Turquie : l’extrême-droite, ou les 5% qui pourraient faire basculer la présidentielle

Les deux candidats au second tour de l'élection présidentielle turque : Recep Tayyip Erdoğan et Sinan Oğan
Les deux candidats au second tour de l'élection présidentielle turque : Recep Tayyip Erdoğan et Sinan Oğan Tous droits réservés Euronews via AP, Ali Unal - Canva
Par Margaux Racaniere
Partager cet articleDiscussion
Partager cet articleClose Button
Copier/coller le lien embed de la vidéo de l'article :Copy to clipboardLien copié

Ce dimanche 28 mai, les Turcs votent pour prolonger ou non le règne d'Erdoğan. Dans l'entre-deux tours, les deux camps ont courtisé les électeurs d'extrême-droite, ces quelques 2,8 millions de votants qui peuvent faire la différence.

PUBLICITÉ

Il n’a recueilli que 5% des voix au premier tour de l’élection présidentielle turque, et pourtant, il pourrait faire pencher la balance. En faveur de Recep Tayyip Erdoğan ou de son rival Kemal Kılıçdaroğlu. Le candidat d'extrême-droite Sinan Oğan s'est positionné dans l'entre-deux tours comme un faiseur de roi.

Pour le conquérir, le candidat d’opposition a multiplié les appels du pied, et durci son discours vis-à-vis, notamment des 3,7 millions de Syriens réfugiés en Turquie. 

Un rupture avec ses discours précédents, qui mettaient l'accent sur la défense des droits de l'Homme et la lutte contre la corruption. 

"C'est une forme d'incohérence", explique Sinan Ciddi, politologue spécialiste de la Turquie et chercheur au sein du groupe de réflexion Fondation pour la défense des démocraties (FDD). "Pendant des mois, ils ont parlé d'inclusion, d'inclusivité, de différence. [...] Et maintenant, en l'espace d'une dizaine de jours, le candidat du CHP [Kemal Kılıçdaroğlu] et le parti ont viré brusquement à droite".

Résultats du Premier tour de l'élection présidentielle turque

  • Recep Tayyip Erdoğan : 49,52 %
  • Kemal Kılıçdaroğlu : 44,88 %
  • Sinan Oğan : 5,17 %
  • Muharrem Ince : 0,43 %
  • Source : YSK

Sans succès, puisqu’en début de semaine, le candidat d'extrême-droite Sinan Oğan, s'est prononcé en faveur d'Erdoğan

Un positionnement opportuniste, pour un homme qui s'est pourtant de nombreuses fois opposé au président Erdoğan. Le candidat d'extrême-droite avait par exemple tenté de renverser le direction de son ex-parti, le MHP, pour protester contre son ralliement à Erdogan en 2016. Il en était même venu aux mains avec plusieurs membres de l'AKP en pleine assemblée nationale turque.

Un jeune militant pro-Erdoğan rappelle l'épisode de la bagarre entre Sinan Oğan et plusieurs députés de l'AKP.

Les électeurs d'extrême-droite vont-t-ils voter pour Erdogan ?

La décision de Sinan Oğan n'a pas fait l'unanimité. 

Il s'était présenté au nom de l'alliance d'ultranationalistes ATA. Une alliance qui a éclaté après sa défaite au premier tour. L’autre figure forte du mouvement, Ümit Özdağ, une sorte de Jean-Marie le Pen à la turque, s’est rangé du côté de l’opposition. 

Alp Eren Kaya/AP
Le chef du Parti de la Victoire, Umit Ozdag, serre la main au candidat de l'opposition Kemal Kilicdaroglu.Alp Eren Kaya/AP

Il a même affirmé sur Twitter qu’il pourrait devenir ministre de l’intérieur en cas de victoire de Kılıçdaroğlu. Et donc accomplir ses objectifs d’expulsion de migrants.

Pour autant, il serait simpliste de penser que les électeurs vont simplement suivre l'une ou l'autre des consignes de vote, estime le chercheur américain Sinan Ciddi. "_Nous nous trouvons en terrain inconnu. Nous n'avons jamais vu la dynamique politique d'un second tour.  J'ai donc l'impression que nous surestimons peut-être la valeur de ces deux petits partis de droite […] __Je pense qu'il s'agira plutôt de savoir comment les électeurs répondent à la question "Qui veut-on comme dirigeant?_Erdoğan ou Kılıçdaroğlu ?".

Quel que soit le résultat final ce dimanche, l’extrême-droite sera dans tous les cas parvenue à imposer ses thèmes jusqu’à la fin de la campagne.

Partager cet articleDiscussion

À découvrir également

Présidentielle turque : Recep Tayyip Erdogan réélu président pour un troisième mandat

Présidentielle en Turquie : fin de campagne amère avant le second tour

Les Turcs de l'étranger finissent de voter pour le second tour de la présidentielle