Pour Greta Thunberg, Davos réunit "ceux qui détruisent le plus la planète" (et ce n'est pas nouveau)

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Par Euronews  avec AFP
L'activiste suédoise Greta Thunberg (écoutant l'Ougandaise Vanessa Nakate), en marge du Forum économique de Davos, le 19/01/2023
L'activiste suédoise Greta Thunberg (écoutant l'Ougandaise Vanessa Nakate), en marge du Forum économique de Davos, le 19/01/2023   -   Tous droits réservés  Markus Schreiber/ AP

La militant écologiste suédoise Greta Thunberg est une habituée du forum de Davos. Désormais âgée de 20 ans, c'est la troisième fois qu'elle participe au Forum économique mondial. Depuis 2019, sa présence vient bousculer les élites économiques et politique qui se rassemblent dans une station de ski de luxe pour échanger sur les problématiques mondiales.

Les gouvernement et les entreprises répondent-elles de manière adéquate à la crise climatique ? Une question à laquelle étaient invités à réfléchir plusieurs jeunes militantes écologiques, avec le directeur général de l'Agence Internationale de l'énergie Fatih Birol, dans une table ronde en marge du Forum de Davos, en Suisse.

Pour Greta Thunberg, la réponse ne viendra pas des élites rassemblées à Davos. "Sans une pression publique massive venant de l'extérieur, dit-elle, ils continueront à investir dans les énergies fossiles, ils continueront à sacrifier les gens pour leur propre profit". Elle déplore que le forum continue à rassembler "les gens qui alimentent le plus la destruction de la planète", qui placent "les profits économiques à court terme au-dessus des gens, et au-dessus de la planète".

Ce n'est pas la première venue de Greta Thunberg au Forum de Davos. Depuis 2019, la Suédois se rend dans la station suisse pour dénoncer ce qu'elle considère comme des "discussions entre privilégiés", alors que la crise climatique est imminente.

2019 : "Notre maison est en feu", Davos découvre Greta Thunberg

En 2019, Greta Thunberg fait son entrée officielle à Davos. Jean coloré, deux longues tresses châtain, la jeune fille dénote. Et encore plus dans son attitude. Au milieu des jets privés et des hélicoptères, la Suédoise privilégie le train : 32 heures sur les rails depuis Stockholm. Et plutôt qu'un hôtel de luxe dans la station de ski, elle choisit de camper, par zéro degré Celsius dans la montagne suisse.

Déjà lors d'un déjeuner, entouré de célébrités, elle dénonce le fait que, contrairement à ce qui est répété, tout le monde n'est pas responsable de la crise climatique. "Certaines personnes, certaines entreprises, certains décideurs savent exactement quelles ressources inestimables ils ont sacrifiées pour continuer à empocher des sommes d'argent inimaginables. Et je pense que beaucoup d'entre vous ici aujourd'hui appartiennent à ce groupe".

Dans un discours (vu plus de 250 000 fois sur YouTube), la jeune fille lance l'alerte. Il faut agir, et vite : "Les adultes n'arrêtent pas de répéter que les jeunes leur donnent de l'espoir. Mais je ne veux pas de votre espoir. Je ne veux pas de votre optimisme.Je veux que vous paniquiez. Je veux que vous ressentiez la peur que je ressens tous les jours. Et je veux que vous agissiez. Je veux que vous agissiez dans une situation de crise. Je veux que vous agissiez comme si la maison était en feu, parce qu'elle l'est".

2020 : on parle d'environnement mais rien ne change

Dans son intervention en 2020, c'est l'inactivité des dirigeants qui est encore pointée du doigt, alors que toutes les informations scientifiques sont disponibles. 

Elle dénonce des solutions encensées par les chefs d'entreprises rassemblés à Davos "l'économie bas carbone" et des "compensations d'émissions" à l'étranger. Plus que le silence, elle déplore "les mots vides et les promesses qui donnent l'impression que des actions suffisantes sont entreprises". 

2021 :  "Vous avez eu 30 ans de "bla,bla,bla", combien vous en faudra-t-il de plus ?"

This is Greta Thunberg's message to Davos

'It’s like waking up in the middle of the night, seeing your house on fire, then deciding to wait 10, 20 or 30 years before you call the fire department' Greta Thunberg 📕 Read more: http://wef.ch/39gZ1GI #DavosAgenda

Posted by World Economic Forum on Monday, January 25, 2021

Son discours est moqué par celui qui était alors président des États-Unis, Donald Trump lors de sa présentation Keynote au Forum. Le milliardaire a appelé à ne pas écouter ceux qu'il qualifie de "prophètes de la fin du monde". "L'heure n'est pas au pessimisme", a-t-il déclaré. "L'heure est à l'optimisme. Pour embrasser les possibilités de demain, nous devons rejeter les éternels prophètes de malheur et leurs prédictions d'apocalypse. Ils sont les héritiers des diseurs de bonne aventure d'hier".

L'ex-président des États-Unis a a plusieurs reprises attaqué l'activiste, l'accusant d'être immature, ou, comme dans ce tweet de 2019 d'avoir "des problèmes de gestion de la colère".

2023 : un combat collectif

Greta Thunberg ne s'est pas exprimée lors de l'édition 2022 du Forum économique de Davos, organisé de manière virtuelle en raison de la pandémie de Covid-19. De retour en 2023, Greta n'est plus la jeune ville de 16 ans, qui séchait l'école pour prendre part à des marches pour le climat.

Cette année, Greta Thunberg n'est pas venue seule. L'Equatorienne Helena Gualinga, l'Ougandaise Vanessa Nakate et l'Allemande Luisa Neubauer, sont elles aussi arrivées à Davos avec une pétition lancée cette semaine réclamant l'arrêt par les multinationales de l'exploitation des énergies fossiles. Le texte avait réuni plus de 910 000 signatures jeudi en début d'après-midi.

Vanessa Nakate, qui, à certains moments de son intervention était au bord des larmes, a regretté le manque d'attention porté à l'Afrique par les élites de Davos. "Ils se focalisent sur les pays privilégiés, laissant de côté des communautés qui souffrent depuis des décennies", parfois sans même un accès de base à l'électricité.

Helena Gualinga de son côté, a exprimé son ras-le-bol de l'exploitation des énergies fossiles, aux détriment des territoires indigènes : "Nous venons d'endroits différents dans le monde, mais nous avons la même proposition. C'est un appel à dire "il y en a marre!", marre parce nous l'avons dit plusieurs fois, nous avons besoin d'une action urgente".