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Violences faites aux femmes : l'autre histoire du buste du Bernin au musée des Offices

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Par Luca Palamara
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Buste de Costanza Bonarelli, œuvre du sculpteur Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin, au Musée des Offices de Florence
Buste de Costanza Bonarelli, œuvre du sculpteur Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin, au Musée des Offices de Florence   -   Tous droits réservés  Capture vidéo/euronews

Parler des violences faites aux femmes à travers un buste sculpté au XVIIème par une figure de proue de l'art baroque Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin. C'est le parti pris par le le Musée des Offices à Florence. A l'occasion de la journée mondiale contre les violences faites aux femmes, le musée a décidé de raconter cette autre histoire de l'art.

Si le Bernin a immortalisé la beauté de sa maîtresse, prénommé Costanza, l'histoire a ensuite viré au tragique. Par jalousie, le sculpteur italien a chargé un de ses domestiques de défigurer son amante. L'affaire fera scandale mais l'homme ne sera condamné qu'à une simple amende. La sculpture est mise en regard avec des portraits de femmes victimes de violences et notamment défigurées à l'acide.

Costanza, défigurée par jalousie au XVIIème siècle

"Il s'agit de sensibiliser les gens à des histoires où ils ne verraient sinon que de simples crimes, qu'on lit dans les journaux, qu'on entend à la radio ou qu'on voit à la télé. Avec cette oeuvre, on voit aussi l'extrême beauté, la vivacité des femmes mais aussi l'atteinte à la vie elle-même et à l'identité", explique Eike D. Schmidt, directeur du Musée des Offices

Autour du buste en marbre sculpté par Le Bernin, sont exposées des photographies de femmes privées de visages.

Costanza a été défigurée par l'artiste à cause d'un amour non partagé. Dans les faits, il a demandé à l'un de ses domestiques de le faire. Près de quatre siècles ont passé et seuls quelques détails ont changé, mais l'origine du problème reste la même : les hommes considèrent les femmes et leur corps comme leur propriété.

Démasquer le récit du grand amour qui mène à la violence

"Cet épisode est décrit comme le grand amour du Bernin, mais nous devons démasquer ce récit, selon lequel le grand amour mène à la violence. Nous y sommes encore, car la culture patriarcale est encore profondément enracinée", explique Elena Baragli, président du centre anti-violence Artemisia.

La photographe italienne, Ilaria Sagaria a recuilli des témoignages de femmes victimes de leur compagnon, avant de les mettre en scène, représentant des "non-visages" recouverts de bandelettes blanches ou cachés par un voile. Selon Petra Filistrucchi, vice-présidente d'une association de lutte contre les violences domestiques.

"Non-visages"

Les associations de lutte contre les violences domestiques soulignent la difficulté de libérer la parole. "C'est difficile d'en parler quand on vit dans des dynamique de violences souvent chroniques. On a du mal à reconnaître les actes violents. Vous commencez à penser qu'il est naturel d'être contrôlé et de rendre des comptes sur tout ce que l'on fait", estime Petra Filistrucchi, vice-directrice d'Artemisia.

Faire de la culture un outil pour défendre la vie et la liberté des femmes, une lutte toujours d'actualité plus de 400 ans après que la beauté de Costanza a été ruinée par la violence d'un homme. L'exposition est à découvrir jusqu'au 19 décembre.