Haut-Karabakh : manifestation ce dimanche contre le blocage de la seule route vers l'Arménie

Manifestation à Stepanakert, Haut-Karabakh, le 25 décembre 2022
Manifestation à Stepanakert, Haut-Karabakh, le 25 décembre 2022 Tous droits réservés DAVIT GHAHRAMANYAN/AFP
Par Stephane HamalianEuronews avec AFP
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Une immense foule a manifesté ce dimanche dans le Haut-Karabakh, appelant la communauté internationale "à agir maintenant" auprès de Bakou, pour lever le blocage de la seule route liant le territoire à l'Arménie.

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Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés dimanche à Stepanakert, la principale ville du Haut-Karabakh, appelant la communauté internationale "à agir maintenant" contre le blocage du seul axe routier vers l'Arménie par l'Azerbaïdjan, ce que Bakou dément.

"Ouvrez la +route de la vie+", pouvait-on lire sur un dessin, tenu dans les mains d'une petite fille vêtue d'un manteau rose, dans la foule. "Auto-détermination", était écrit sur une autre pancarte, alors que le Haut-Karabakh, une enclave montagneuse à majorité arménienne, a proclamé son indépendance de l'Azerbaïdjan en 1991, qui la considère toutefois comme sienne.

Depuis près de deux semaines, des activistes azerbaïdjanais bloquent le corridor de Latchine, la seule route qui relie le Haut-Kabarakh à l'Arménie, disant protester contre des mines illégales dans la région.

Erevan accuse Bakou de vouloir provoquer une "crise humanitaire" en isolant le territoire du reste du monde, ce que l'Azerbaïdjan rejette, assurant qu'il est toujours possible de circuler sur cet axe. Depuis le début de cette crise, quelques rares convois russes ou de la Croix rouge ont pu transiter par ce corridor, comme le montrent des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

Pénuries de médicaments et de produits alimentaires frais

Les étales des commerces du territoire sont de plus en plus clairsemés, tout comme les pharmacies. "Il y a une pénurie de médicaments contre la fièvre, de nourriture pour bébés, de couches, de traitements contre l'hypertension. Nous ne délivrons plus les médicaments par paquets, mais par gélule ou comprimés" explique Lala Dadayan, pharmacienne à Stepanakert.

"Quand je vais au magasin, je vois des étagères vides. Il n'y a presque pas de nourriture, sauf des produits à base de macaroni. Pas de fruits, pas de légumes, pas de médicaments. Je n'arrive pas à comprendre : comment pouvons-nous continuer à vivre ? " se désole Narine Sarkisyan, mère de famille employée dans une entreprise de télécommunications.

"C'est le seul fil qui nous relie à l'Arménie, alors il n'y a pas de débat : la "route de la vie" nous a été barrée" tempête Vyacheslav, retraité.

"Pendant 14 jours, aucun aliment, médicament, carburant ou autre produit vital" n'est entré au Haut-Karabakh

Dimanche, de nombreux drapeaux arméniens et de la République autoproclamée étaient brandis dans la foule réunie place de la Renaissance, dans le centre-ville de Stepanakert, a constaté un journaliste de l'AFP. Au premier rang se tenait le dirigeant de ce territoire non reconnu, Arayik Haroutiounian.

"Agissez maintenant pour notre futur !", lance une femme dans la foule.

Au micro, devant plusieurs milliers de manifestants, Mary Asatryan, du cabinet du chargé des droits de l'homme local, appelle - en français dans le texte - la communauté internationale "à agir maintenant" auprès de Bakou, "en ce jour saint de Noël", pour exiger la levée "de ce blocus total".

"Pendant 14 jours, aucun aliment, médicament, carburant ou autre produit vital n'a été autorisé à entrer" au Haut-Karabkh, déplore-t-elle.

Elle dénonce face à la foule "un crime contre l'humanité" organisé par Bakou avec "ce blocus délibéré de 120 000 personnes" et regrette l'absence de "réponse" de la communauté internationale.

Le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères a fustigé dans un communiqué, de son côté, "les activités destructrices" de l'Arménie qui "ne servent pas à rétablir la paix dans la région".

"Rien ne permet d'affirmer que les manifestations sur le corridor de Latchine constituent une menace de crise humanitaire et que les Arméniens sont sous blocus", a-t-il appuyé.

L'Arménie accuse aussi d'inaction les soldats de maintien de la paix russes déployés sur place depuis novembre 2020, après une guerre de six semaines entre Bakou et Erevan, alors que Moscou est accaparée par son intervention militaire en Ukraine.

Inquiétude internationale

L'Arménie et l'Azerbaïdjan se sont affrontés au début des années 1990, lors de la dislocation de l'URSS, pour contrôler le Haut-Karabakh.

Ce premier conflit, qui a fait 30 000 morts, s'était soldé par une victoire arménienne. Mais l'Azerbaïdjan a pris sa revanche avec le soutien de la Turquie lors d'une deuxième guerre qui a coûté la vie à 6 500 personnes à l'automne 2020, permettant à Bakou de reprendre de nombreux territoires.

Ce nouveau regain de tensions a suscité de vives inquiétudes sur la scène internationale.

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Dimanche matin, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a affirmé, cité par Interfax, qu'une réunion tripartite entre Vladimir Poutine, qui essaie de jouer le rôle de médiateur, et les dirigeants azerbaïdjanais Ilham Aliyev et arménien Nikol Pachinian, n'était pas prévue en début de semaine en marge d'un sommet régional à Saint-Pétersbourg.

Vendredi, le président français Emmanuel Macron avait, lui, appelé son homologue azerbaïdjanais à permettre la "libre circulation" entre l'enclave séparatiste et l'Arménie.

"Il est indispensable de faire baisser au plus vite la tension", avait pour sa part exhorté le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov à l'issue d'une rencontre le même jour à Moscou avec son homologue azerbaïdjanais, boycottée par Erevan.

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