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"Comment ma sœur peut-elle être une nazie ?", témoignage poignant d'une Ukrainienne vivant en Russie

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Par euronews
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 Irina Bespalova est d'origine ukrainienne et vit en Russie depuis l'âge de 15 ans
Irina Bespalova est d'origine ukrainienne et vit en Russie depuis l'âge de 15 ans   -   Tous droits réservés  Euronews

La guerre est aussi un profond déchirement pour les Ukrainiens vivant en Russie. 

Irina Bespalova est née à Kaniv, une ville située dans le centre de l'Ukraine. Alors qu’elle n’avait que 15 ans, elle a quitté l'Ukraine pour la Russie.

Aujourd’hui, elle est de nationalité russe et vit à Saint-Pétersbourg. Mais ses parents et beaucoup de ses amis sont en Ukraine, où leur ville sont bombardées par les forces russes. 

Doublement affectée par cette guerre, Irina appelle régulièrement ses proches.

"Tous les matins et tous les soirs, je commence et je termine par une seule phrase : es-tu en vie ?", dit Irina qui a accepté de témoigner pour euronews : 

"C'est impossible de penser à autre chose. Je n'ai plus le temps de penser à mes enfants, et à ce qui se passe ici. Tous ceux qui sont en Ukraine endurent une douleur indescriptible.

Alors que des bombes explosent dans leur ville, ils essaient de survivre, et continuent de croire et d'espérer que la paix puisse un jour revenir. Mes proches m’envoient des messages de soutien, alors que moi, contrairement à eux, je suis en sécurité. Je ne peux que les soutenir avec mes poèmes que je poste les réseaux sociaux. Et ils me demandent de continuer à écrire pour eux.

Ici (en Russie) on nous dit que les Ukrainiens doivent être anéantis. Mais je ne comprends pas comment mon professeur de musique, l'homme qui m’a appris à jouer au piano, peut être un nazi. Comment mon entraîneur peut-il être un nazi ? Comment ma sœur peut-elle être une nazie ? Mais surtout je ne comprends pas comment la Russie, le pays où je vis depuis longtemps, peut les bombarder, les tuer.

Les personnes qui vivent en Russie ne sont pas conscientes qu'elles sont limitées, qu'elles sont privées d'informations objectives et qu'elles ne sont pas libres. Ici il y a une répression totale de la liberté d'expression, il est impossible d'avoir une opinion différente. La propagande est en grande partie responsable de la désinformation. Et ceux qui comprennent (ce qui se passe réellement) sont stressés, voire déprimés.

La plupart des gens ont tellement peur, qu'ils préfèrent tout simplement ne rien dire. Ils ne sortent pas manifester dans la rue ; ils en parlent discrètement chez eux, à l'abri. Leurs opinions ne peuvent pas franchir la porte de leur maison, car ils sont opprimés. Et cette situation devient de plus en plus pesante, et de plus en plus obscure. Quand je suis dehors, je regarde toujours autour de moi. Que se passera-t-il si un jour, une voiture noire arrive comme cela se faisait sous Staline, je ne sais comment je réagirais face à une telle situation ?"

En tenant ce discours à visage découvert, Irina est consciente de ce qui peut lui arriver.

Selon le discours officiel, l'armée russe, dans le cadre d'une "opération spéciale", s'est lancée dans la "dénazification" de l'Ukraine. Toute communication contraire à ligne officielle, est désormais réprimée et son auteur risque la prison .