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Protection antiaérienne : la menace des missiles russes sème la discorde entre Paris et Berlin

Le chancelier allemand Olaf Scholz, reçu à l'Elysée par le président français Emmanuel Macron le 22 juin 2023.
Le chancelier allemand Olaf Scholz, reçu à l'Elysée par le président français Emmanuel Macron le 22 juin 2023. Tous droits réservés LUDOVIC MARIN/AFP
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Par Heloise Urvoy
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Les Européens finiront-ils par s'accorder sur la manière de défendre leur ciel ? Des désaccords opérationnels et stratégiques entre Paris et Berlin témoignent du manque de vision défensive commune au sein de l’OTAN et de l'UE.

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A l'approche du sommet de l'OTAN à Vilnius les 11 et 12 juillet, la France et l'Allemagne continuent de faire campagne pour différents systèmes de défense antiaérienne.

L’invasion de l’Ukraine a servi aux Européens de rappel brutal quant au danger que représente leur voisin russe. La situation enjoint les Etats, membres ou non de l’UE ou L'OTAN, à accroître leurs capacités de défense.

Dans l'immédiat, une attaque Russe envers un ou des pays de l’OTAN est cependant peu probable. Pour Lydia Wachs, chercheuse en sécurité internationale à l'Institut allemand des affaires internationales et sécuritaires, ce qui est primordial est de faire comprendre à Moscou qu’elle ne dispose pas de levier d’action sur le plus long terme : “la défense aérienne renforce la dissuasion de manière visible, et renvoie les risques vers l’autre partie.”

L'épineuse question de s’accorder sur une vision commune de la défense aérienne du continent demeure.

D’un côté, l’Allemagne a déjà fédéré 16 autres pays autour d’un bouclier antiaérien, la European Sky Shield Initiative. Parmi eux, des pays de l' UE ou de l’Otan sont également de la partie. Cinq autres ont d’ores et déjà exprimé leur intérêt. Le but : se munir au plus vite de systèmes de défense antiaérienne de courte, moyenne et longue portée.

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Carte des pays ayant rejoint la "European Sky Shield Initiative" (au 28 juin 2023) proposée par l'Allemagne.Euronews

Il comprend, entre autres, les missiles balistiques IRIS-T SLM allemand et Patriot PAC-3 américain (actuellement à l'œuvre en Allemagne), et le missile antibalistique israélien Arrow 3.

De l’autre, l’Italie et la France font bande à part, et souhaitent une solution 100% issue des Etats-membres de l’UE, ou au moins de pays européens. Paris avance que le Système sol-air moyenne portée/terrestre (SAMP/T), aussi appelé Mamba, et développé avec l’Italie, est une alternative européenne existante qui pourrait être étendue au reste du continent. Il est déjà actif dans l’Hexagone, et est notamment déployé en Ukraine depuis juin 2023.

Quant à la Pologne, elle a fait le choix d’un accord à part, avec le Royaume Uni et les Etats-Unis.

Court ou long terme ? Des visions opposées.

“L'approche allemande, c'est une approche qui est capacitaire, explique Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). “On cherche à acquérir des équipements très rapidement, et c'est une approche à très court terme”.

L’initiative lancée par Berlin est en effet un moyen de se procurer des systèmes de défense le plus vite possible. La proposition française consiste à vouloir étendre le système SAMP/T, sans avancer de plan spécifique concernant son achat par les parties intéressées. Quelques pays, comme la Belgique et la Hongrie, auraient manifesté leur intérêt. 

Pour Paris, la question de l’urgence est importante, mais ne doit pour autant pas évincer les questions qui se poseront sur le plus long terme.

Shahin Vallée, chercheur au Conseil européen des relations internationales, rappelle que pour les autorités françaises, les Européens devraient avoir une vision plus complète de la protection du ciel européen, qui inclurait la dissuasion nucléaire, des traités de non-prolifération et enfin un programme anti balistique.”

Système 100% européen vs. “les problèmes de demain” ?

En marge du Salon du Bourget en juin 2023, Emmanuel Macron a réitéré son opposition à faire appel à des tiers non-européen, avançant qu’un tel projet serait “sujet au calendrier, aux files d’attente, aux priorités, parfois aux autorisations des pays tiers et dépendant trop de l’extérieur. "

Le président français s’est indirectement adressé à l'Allemagne en précisant que pour lui, acheter des systèmes de défense non-européens reviendrait à créer “les problèmes de demain”.

En face, Berlin estime que la menace pressante de Moscou pousse vers une solution rapide, et faire appel à des alliés extérieurs à l’UE ne devrait pas selon elle constituer un frein. L’invasion de l’Ukraine a en effet mis en exergue l’inaptitude des pays européens à s'unir pour faire front dans l’urgence sur les plans matériel, stratégique et opérationnel.

La dispute actuelle opposant Paris à Berlin au sujet de la défense du ciel européen s’inscrit dans un cadre plus large, notamment sur des divergences de visions pour l’Europe et la place que doit occuper les Etats-Unis dans la protection du continent.

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Shahin Vallée s'inquiète : “ je ne vois pas beaucoup de marge d'amélioration de cette relation franco-allemande à court terme, et je crains que la fenêtre d'opportunité pour agir se referme”.

Une marge serrée pour trouver une solution commune

Les systèmes européens de défense dont il est question devraient être mis en place d’ici les deux prochaines années. Deux événements importants pour l’Otan auront lieu entre-temps, le sommet à Vilnius en Lituanie en juillet 2023, et celui à Washington l'année suivante. Des échéances électorales peuvent aussi venir influencer le processus, avec les élections européennes de 2024 et les élections fédérales de 2025 côté allemand.

Des formes de compromis pourraient-elles voir le jour d’ici là ? Des équipements différents cohabitent déjà sur le terrain, comme le système SAMP/T livré à l'armée Ukrainienne en juin 2023, qui utilise aussi les missiles Patriot américains. 

 “Il n’est pas nécessaire que les Etats mettent en place les mêmes systèmes”, selon Lydia Wachs. “Tant que ces systèmes sont acquis, intégrés à l’architecture de l’Otan, et interopérables.”

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