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À partir de 9h22 ce mercredi, les femmes françaises "travaillent gratuitement"

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Par Raphaelle Vivent  avec AF¨P
Les inégalités salariales entre femmes et hommes se sont creusées entre 2020 et 2021
Les inégalités salariales entre femmes et hommes se sont creusées entre 2020 et 2021   -   Tous droits réservés  CoWomen / Unsplash

"L'inégalité salariale se creuse", déplore Rebecca Amsellem, économiste et fondatrice des Glorieuses, la lettre d'information féministe à l'origine de ce calcul.

Presque deux mois de travail "gratuit". C'est ce que fourniront les femmes françaises cette année encore, selon le calcul annuel de la newsletter Les Glorieuses. La date du 3 novembre à 9h22 a été calculée à partir de statistiques européennes sur l'écart de salaire entre les femmes et les hommes en France.

Économiste et fondatrice des Glorieuses, Rebecca Amsellem a démarré le calcul en 2015. En 2016, les femmes travaillaient bénévolement à partir du 7 novembre à 16h34. En 2018, c'était le 6 novembre à 15h35 et en 2020, le 4 novembre à 16h16. En un an, la différence de salaire entre hommes et femmes est ainsi passée de 15,5% à 16,5%. "L'inégalité salariale se creuse", déplore Rebecca Amsellem.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette différence, comme l'explique Eurostat, qui fournit les statistiques européennes. Les secteurs dans lesquels les femmes sont majoritairement représentées sont souvent moins bien payés que les secteurs à dominante masculine. Les femmes ont aussi moins accès aux postes de responsabilités et de direction. Enfin, elles sont plus nombreuses à s'arrêter de travailler ou à prendre un temps partiel pour s'occuper de leur famille.

Toutefois, à poste égal et compétences égales, la différence de salaire entre homme et femme reste en moyenne de 9% sans que rien ne le justifie, souligne Oxfam France dans un communiqué.

"Des mesures concrètes doivent être mises en place dès aujourd'hui afin d'éviter d'attendre 2234 pour voir naître l'égalité salariale"
Rebecca Amsellem

Pour mettre fin à ces inégalités persistantes, Les Glorieuses ont lancé une pétition rassemblant trois propositions de politiques publiques, et destinée aux candidats et candidates à l’élection présidentielle de 2022.

Premièrement, appliquer le principe "d’éga-conditionnalité", qui permet de conditionner l’accès aux marchés publics, l’obtention des subventions publiques et celui des prêts garantis par l’Etat au respect de l’égalité salariale au sein de sa structure.

Les Glorieuses proposent aussi de "revaloriser les salaires des emplois où les femmes sont les plus nombreuses", par exemple les infirmières, les sages-femmes, ou les enseignantes. "Ces emplois de soin et d’éducation, très féminisés, ont été cruciaux ces deux dernières années pour la France", rappellent Les Glorieuses. Enfin, elles appellent à soutenir un congé parental payé de manière équivalente pour les deux parents, à l'image de la Suède.

Comme le montre ce graphique de l'AFP, les inégalités de salaires entre hommes et femmes sont une réalité dans tous les pays européens. La France fait mieux que certains pays comme l'Estonie (dernière du classement) ou l'Allemagne, mais moins bien que nombre d'Etats membres, comme l'Espagne, la Pologne ou le Luxembourg (premier du classement).

Emplois "de la deuxième ligne"

Pour sensibiliser les internautes aux inégalités salariales, les "Glorieuses" ont diffusé le hashtag #3Novembre9h22 sur les réseaux sociaux. Sous ce mot clé, la CFDT a demandé sur Twitter et dans un communiqué "la revalorisation effective des métiers majoritairement occupés par des femmes", évoquant les emplois dits "de la deuxième ligne". "Les femmes ne peuvent pas être les égales des hommes à 75%. L'égalité c'est 100%!", a fait valoir le premier syndicat français.

Des personnalités politiques ont également pris la parole sur Twitter, comme Valérie Pécresse, qui espère représenter la droite à la présidentielle. La présidente de la région Île-de-France a remercié les Glorieuses de "nous rappeler que le chemin de l'égalité réelle est encore long". Le candidat communiste Fabien Roussel a lui promit de décréter l'Egalité salariale, "dès la première heure de [s]on investiture à la présidence de la République".

Vers 9h22, les députées Paula Forteza et Albane Gaillot doivent quant à elle présenter un "budget de la dernière chance pour faire enfin avancer l'égalité femmes-hommes".