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Le combat contre le charbon se durcit en Allemagne

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Par Hans von der Brelie
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Blocages illégaux d'excavatrices, manifestations hebdomadaires contre la combustion du lignite ou encore campements de protestation et de villages dans les arbres... Le combat des opposants au charbon se durcit en Allemagne à quelques jours de la Conférence sur le climat à Glasgow et sur fond de négociations concernant une future coalition gouvernementale à Berlin.

Pour prendre le pouls de cette mobilisation pour la sortie du charbon, je me suis rendu dans l'une des plus grandes mines de lignite à ciel ouvert du monde, Garzweiler II. Notre reportage démarre à l'aube. Je suis alors subjugué par ce paysage industriel qui s'étend à perte de vue, les couches de terre et de lignite étant baignées par la lumière du petit matin. Mais c'est une beauté mortelle : si toutes ces centaines de millions de tonnes de lignite qui se trouvent encore dans le sous-sol sous mes pieds étaient extraites et brûlées, l'Allemagne ne tiendrait pas ses engagements pris dans l'accord de Paris. Le pays a pris conscience ces dernières années que la catastrophe climatique est très proche et bien réelle avec des étés de canicule alternant avec des pluies diluviennes qui engloutissent des villages et des vies.

Opération clandestine

Ce n'est pas un hasard si je me trouve sur place ce jour-là. J'ai reçu une information essentielle de l'une de mes sources dans le mouvement allemand de protection du climat. "Quelque chose de grand" est prévu à la mine, m'a-t-on dit. On m'indique uniquement un jour et un lieu.

L'opération prévue par les militants tombe en tout cas, à point nommé : à Berlin, les partis politiques se réunissent pour des négociations de coalition en vue de former un nouveau gouvernement. Les préoccupations relatives au climat et au charbon figurent parmi les sujets à aborder en priorité. De plus, nous ne sommes qu'à quelques jours de l'ouverture de la Conférence sur les changements climatiques COP26 à Glasgow.

Je m'approche de la mine à ciel ouvert quand soudain, le bruit de la police se fait entendre. Quelques minutes plus tard, un hélicoptère apparaît dans le ciel. Je reçois un message : une excavatrice et deux grues sont bloquées.

"Ce n'est pas acceptable de programmer la sortie définitive du charbon à l'horizon 2038"

Un groupe jusqu'ici totalement inconnu "Contre-attaque pour une vie meilleure" s'est introduit sur le site minier pendant la nuit. Les 21 militants participants se sont divisés en trois groupes et ont atteint le centre de cette mine qui s'étend sur plusieurs km² et immobilisé trois énormes machines. Certains activistes se sont enchaînés à la structure située au sommet des imposantes excavatrices.

À l'extérieur de la mine, je rencontre Lara et Sarah dans le camp de protestation situé à Lützerath, l'un des six villages menacés par l'extension programmée de la mine de lignite. Après discussion, elles acceptent de me mettre en contact par téléphone via un numéro confidentiel avec des militants qui occupent les engins dans la mine.

"C'était très intense," me dit une voix féminine au téléphone. "Ce n'est pas facile de se faufiler dans une mine et de bloquer une excavatrice," fait-elle remarquer. Je l'interroge sur les revendications de son groupe. "Nous avons pris des mesures pour faire pression en faveur d'une sortie du charbon le plus tôt possible," répond-elle. "Ce n'est pas acceptable de programmer la sortie définitive du charbon à l'horizon 2038 et de détruire d'ici là, d'autres villages comme Lützerath," s'indigne-t-elle.

La donne changera-t-elle à Berlin ?

Au cours de mes années de reportage pour Euronews, j'ai visité un certain nombre de mines en Europe. Je me souviens très bien de mes échanges avec les mineurs, les patrons de syndicats et les ministres des gouvernements d'Europe centrale et orientale. L'un de leurs principaux arguments était : pourquoi devrions-nous sortir du charbon plus tôt en Pologne, Roumanie ou ailleurs, si même la riche Allemagne n'est pas capable de sortir du charbon avant 2038 ?

La lenteur avec laquelle ce pays tourne le dos au charbon a ralenti la transition énergétique européenne. Mais un changement est possible : à Berlin, les sociaux-démocrates, les libéraux et les verts ont évoqué dans le document de discussion en tant que partenaires de coalition potentiels, pour la toute première fois, l'échéance de 2030 comme une échéance possible pour la sortie définitive du charbon.

Cela signifie-t-il une lueur d'espoir pour le climat, mais aussi pour les villages dont le sous-sol renferme du lignite et qui ne sont pas encore détruits ? Lützerath, Keyenberg, Kuckum et tous les autres survivront-ils ?