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Génocide des Tutsis : Laurent Bucyibaruta devant la justice française

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Par Euronews  avec AFP
Des photos de famille de personnes assassinées lors du génocide des Tutsis en 1994 sont exposées au mémorial de Kigali, au Rwanda, samedi 5 avril 2014.
Des photos de famille de personnes assassinées lors du génocide des Tutsis en 1994 sont exposées au mémorial de Kigali, au Rwanda, samedi 5 avril 2014.   -   Tous droits réservés  Photo : Ben Curtis (AP)

C'est le plus haut responsable jamais jugé en France pour le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. Vingt-huit ans après, le procès de l'ancien préfet rwandais Laurent Bucyibaruta s'ouvre lundi devant la cour d'assises de Paris.

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) avait un temps réclamé Laurent Bucyibaruta, mais il s'était finalement dessaisi au profit des juridictions françaises. 

Qu'est-il reproché à l'ancien préfet de Gikongoro ?

Il est reproché à l'ex-préfet de Gikongoro (sud du Rwanda), une des régions où les tueries furent les plus violentes, d'avoir organisé ou participé à plusieurs réunions au cours desquelles ont été planifiés des massacres, en incitant notamment au regroupement de Tutsis et à leur extermination.

L'ancien fonctionnaire, sous contrôle judiciaire, encourt à 78 ans la réclusion à perpétuité pour génocide, complicité de génocide et complicité de crimes contre l'humanité.

Photo : Ben Curtis (Copyright 2019 The Associated Press. All rights reserved.)
Des Rwandais lors d'une veillée aux chandelles organisée pour le 25e anniversaire du génocide des Tutsis au stade Amahoro à Kigali, au Rwanda, dimanche 7 avril 2019.Photo : Ben Curtis (Copyright 2019 The Associated Press. All rights reserved.)

Laurent Bucyibaruta "conteste depuis le début ces accusations", ont déclaré à l'AFP ses avocats, MMe Jean-Marie Biju-Duval, Joachim Levy et Ghislain Mabanga Monga Mabanga, qui "vont plaider l'acquittement".

Le procès, prévu pour durer dix semaines, doit s'ouvrir lundi après-midi avec l'examen de conclusions de la défense demandant l'annulation des poursuites engagées il y a vingt-deux ans.

Si elle ne fait pas droit à cette demande, la cour d'assises pourra commencer à examiner le fond de l'affaire.

Laurent Bucyibaruta n'était pas un "subalterne"

Une centaine de témoins doivent être auditionnés, venus du Rwanda ou en visioconférence.

Le planning a été aménagé compte tenu de l'état de santé de l'accusé, et les audiences seront en principe limitées à sept heures par jour.

"On court derrière le temps. Tout ce qu'on espère, c'est que ça ne sera plus retardé, qu'il sera assez vaillant pour écouter ce qui est dit et être confronté" aux accusations, souligne Etienne Nsanzimana, président d'Ibuka France, une association de rescapés.

L'enquête lie l'ex-préfet à six scènes principales de massacres, qui ont fait des dizaines de milliers de morts.

Photo : Ben Curtis (AP)
Les ossements des victimes qui ont été massacrées alors qu'elles cherchaient refuge à l'intérieur de l'église de Ntarama, Rwanda, vendredi 4 avril 2014.Photo : Ben Curtis (AP)

"Sa défense est de dire je n'ai rien pu faire, j'étais dépassé. Mais il était préfet, donc responsable", estime Alain Gauthier, président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR).

Fonctionnaire depuis près de trente ans au moment des faits, une carrière d'une exceptionnelle longévité, Laurent Bucyibaruta était pour l'accusation "un homme rompu à l'exercice du pouvoir".

"On court derrière le temps. Tout ce qu'on espère, c'est que ça ne sera plus retardé, qu'il sera assez vaillant pour écouter ce qui est dit et être confronté" aux accusations
Etienne Nsanzimana
Président de l'association Ibuka France

"Ce n'est pas le subalterne qui peut faire semblant qu'il ne savait pas ce qui se passait. C'est inaudible, insupportable pour les victimes", tacle Me Rachel Lindon, avocate d'ONG parties civiles et d'un Rwandais dont la famille a été massacrée dans une église.

"Il était l'incarnation, dans cette préfecture, du pouvoir national, c'est lui qui avait tout pouvoir sur ce territoire", renchérit Me Emmanuel Daoud, avocat de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH), à l'origine de la plainte en 2000.

L'école technique de Murambi et ses dizaines de milliers de morts

Dans la préfecture de Gikongoro, comme ailleurs au Rwanda, les tueries débutent peu après l'attentat contre le président hutu Juvenal Habyarimana le 6 avril 1994.

L'école technique en construction de Murambi, sur la commune de Nyamagabe, est le théâtre du massacre le plus effroyable de la région, et l'un des plus sanglants du génocide dans ce petit pays d'Afrique. Le site est depuis devenu un mémorial.

Photo : Jody Kurash (AP)
Des vêtements appartenant aux victimes du génocide des Tutsis sont suspendus à une corde à linge au mémorial du génocide de Murambi,, au Rwanda, le 25 novembre 2006.Photo : Jody Kurash (AP)

Le 21 avril 1994 vers 03h00 du matin, des dizaines de milliers de réfugiés tutsis, regroupés sur le site à l'initiative du préfet qui leur assurait "protection", sont encerclés et tués. Une poignée survit, en prenant la fuite ou en se cachant parmi les cadavres.

Les tueries se poursuivent dans la journée dans deux paroisses voisines, où des Tutsis avaient espéré gagner un sanctuaire.

Laurent Bucyibaruta est également renvoyé pour sa responsabilité dans le massacre d'environ 90 élèves tutsis à l'école Marie Merci de Kibeho, le 7 mai 1994, et l'exécution de prisonniers tutsis, dont trois prêtres, à la prison de Gikongoro, des accusations qu'il conteste également.

Il a en revanche bénéficié d'un non-lieu concernant le meurtre d'un gendarme rwandais et les viols de femmes tutsi par des miliciens.

Laurent Bucyibaruta : quatrième rwandais jugé en France pour le génocide des Tutsis

Il s'agit de la quatrième affaire jugée par la France pour des crimes liés au génocide qui a fait au moins 800 000 morts en 100 jours au Rwanda selon les Nations unies, essentiellement issus de la minorité tutsie, mais aussi des Hutus opposés au génocide.

Après un officier militaire (Pascal Simbikangwa), deux bourgmestres (Tito Barahira et Octavien Ngenzi) et un chauffeur (Claude Muhayimana), Laurent Bucyibaruta, réfugié en France depuis 1997, est celui qui administrativement avait le rang le plus élevé.