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Afghanistan : les femmes exclues du permis de conduire à Herat

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Par Margaux Racaniere  avec AFP
Un taliban monte la garde pendant que des femmes font la queue devant le bureau des passeports à Kaboul
Un taliban monte la garde pendant que des femmes font la queue devant le bureau des passeports à Kaboul   -   Tous droits réservés  Ebrahim Noroozi/ AP

À Herat, en Afghanistan, les auto-écoles ne doivent plus délivrer de permis de conduire aux femmes. La consigne a été dictée par des responsables talibans de la ville. Aucun ordre officiel ou national n'a été donné, la mesure a été prise au niveau local.

Herat, au Nord-ouest de l'Afghanistan est pourtant parmi les villes plus progressistes du pays. Il n'est pas rare d'y voir des femmes conduire des voitures. 

"Nous avons verbalement reçu l'instruction de ne plus délivrer de permis de conduire aux femmes... mais nous n'avons pas reçu l'instruction d'empêcher les femmes de conduire dans la ville", a déclaré Jan Agha Achakzai, directeur de l'Institut de gestion du trafic de Herat, qui supervise les écoles de conduite. 

Pour Adila Adeel, une monitrice d'auto-école de 29 ans les talibans veulent s'assurer que la prochaine génération n'aura pas les mêmes opportunités que leurs mères :  "On nous a dit de ne pas proposer de leçons de conduite et de ne pas délivrer de permis", a-t-elle déclaré.

Une tentative d'effacer progressivement les femmes et les filles de la vie publique

Une mesure de plus qui vise à limiter les femmes afghanes dans leurs déplacements et donc dans leur autonomie. Un rapport d'experts indépendants de l'ONU publié en janvier dernier rappelait les interdictions faites aux femmes d'utiliser seules les transports publics.  "Aujourd’hui, nous assistons à une tentative d’effacer progressivement les femmes et les filles de la vie publique en Afghanistan", énonce-t-il.

Pouvoir conduire, pour une femme afghane, est aussi une question de sécurité . Zainab Mohseni, 26 ans, a par exemple récemment demandé un permis car pour elle, les femmes se sentent plus en sécurité dans leur propre voiture que dans les taxis conduits par des hommes. "En fait, il est plus sûr pour une femme de conduire son propre véhicule", a déclaré Fereshteh Yaqoobi, une femme qui conduit depuis des années.

Lors de la précédente occupation du pouvoir par les talibans entre 1996 et 2001, les femmes ne pouvaient ni travailler ni sortir sans un chaperon masculin. Et donc évidemment ne pouvaient pas conduire seules. 

Voulant afficher une images plus modérée, les talibans avaient assuré lors de leur prise de pouvoir en août 2021 qu'ils ne restreindraient par les droit humains des Afghans, en particulier ceux des femmes. Mais ils ont de plus en plus restreint les droits des Afghanes, empêchées de retourner à l'école et d'occuper de nombreux emplois publics. 

Pour Zainab Mohseni, le refus de délivrer des permis de conduire n'est qu'un signe de plus que le nouveau régime ne reculera devant rien pour empêcher les femmes afghanes de jouir des quelques droits qui leur restent.