimanche soir a été retirée de la plateforme depuis.

Les autres agressions dans le monde politique, en France et à l'international

Avant même qu'il ne soit président, Emmanuel Macron, qui était alors ministre de l'économie, avait déjà été pris pour cible en juin 2016 par des manifestants hostiles, qui lui avaient jeté des œufs lors d'un déplacement en région parisienne en lui criant "casse-toi !".

En campagne pour la présidentielle en février 2012, François Hollande avait été couvert de farine par une femme alors qu'il faisait un discours en tribune, lors du rassemblement d'une association d'aide aux mal-logés.

Dix ans plus tôt, le Premier ministre Lionel Jospin, lui aussi en campagne, avait été aspergé de ketchup par deux adolescents, qu'il avait ensuite sermonnés en coulisses.

Et il n'y a pas qu'en France que cela arrive, d'autres dirigeants internationaux ont été la cible d'agressions ou d'incivilités lors de sorties publiques.

L'image avait fait le tour du monde en décembre 2008 : le président américain George W. Bush esquivant de justesse le jet de chaussures - injure suprême dans le monde arabe - d'un journaliste irakien en colère contre l'intervention américaine en Irak.

Bush avait commenté avec humour l'incident, qui avait mis sur les dents les services de sécurité chargés de la protection rapprochée du dirigeant: "Je ne sais pas ce que le gars a dit, mais j'ai vu sa semelle".

AP/ APTN
Le président Bush esquivant une chaussure lancée par le journaliste Muntadar al-Zeidi lors d'un point presse à Bagdad, le 14 décembre 2018AP/ APTN

Bombardé de tomates, d’œufs et de peinture lors d'une visite en 1991 à Halle, une ville de l'Est de l'Allemagne, le chancelier allemand Helmut Kohl s'était mis à en découdre avec les manifestants. Ses gardes du corps avaient été contraints de le ceinturer pour le protéger.

En décembre 2014 à Namur, le Premier ministre belge Charles Michel s'était fait bombarder de frites à la mayonnaise par d'anciennes militantes Femen qui voulaient ainsi montrer leur hostilité aux mesures d'austérité décrétées par le gouvernement.

De nombreuses personnalités politiques ont aussi été victimes d'attaques à coup de tartes.

Le roi de Suède Carl XVI Gustaf avait ainsi été victime en 2001 d'un jet de tarte aux fraises, lancée à bout portant par un jeune homme de 16 ans, immédiatement jeté à terre par les gardes du corps du souverain.

Un an plus tôt, le Premier ministre canadien Jean Chrétien avait lui reçu une tarte à la crème en pleine figure. Reconnu coupable d'agression, l'entarteur, un comédien de 24 ans opposé à la politique sociale du gouvernement, avait écopé de 30 jours de prison.

Sources additionnelles • AFP, BFM, Youtube/ Jean-Luc Mélenchon, Twitter