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La "Porte de l'Enfer" bientôt refermée au Turkménistan?

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Par Vincent Coste  avec AFP
Archives : la "Porte de l'Enfer" au Turkménistan, photographiée le 11 juillet 2020
Archives : la "Porte de l'Enfer" au Turkménistan, photographiée le 11 juillet 2020   -   Tous droits réservés  AP Photo/Alexander Vershinin

L'autoroute pour se rendre dans le royaume des morts popularisée par le groupe AC/DC existe, elle se trouve au Turkménistan. Mais cette "porte de l'enfer" localisée non loin du village de Darvaza, à plus de 250 km au nord d'Achgabat, la capitale du pays, est sur le point d'être refermée**. Le président turkmène a fait part de son intention d'éteindre les flammes qui surgissent depuis un demi-siècle des entrailles de la Terre.**

AP Photo/Alexander Vershinin
Un autre cliché de la "Porte de l'Enfer" pris le 12 juillet 2020AP Photo/Alexander Vershinin

Le gaz qui s'échappe de ce cratère, situé dans le désert de Karakoum, est en combustion continue depuis 1971. Ce site, donc surnommé la "porte de l'enfer", est devenu la principale attraction touristique du Turkménistan, ex-république soviétique, un des pays les plus fermés au monde.

Mais son autoritaire président, Gourbangouly Berdymoukhamedov, a estimé que les flammes brûlant dans ce puits large de 70 mètres avaient "un effet négatif sur l'environnement et la santé des populations voisines".

"Nous gâchons des ressources naturelles de grande valeur pour lesquelles nous pourrions recevoir des gains qui seraient utilisés pour accroître le bien-être de notre peuple", a-t-il ajouté, selon des propos diffusés par la télévision d'Etat.

Il a par conséquent donné l'ordre aux autorités de "trouver une solution pour éteindre le feu" qui brûle dans le Darvaza. Pour mener à bien cette mission, le vice-Premier ministre du pays, Shahym Abdrahmanov, en charge du portefeuille du pétrole et du gaz, s'est vu confier la mission de mettre en place une équipe de scientifiques, et d'attirer "si besoin des spécialistes étrangers", a indiqué le site d'information Turkmenportal.

Par le passé, les autorités turkmènes avaient déjà fait part de leur intention d'éteindre ces flammes. En 2010, le président Berdymoukhamedov avait déclaré que la "Porte de l'Enfer" devait être refermée.

Le site a depuis été inclus dans une réserve naturelle. Il est visité chaque année par plusieurs dizaines de milliers de visiteurs.

Tel Orphée visitant les Enfers, l'explorateur Canadien George Kourounis s'est rendu, en combinaison en kevlar, à l'intérieur même de ce fameux cratère en novembre 2013. Dans le cadre de cette expédition, en partie financée par le magazine National Géographic, une étonnante découverte a été mise au jour : de microscopiques organismes capables de survivre dans ce milieu particulièrement inhospitalier.

Une histoire trouble

L'origine de cette "Porte de l'Enfer" n'est pas claire. Parmi les pistes évoquées, celle de scientifiques soviétiques qui auraient en 1971 accidentellement percé une poche souterraine de gaz – une ressource abondante dans le sous-sol de cette région –, alors qu'ils réalisaient des forages pour trouver des gisements.

Suite à cela, le sol s'est affaissé, créant le cratère. Et craignant que des gaz empoisonnés s'en échappent, les autorités ont décidé d'y mettre le feu, pensant que cela assécherait le gisement.

D'autres sources avancent que ce cratère était déjà présent dès les années 1960.

Quoi qu'il en soit, en 2022, les flammes de ce gigantesque brasier rougeoient encore, illustrant l'immensité des réserves gazières sur lesquelles est assis le Turkménistan, dont l'économie est très dépendante des exportations énergétiques.

Le mois dernier, la Russie avait annoncé avoir doublé en 2021 ses importations de gaz depuis le Turkménistan. Le pays veut aussi porter à 100 milliards de mètres cubes ses ventes annuelles à la Chine, contre 40 milliards de mètres cubes actuellement. Le Turkménistan a également annoncé qu'il comptait, avec l'aide de l'Iran, porter à 15 milliards de mètres cubes ses livraisons de gaz à l'Azerbaïdjan.

Si les feux de ce cratère viennent à se tarir au Turkménistan, il existe toutefois une autre "Porte de l'Enfer". Et même plusieurs. De nombreuses versions de ce qui devait être le chef d'ouvre du sculpteur français Auguste Rodin sont disséminées aux quatre coins du globe.

Ces sculptures monumentales ont été réalisés après la mort de l'artiste à partir des moules originaux. Ainsi "La Porte de l'Enfer" peut être admirée à Paris, dans les jardins du musée consacré à Rodin, à Philadelphie, à Tokyo, à Zurich ou encore Mexico,