Des armes lourdes pour l'Ukraine : qui donne quoi ?

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Par Thomas Bolton (adapté de l'anglais par Christophe Garach)
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Des armes lourdes pour l'Ukraine : qui donne quoi ? Tour d'horizon des principaux équipements militaires fournis par l'Occident à l'armée ukrainienne

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La visite-éclair de Volodymyr Zelensky en Europe début février s'est accompagnée d'un message très clair pour ses alliés : "donnez-nous des avions de combat et des armes lourdes, et ne tardez pas", a déclaré en substance le président ukrainien. 

"Plus tôt l'Ukraine pourra obtenir des armes puissantes et à longue portée [...], plus tôt cette agression russe prendra fin et nous ramènerons la paix en Europe", a-t-il déclaré dans une déclaration commune avec le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz à Paris le 8 février.

Mais la décision de fournir des armes lourdes à l'Ukraine - qui n'est pas membre de l'Otan et n'est donc pas protégée par la défense collective inscrite à l'article 5 de son traité fondateur - est lourde de problèmes potentiels, car les pays mettent en balance le soutien militaire à l'Ukraine et la crainte d'une éventuelle escalade du conflit. Alors, quels pays envoient des armes lourdes à l'Ukraine ? Et en font-ils assez ?

A ce stade, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Pologne et l'Allemagne sont les pays qui ont le plus dépensé pour le soutien militaire à l'Ukraine, selon le Kiel Institute for the World Economy's Ukraine support tracker.

AP Photo
Joe Biden en visite à Kyiv en février dernierAP Photo

Les États-Unis sont clairement en tête, ayant promis 44,3 milliards d'euros depuis janvier 2022.

"Je pense que cela, combiné à la bravoure et à l'agilité des Ukrainiens, est la raison pour laquelle l'Ukraine continue d'exister", rappelle Brad Bowman de la Fondation pour la défense des démocraties (FDD).

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Les armes lourdes en provenance des Etats-Unis fournies à l'UkraineForum on the Arms Trade

Le Royaume-Uni est le deuxième plus grand fournisseur de soutien militaire à l'Ukraine, selon l'Institut Kiel.

Les données montrent que le Royaume-Uni a fourni une multitude de roquettes, de systèmes de défense, de véhicules blindés, d'armes, de munitions à l'Ukraine au cours de l'année dernière, pour un montant de 2,5 milliards d'euros. Le 14 janvier, le Royaume-Uni est par ailleurs devenu le premier pays à fournir à l'Ukraine des Challenger 2, le principal char de combat occidental moderne.

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Les armes lourdes britanniques fournies à l'UkraineForum on the Arms Trade

Selon les données de l'Institut de Kiel, la Pologne, qui partage sa frontière orientale avec l'Ukraine, a promis 2,4 milliards d'euros d'aide militaire l'année dernière. Elle a également exporté pour plus de 2,4 milliards d'euros de biens militaires.

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Les armes lourdes polonaises fournies à l'UkraineForum on the Arms Trade

"Je dirais que les Polonais jouent un rôle particulièrement louable (...) c'est une grande surprise, juste là, sur le flanc est de l'OTAN, ils sont les plus proches de l'ours russe, et ils ne se font donc aucune illusion sur notre adversaire là-bas", précise Brad Bowman.

Si l'Estonie n'est pas un pays très dépensier par rapport à des pays comme les États-Unis et le Royaume-Uni, elle est toutefois le premier fournisseur de défense et d'aide humanitaire, avec des dépenses représentant environ 1,1 % de son PIB.

Pour justifier cet engagement, la Première ministre estonienne, Kaja Kallas, a déclaré que "si l'Ukraine tombait, la liberté serait également en danger dans d'autres parties du monde. En aidant l'Ukraine à défendre son indépendance, nous défendons le droit à la liberté et à la démocratie de tous les pays, y compris l'Estonie."

A noter que la Pologne et l'Estonie s'activent en coulisse pour faire passer le seuil de référence des dépenses de défense de l'Otan de 2 % à 2,5 %, voire 3 % du PIB des pays membres.

Et la France ?

Selon les informations du quotidien Le Monde, dès le début de l'invasion russe, la France a d'abord commencé à livrer des équipements de protection, puis rapidement, quelques dizaines de missiles antichars Milan avant de fournir 12 canons Caesar. Le Monde cite aussi la livraison de canons de 155 mm, des obusiers qui ne seraient plus utilisés par l'armée française. Paris livrerait enfin des obus dits intelligents capables de détruire des blindés.

Sébastien Lecornu, le ministre des armées, a par ailleurs annoncé en novembre la livraison de deux lance-roquettes multiples. 

A propos des chars français, si Paris n'a pas annoncé l'envoi de chars, début janvier, Emmanuel Macron a annoncé la livraison d’AMX-10. Des engins blindés de reconnaissance sur pneus dotés d’un canon de 105 mm et capables de tirer à 2 000 mètres. Le Forum on the Arms for Trade annonce la livraison de 25 de ces engins blindés.

A noter enfin que la France et l’Italie devraient livrer au printemps un système de défense sol-air de moyenne portée SAMP/T-Mamba. Ce système, comprenant un radar et des lanceurs armés de huit missiles Aster d’une portée d’environ 100 kilomètres, devrait permettre de contrer de nouvelles attaques aériennes.

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Les membres de l'OTAN envoient-ils suffisamment d'armes ?

Les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne envoient des chars, et l'Allemagne a autorisé d'autres pays occidentaux à envoyer des chars de fabrication artisanale provenant de leurs flottes, mais cela ne semble pas avoir fait taire la demande d'armes lourdes de Kyiv.

L'Ukraine a exhorté l'Occident à fournir des avions de combat pour défendre le pays contre la Russie. Lors de sa visite au Royaume-Uni le mois dernier, M. Zelensky a demandé au Premier ministre Rishi Sunak de lui "donner des ailes". Mais le président américain Joe Biden a déjà "exclu" d'envoyer à l'Ukraine les très recherchés avions de combat F-16.

"Les F-16 pourraient apporter un certain nombre d'avantages et de capacités à l'Ukraine, sans aucun doute. La réponse de l'administration Biden est que ce n'est pas ce dont ils ont le plus besoin en ce moment. Je suis d'accord avec cela", a déclaré Brad Bowman à Euronews.

A défaut, notre expert souligne que les alliés de l'Otan pourraient faire beaucoup plus en termes de respect de leurs engagements en matière de dépenses de défense. "Je voudrais juste rappeler rapidement [...] le rapport le plus récent sur les dépenses de défense de l'Otan. À cette heure tardive, la plupart de nos alliés européens ne respectent toujours pas leurs engagements en matière de dépenses de défense. Je veux dire, allez, c'est profondément décevant".

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Les Ukrainiens ont besoin de centaines de chars !
Brad Bowman
Fondation pour la défense des démocraties

Les armes lourdes arrivent-elles assez vite ?

En février, l'administration Biden s'est engagée à fournir des bombes de petit diamètre à lanceur terrestre, ou GLSDB, un système dont la portée est bien supérieure à celle des roquettes d'artillerie fournies par l'Occident à l'Ukraine.

Toutefois, ces armes ne devraient pas arriver avant l'automne et les experts craignent que ce ne soit trop tard, car des offensives russes et ukrainiennes sont attendues et pourraient déterminer le déroulement de la guerre.

"Beaucoup de pays, y compris les États-Unis [...] ont fait ce que nous appelons 'l'approche du chèque à la poste'. Or dans de nombreux cas, l'article en question n'arrive que quatre mois plus tard", argumente M. Bowman.

La peur de la provocation

Dans un discours prononcé devant le Bundestag le 25 janvier, le chancelier Olaf Scholz a annoncé que l'Allemagne allait finalement livrer 14 chars Leopard 2A à l'Ukraine et qu'elle autoriserait également les autres pays à réexporter les leurs s'ils le souhaitaient.

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Les armes lourdes allemandes fournies à l'UkraineForum on the Arms Trade

Berlin a d'abord hésité à s'engager à livrer des armes lourdes, craignant une éventuelle escalade du conflit. Elle a préféré offrir des équipements non létaux, comme des... casques de combat.

Berlin a été fortement critiqué pour cette décision, notamment par le président Zelensky. Des voisins européens, comme la Pologne, ont également fait pression pour faire approuver la réexportation de chars Leopard 2 vers l'Ukraine.

Brad Bowman fait également référence à la visite de l'ancien président ukrainien Petro Porochenko à la Maison Blanche en 2014, où il avait demandé au président de l'époque, Barack Obama, des armes pour combattre les séparatistes soutenus par la Russie en Crimée.

Dans un discours prononcé devant le Sénat et la Chambre des représentants des États-Unis, l'Ukrainien avait déclaré : "Les couvertures et les lunettes de vision nocturne sont également importantes. Mais on ne peut pas gagner la guerre avec des couvertures".

"Il disait cela parce que l'administration Obama a refusé de fournir des armes à l'Ukraine. Pourquoi ? Parce que nous ne voulions pas provoquer Poutine", rappelle Brad Bowman.

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"Donc, mon message essentiel à toute personne prête à écouter est que nous devrions passer plus de temps à aider à construire des démocraties assiégées et moins de temps à nous inquiéter de provoquer des brutes autoritaires qui vont probablement nous envahir de toute façon", conclut l'expert.

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