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France : à Marseille, le pape dénonce l'"indifférence" et la "peur" face aux migrants

Le pape François est depuis longtemps engagé pour un meilleur accueil des migrants, il accueillait en décembre 2021 des réfugiés sur l'île de Lesbos.
Le pape François est depuis longtemps engagé pour un meilleur accueil des migrants, il accueillait en décembre 2021 des réfugiés sur l'île de Lesbos. Tous droits réservés AFP PHOTO / - / VATICAN MEDIA
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Par Gael Camba avec AFP
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Le pape François a une nouvelle fois dénoncé vendredi le sort des migrants en Méditerranée, fustigeant "l'indifférence" et la "peur", au premier jour d'une visite à Marseille, dans un contexte d'hostilité croissante envers les candidats à l'exil dans une Europe tentée par le repli.

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La deuxième ville de France s'est pavoisée aux couleurs jaune et blanc du Vatican, notamment sur l'artère du Prado que le souverain pontife remontera samedi en samedi, où 100 000 personnes sont attendues.

"C'est un personnage sympathique, et ça va réveiller peut-être quelques consciences", estime Denis Olivery, quinquagénaire marseillais juché sur son vélo: "Et puis ça fait du bien à Marseille de voir une autre image, ça change des faits divers et du foot".

L'avion du pape a décollé de l'aéroport de Rome Fiumicino à 14H45 (12H45 GMT) et doit atterrir à Marseille à 16h15.

Le jésuite argentin de 86 ans a prévenu : il ne vient pas en visite d'Etat en France mais bien à Marseille, où cohabite un large éventail de communautés et religions, pour dénoncer le drame des naufrages de migrants et plaider la cause des exilés. Un thème cher à François qui ne cesse depuis son élection en 2013 de dénoncer les discours de rejet et les politiques de fermeture.

Son séjour intervient d'ailleurs après une nouvelle vague d'arrivées sur l'île italienne de Lampedusa qui a poussé l'Union européenne à adopter un plan d'urgence pour aider Rome à gérer les flux en provenance d'Afrique du Nord, sur une route migratoire devenue la plus dangereuse au monde.

Plus de 28.000 disparus en mer y ont été recensés depuis 2014, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). "Le plus grand cimetière au monde", déplore régulièrement le pape.

"L'humanité qui coule"

Cette visite se fera sous haute protection, avec quelque 6.000 membres des forces de l'ordre mobilisés et un "dispositif hors norme", selon un haut responsable policier.

Cette visite se fera sous haute protection, avec quelque 6.000 membres des forces de l'ordre mobilisés et un "dispositif hors norme", selon un haut responsable policier.

Accueilli par la Première ministre Elisabeth Borne à l'aéroport de Marignane (sud-est), François se rendra aussitôt à la basilique Notre-Dame de la Garde, à Marseille. Après une prière avec le clergé, il se recueillera avec des représentants d'autres confessions, devant le mémorial dédié aux marins et migrants disparus en mer.

"Nous attendons des paroles très fortes, c'est notre humanité qui coule si l'Europe ne fait pas quelque chose", a commenté vendredi matin François Thomas, président de SOS Méditerranée, ONG basée à Marseille et qui affrète un navire pour venir en aide aux migrants en détresse.

Des élus de gauche ont appelé Emmanuel Macron à écouter le message d'accueil "courageux" du pape, au moment où une nouvelle loi sur l'immigration est en préparation en France.

Le parti de gauche radicale La France insoumise organise de son côté vendredi soir un rassemblement "laïque" à Marseille "en solidarité avec les victimes de la barbarie antimigrants". Plusieurs de ses députés ont par ailleurs récemment accusé le président français Emmanuel Macron de "piétiner" le principe de laïcité en participant à la grande messe que le pape célébrera samedi au stade Vélodrome.

"Migrer devrait être un choix libre"

"Migrer devrait être un choix libre", c'est le message du pape François pour la 109e journée mondiale du migrant et du réfugié qui aura lieu dimanche 24 septembre. Un discours qui résonne avec l'arrivée de plus de 12 000 migrants en une semaine à Lampedusa, une île italienne située entre Malte et la Tunisie.

La migration est le thème de la visite du pape à Marseille. Le souverain pontife se rendra dans la cité phocéenne samedi 23 septembre à l'occasion des Rencontres Méditerranéennes, un évènement organisé par la Conférence épiscopale italienne pour réunir 70 évêques de tous les bords de la Méditerranée.

Il y a deux ans, le pape François qualifiait la mer Méditerranée du "plus grand cimetière d'Europe", adressant un message clair à l'Union européenne en l'invitant à accueillir et à sauver les migrants traversant la Méditerranée.

Le ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin, n'est assurément pas sur la même longueur d'onde car il affirmait cette semaine qu'il "n'accueillera pas de migrants qui viennent de Lampedusa."

Un prêtre marseillais accueille des mineurs non accompagnés

À Marseille, des paroisses s'engagent pour accueillir des migrants et les accompagner à l'image de l'église de Saint-Ferréol situé sur un coin animé du Vieux-Port de Marseille. C'est lorsque le sanctuaire a été occupé par des jeunes migrants que son recteur, Steves Babooram, a décidé d'agir.

Le prêtre préparait sa messe du 21 novembre 2017 lorsqu'un groupe de jeunes a commencé à s'amasser dans l'église : "ils voulaient passer la nuit ici", raconte à Euronews Steves Babooram. "Nous sommes tombés d'accord et ils sont restés. Mais ils ne voulaient pas quitter le lieu ensuite." Sûrement car c'était une vitrine pour eux, un moyen de se faire entendre, car leur situation n'était pas correcte, explique le prêtre.

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Des migrants occupent l'église Saint-Ferréol à Marseille, le 21 novembre 2017, pour protester contre les conditions de vie des mineurs migrants non accompagnés.BORIS HORVAT / AFP

Ces jeunes attendaient d'avoir le statut de "mineur non accompagné" (MNA). S'ils sont reconnus mineurs, ils seront pris en charge par l'Etat, quelle que soit leur nationalité ou leur situation sociale. Ils sont alors hébergés, formés et guidés par l'Etat dans des métiers en demande.

"Combler les trous dans la raquette"

"Ils sont restés trois nuits, car ils attendaient les résultats des tests [examens médicaux qui prouvent leur minorité ou non, ndlr]. Je me disais qu'il y avait sûrementquelque chose à faire pour les aider", raconte Steves Babooram. De là est né le Groupe Raphaël, une association de bénévoles qui accompagne ces mineurs dans leur parcours et leur insertion.

"On fait de l'accompagnement scolaire, mais c'est surtout de l'accompagnement humain", explique à Euronews Christian de Bénazé, coordinateur du Groupe Raphaël. "On ne se substitue pas aux services de l'Etat, on ne peut pas les héberger, mais on peut combler les trous dans la raquette."

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Des bénévoles distribuent de la nourriture aux migrants alors qu'ils occupent l'église Saint-Ferréol à Marseille, le 21 novembre 2017.BORIS HORVAT / AFP

L'association accompagne une cinquantaine de mineurs en leur offrant un soutien scolaire et en leur proposant des loisirs et des activités culturelles.

La plupart ont autour de 16 et 17 ans et sont musulmans, ce qui ne fait aucune différence pour les deux chrétiens. "Quand on les prend un par un, ce sont des hommes, la question c'est : comment on les aide ?" assure le coordinateur du Groupe Raphaël.

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"Ils arrivent et ne parlent pas français, n'ont pas d'amis, pas de sous, pas de relations...", il est essentiel de les aider à s'intégrer pour Christian de Bénazé.

"Redonner confiance et fierté"

La conviction est la même du côté de l'association Actavista qui emploie des personnes en situation de précarité dans des chantiers de restauration de monuments historiques.

Actavista
Un employé d'Actavista travaille sur la restauration du fort d'Entrecasteaux à Marseille.Actavista

Fort d'Entrecasteaux à Marseille, Abbaye de Montmajour, et même Château de Chambord, Actavista aide à la restauration d'une multitude de monuments classés et accompagne vers l'emploi 500 personnes chaque année. Plus d'un tiers des employés sont des migrants en situation de précarité accompagnés dans leur inclusion.

"Plus leur situation est difficile, plus il faut leur donner de belles tâches, la restauration de bâtiments historiques contribue à la reconstruction de chacun", explique à Euronews Pâquerette Demotes, directrice générale d'Actavista. "C’est un tremplin vers l’emploi, on n’a pas vocation à les garder longtemps. Notre rôle c’est d’être un sas de décompression, d'aider à reprendre l’habitude du travail."

Office de tourisme de Marseille
La restauration du fort d'Entrecasteaux sur la butte du Pharo à Marseille est le gros projet d'Actavista qui emploie 116 personnes en insertion.Office de tourisme de Marseille

Formés aux métiers de la restauration du patrimoine, ils sont accompagnés dans leur recherche d'emploi, "ils restent entre 9 et 10 mois et partent dès qu'ils trouvent un job", indique Pâquerette Demotes. "Beaucoup continuent dans le secteur du bâtiment et d'autres pas du tout. L'objectif premier est de leur fournir un travail."

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"La Méditerranée est un trait d'union"

Du côté des évêques réunis à Marseille, le sentiment est le même : l'accueil est indispensable. "La Méditerranée est un trait d'union", pas une frontière, assure le cardinal Cristobal Lopez, archevêque de Rabat au Maroc.

"Le rôle de l'Eglise n'est pas seulement d'aider les migrants mais aussi de réformer les mentalités", explique Rafic Nahra, archevêque au sein du Patriarcat latin de Jérusalem. "La culture ne peut qu'enrichir, il faut s'occuper des locaux qui ont peur de perdre leur identité et faire changer les mentalités."

Car même si les migrants atteignent l'Europe, l'intégration ne peut se faire qu'avec un accueil de la population selon l'évêque de Constantine-Hippone en Algérie, Nicolas Lhernould. "Imposer l'accueil aux pays pour sedébarrasser d'un problème, ce n'est pas une solution."

"L'Europe ne peut pas pratiquer une politique uniquement répressive", souligne l'archevêque Cristobal Lopez. "On ne peut pas tout fermer, il faut une porte d'entrée, sinon, ça va exploser."

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