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Comment la vaccination obligatoire contre le Covid-19 a échauffé les esprits en Autriche

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Par Julian GOMEZ
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Le 9 mars 2022, le gouvernement autrichien a annoncé suspendre la loi sur la vaccination obligatoire contre le Covid-19 qui devait s'appliquer à la mi-mars. Une commission d'experts doit réévaluer la situation mi-juin.

**Vienne fait machine arrière après le fort mécontentement suscité par cette mesure dans le pays. Notre reportage produit dans les jours précédant cette suspension évoque la nature de ce débat et les arguments des opposants à cette obligation vaccinale, en particulier des antivax qui l'ont dénoncée dans la rue. **

Il m'a fallu moins de deux heures pour comprendre pourquoi ces dernières semaines, les esprits se sont échauffés à Vienne où l'atmosphère est plutôt calme habituellement. L'Autriche est le seul pays de l'Union européenne et l'un des rares au monde où la vaccination contre le Covid-19 est obligatoire pour les plus de 18 ans. Les non-vaccinés s'exposent à des amendes pouvant aller jusqu'à 3 600 euros par an.

Mon objectif en me rendant sur place, c'était de comprendre comment cette obligation était perçue. Cette mesure aide-t-elle véritablement à lutter contre la pandémie ? Ou fracture-t-elle encore plus la société autrichienne ?

Pendant deux jours, j'ai rencontré des représentants de partis, notamment du nouveau parti antivax MFG, et des citoyens, certains pour, les autres contre. J'ai aussi rencontré des personnes chargées de la vaccination et des policiers qui sont tenus de faire appliquer cette nouvelle législation.

Rassemblement antivax "pour nos enfants et la liberté"

Dans le froid d'une soirée de février, j'ai suivi un rassemblement des antivax en soutien aux "convois de la liberté". Alors qu'ils essayaient de reproduire l'exemple canadien, les organisateurs espéraient se réunir dans le centre-ville de Vienne avec leurs camions, camping-cars et voitures, mais ils en ont été empêchés par la municipalité. À défaut, les manifestants ont défilé dans les rues entourant le centre historique. Depuis un podium, les organisateurs les encourageaient tandis qu'un important déploiement policier était mis en œuvre pour les maintenir sous contrôle.

Dans ce rassemblement coloré et bruyant, les participants munis de sirènes, crécelles et tambours arboraient des drapeaux autrichiens, mais aussi canadiens parfois tandis que les pancartes indiquaient : "La pandémie, c'est un mensonge !" ou encore "Arrêtons le culte du Covid !"

Les interviews que j'ai tournées sur place étaient toutes aussi imagées. "On nous vaccine comme des porcs dans une ferme," nous lance un sexagénaire. "On est là pour nos enfants, la paix, la liberté et la démocratie," indique un homme plus jeune.

Déploiement policier

Les policiers étaient présents quasiment partout à surveiller qu'aucun manifestant ne marche sur les chaussées empruntées par la circulation.

J'ai passé près de deux heures à filmer ce rassemblement avant de décider d'enregistrer une intervention face caméra. En marchant au milieu de la foule, j'ai dû faire plusieurs prises car il y avait beaucoup de bruit autour de moi. À un moment donné, un homme est arrivé sur ma gauche et a commencé à me pousser en criant : "Va-t-en ! Casse-toi !"

Je lui ai répondu que j'étais en train de me filmer, mais l'homme m'a fait perdre l'équilibre. Il m'a poussé trois fois avant que des manifestants et mon fixeur Klaus Jurgens ne nous séparent. J'ai essayé de lui expliquer qu'étant dans un lieu public, j'avais le droit de filmer. Il a continué de hurler, il a pensé qu'en faisant plusieurs vidéos de moi-même, j'étais en train d'harceler une femme et son enfant qui se tenaient devant moi dans la foule, des personnes que je n'avais même pas remarquées. Il a fini par se calmer et par réintégrer la manifestation contre l'obligation vaccinale.

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Rassemblement des opposants à la vaccination obligatoire à Vienne, février 2022euronews

Moments de tension

J'ai continué de filmer, mais quinze minutes plus tard, l'homme est revenu avec des amis qui l'ont aidé à traduire ses propos. Il voulait s'excuser, il n'avait pas réalisé, m'a-t-il dit, que j'étais journaliste. Je lui ai alors fait remarquer que j'étais justement là pour entendre ses préoccupations.

Comme les autres participants, il était là pour manifester dans la non-violence. Mais il a en quelque sorte, perdu son sang-froid en me voyant multiplier les enregistrements avec mon portable.

En rangeant nos affaires, Klaus Jurgens m'a alors dit avoir récemment entendu parler d'autres exemples de moments de tension lors de ces manifestations des antivax. "Comme partout en Europe, les gens d'ici en ont assez de cette pandémie qui n'en finit pas," a-t-il dit avant d'ajouter : "Que l'on soit pour ou contre l'obligation vaccinale, les nerfs sont à vif en ce moment en Autriche."