Crash du Rio-Paris en 2009 : Airbus et Air France jugés plus de treize ans après

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Par Euronews  avec AFP
Cette photo d'archive prise le 14 juin 2009 montre l'empennage de l'avion A330 d'Air France retrouvé dans l'océan Atlantique.
Cette photo d'archive prise le 14 juin 2009 montre l'empennage de l'avion A330 d'Air France retrouvé dans l'océan Atlantique.   -  Tous droits réservés  Photo : EVARISTO SA (AFP)

Plus de treize ans après le crash du Rio-Paris au large du Brésil qui avait tué 228 personnes, le constructeur Airbus et la compagnie Air France sont jugés à partir de lundi et pour deux mois à Paris.

Le 1er juin 2009, le vol AF447 reliant Rio de Janeiro et Paris s'est abîmé en pleine nuit dans l'Atlantique, 3h45 après son décollage, entraînant la mort de ses 216 passagers et 12 membres d'équipage. C'est la catastrophe la plus meurtrière de l'histoire d'Air France.

"Nous attendons que ce procès soit bien le procès d'Airbus et d'Air France"

Les premiers débris, ainsi que des corps, ont été retrouvés dans les jours qui suivent, mais l'épave n'a été localisée que deux ans plus tard, le 2 avril 2011, à 3 900 m d'un fond entouré de hauts reliefs sous-marins, lors de la quatrième phase de recherches.

Les boîtes noires, repêchées un mois plus tard, ont confirmé que les pilotes, désorientés par le givrage des sondes de vitesse Pitot dans la zone instable du Pot au noir près de l'équateur, n'ont pu rattraper le décrochage de l'appareil, qui a eu lieu en moins de cinq minutes.

Après une longue succession d'expertises, les juges d'instruction ont prononcé un non-lieu le 29 août 2019. 

Scandalisés, les proches des victimes et les syndicats de pilote ont fait appel et, le 12 mai 2021, la chambre de l'instruction a prononcé le renvoi pour homicides involontaires des deux entreprises devant le tribunal.

A l'issue d'un "combat judiciaire" et d'une instruction "chaotique", "nous attendons que ce procès soit bien le procès d'Airbus et d'Air France" et non "celui des pilotes", a déclaré à l'AFP Danièle Lamy, présidente de l'association de proches de victimes Entraide et Solidarité AF447.

La longue attente pour les familles de victimes

Caroline fait partie des 228 victimes du vol AF447. A 24 ans, elle revenait de quelques jours de vacances, avec son mari steward.

Sa mère était chez elle ce lundi de Pentecôte quand elle a reçu un appel des beaux-parents de sa fille lui demandant le numéro du vol, car un avion était porté disparu.

"J'ai commencé à paniquer, j'ai allumé la télé et j'ai vu défiler l'information", raconte Corinne Soulas. Elle a ressenti un "choc profond", compris immédiatement que c'était "fini".

Des débris ont rapidement été retrouvés ainsi que 50 corps, mais l'épave n'a été localisée que deux ans plus tard.

"Deux ans d'attente, avec des rebondissements, des mauvaises surprises, des mauvaises informations", décrit Mme Soulas.

Lors de la découverte de l'épave, "il y a des politiques qui ont annoncé à la télévision, sans qu'on en soit informés, qu'il y avait une centaine de corps identifiables", se rappelle-t-elle notamment. Des "étapes extrêmement cruelles, qui prolongent le deuil".

Le corps de sa fille n'a pas été retrouvé.

Pour faire face au "gouffre" de sa perte, elle s'est notamment "acharnée" pour que Caroline, qui devait passer son oral de professeur des écoles, soit diplômée à titre posthume. "C'est un hommage que je voulais lui rendre".

"Treize ans après, on arrive avec un procès, un procès qui, pour moi, n'a pas beaucoup d'intérêt personnel, puisque ça ne me fera pas revenir ma fille. Mais je trouve que c'est important, de nouveau, de mémoriser dans la tête des gens cet accident, de le remettre au goût du jour et puis surtout de définir les responsabilités, parce qu'il y a eu des responsabilités qui doivent être affinées.", explique-t-elle.