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Affaire Khashoggi : la justice turque renvoie le dossier à l'Arabie Saoudite

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Par Euronews  avec AFP
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Jamal Khashoggi.
Jamal Khashoggi.   -   Tous droits réservés  Emrah Gurel/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved

De l'assassinat du journaliste saoudien par des agents de Ryad à Istanbul en 2018, au renvoi du dossier par la justice turque à l'Arabie saoudite ce jeudi 7 avril, voici les dates à retenir dans cette affaire délicate.

La décision était attendue. La justice turque a décidé ce jeudi de renvoyer le dossier du meurtre de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien assassiné en octobre 2018 à Istanbul, à l'Arabie Saoudite. 

"Nous avons décidé de transférer le dossier à l'Arabie saoudite", a déclaré le juge du tribunal d'Istanbul où se tenait depuis juillet 2020 le procès par contumace de 26 accusés saoudiens.

Collaborateur du Washington Post et critique du régime saoudien après en avoir été proche, l'éditorialiste s'était exilé aux Etats-Unis en 2017, redoutant une arrestation après avoir critiqué le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Il était âgé de 59 ans lorsqu'il a été tué et démembré. Ses restes n'ont jamais été retrouvés.

Le meurtre de Jamal Khashoggi empoisonne les relations entre les deux puissances régionales sunnites. Mais la Turquie, en proie à une crise économique, cherche depuis quelques mois le rapprochement avec l'Arabie saoudite.

Les étapes

Le 2 octobre 2018, Jamal Khashoggi entre au consulat saoudien à Istanbul, selon une image de caméra de surveillance publiée par le Washington Post. Selon sa fiancée turque, il s'y était rendu pour des démarches administratives en vue de leur mariage mais n'en est jamais ressorti.

Le 5, le prince héritier saoudien affirme que Khashoggi est entré au consulat mais en est sorti peu après.

Une source proche du gouvernement turc affirme que "le journaliste a été tué au consulat par une équipe venue spécialement à Istanbul et repartie le même jour". Ryad dément.

Le Washington Post affirme le 7 que le corps "a probablement été découpé et mis dans des caisses avant d'être transféré par avion" hors de Turquie.

Selon le New York Times, l'un des hommes soupçonnés d'être impliqué dans l'assassinat appartient à l'entourage de Mohammed ben Salmane, et trois aux services de sécurité rattachés au prince.

Plusieurs versions

Le 20 octobre, Ryad admet que le journaliste a été tué dans le consulat lors d'une "rixe". Le roi Salmane demande à son fils de restructurer les services de renseignement. Quatre responsables sont limogés.

Jamal Khashoggi a été victime d'un "meurtre", déclare le lendemain le ministre saoudien des Affaires étrangères, évoquant une "opération non autorisée".

Le 23, le président turc Recep Tayyip Erdogan décrit un "assassinat politique", "planifié", exécuté par une équipe de "quinze agents".

MBS réagit le lendemain: "c'est un incident hideux et totalement injustifiable".

Le 2 novembre, Erdogan accuse les "plus hauts niveaux du gouvernement saoudien" d'avoir commandité le meurtre, excluant le roi. Son conseiller affirme que le corps a été démembré pour pouvoir être "dissous".

Le 15, Washington, suivi par Berlin, Paris et Ottawa, annonce des sanctions contre des responsables saoudiens.

Mohammed ben Salmane responsable ?

AFP PHOTO / SAUDI ROYAL PALACE / BANDAR AL-JALOUD
Mohammed ben SalmaneAFP PHOTO / SAUDI ROYAL PALACE / BANDAR AL-JALOUD

Le 20, Donald Trump n'exclut pas que le prince ait été au courant, mais affirme que "les Etats-Unis entendent rester un partenaire inébranlable de l'Arabie saoudite".

Le 13 décembre, après avoir été informé des conclusions de la CIA, le Sénat adopte cependant une résolution tenant MBS pour "responsable".

Le 19 juin 2019, la rapporteure spéciale de l'ONU sur les exécutions sommaires Agnès Callamard affirme avoir des "éléments de preuves crédibles, justifiant une enquête supplémentaire sur la responsabilité individuelle de hauts responsables saoudiens, y compris celle du prince héritier". Un rapport "sans fondement" selon Ryad.

Une parodie de la justice

La justice turque commence en juillet 2020 à juger par contumace une vingtaine de Saoudiens, dont deux proches du prince, l'ex-conseiller Saoud al-Qahtani et l'ancien numéro deux du renseignement, Ahmed al-Assiri, identifiés comme les commanditaires.

Le 7 septembre, un tribunal saoudien annule, dans un verdict final, cinq peines capitales prononcées fin 2019 pour le meurtre, et condamne huit accusés à des peines de sept à 20 ans de prison.

"Parodie de justice", réagit Agnès Callamard.

MBS accusé d'avoir "validé" l'assassinat

Le 26 février 2021, les Etats-Unis rendent public un rapport des renseignements accusant le prince héritier d'avoir "validé" une opération visant à "capturer ou tuer" Khashoggi. Ils sanctionnent certains de ses proches, sans aller jusqu'à punir le dirigeant.

Ryad rejette des "conclusions fausses et préjudiciables".

Le 3 janvier 2022, le président Erdogan - en quête de rapprochement avec Ryad - annonce une visite imminente en Arabie saoudite, la première depuis l'assassinat de Khashoggi. Elle n'a pas encore eu lieu.

Renvoi du dossier d'Istanbul à Ryad

Le 31 mars, des médias turcs et Hatice Cengiz, la fiancée de Khashoggi, rapportent que le procureur d'Istanbul a demandé à "clore le dossier".

Le 7 avril, la justice turque renvoie le dossier à l'Arabie saoudite. La fiancée de Jamal Khashoggi fait appel : "nous ne sommes pas gouvernés ici par une famille comme en Arabie saoudite. Nous avons un système judiciaire qui répond aux doléances des citoyens : à ce titre, nous allons faire appel".