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Portraits de jeunes électeurs en Pologne, société profondément divisée

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Par Hans von der Brelie
Publié le Mis à jour
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Notre reporter Hans von der Brelie s'est rendu en Pologne pour rencontrer des jeunes Polonais qui votent pour la première fois, lors des élections législatives du 15 octobre. Leurs idées politiques témoignent de la profonde division de la société polonaise.

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Quel gouvernement polonais pour les quatre prochaines années ? Les élections législatives programmées le 15 octobre 2023 sont importantes non seulement pour la Pologne, mais aussi pour l'Union européenne. Quels défis la société polonaise doit-elle relever ? Que craignent ou espèrent les jeunes Polonais ? Nous avons recueilli le point de vue d'électeurs qui votent pour la première fois, sur fond de grandes divisions politiques  dans le pays.

Jan : la voix du centre-droit pro-européen

La principale formation d'opposition, la Coalition civique (PO) de tendance libérale-conservatrice s'est associée à plusieurs petits partis qui partagent des valeurs européennes similaires comme les Verts. En créant une plateforme commune, elle intègre désormais, des forces de centre-gauche et est aujourd'hui, considérée comme un mouvement politique hétéroclite.

Dans la petite ville de Grójec, au cœur de la principale région productrice de pommes dans le pays, nous rencontrons Jan, 20 ans, un militant de la Coalition civique. 

Le jeune homme s'est, pour la première fois, intéressé à la politique à l'âge de 17 ans lorsque la Pologne a été secouée par d'immenses manifestations contre des lois restreignant le droit à l'avortement parmi les plus restrictives d'Europe. Depuis, il participe à des manifestations, distribue des tracts et espère un changement. "Je n'aime pas la façon dont la génération des vieux gouverne notre pays," a-t-il indiqué à Euronews.

Le jeune homme estime également qu'il faut faire plus pour lutter contre la crise climatique. Le pays devrait "abandonner les énergies fossiles au profit de sources d'énergie 100% écologiques et renouvelables" . Jan souhaite par ailleurs, que la Pologne se réconcilie avec l'UE. "L'Union européenne est synonyme de progrès," assure-t-il.

Jan, 20 ans, militant de la Coalition civique
Jan, 20 ans, militant de la Coalition civiqueEuronews

Aleksandra : la gauche qui peine à se faire entendre

À gauche, Lewica défend des idées sociales-démocrates et socialistes, prônant un Etat-providence fort et l'égalité des chances pour tous. Avant les élections, la formation a refusé d'intégrer la Coalition civique, mais pourrait être ouvert à l'idée d'un rapprochement par la suite.

Dans une ville de l'est du pays, Siedlce, nous rencontrons Aleksandra, 20, une sympathisante de ce parti. La jeune femme étudie les sciences politiques en Pologne, Belgique et Espagne.

"Le paysage politique polonais manque de respect et de dignité," estime-t-elle, reprochant au parti PiS au pouvoir de multiplier les campagnes de dénigrement contre ceux qui ne partagent pas ses idées. Elle dénonce également les réformes récentes du système politique judiciaire national, est scandalisée par les restrictions en matière d'avortement et appelle à un changement dans la politique de l'asile dans le pays. "La planète brûle, des gens vont migrer et aucun d'entre eux n'est illégal, il faut donc leur accorder l'asile et leur fournir l'aide dont ils ont besoin," réclame-t-elle.

Aleksandra, 20 ans, sympathisante de Lewica
Aleksandra, 20 ans, sympathisante de LewicaEuronews

Robert, le défenseur des ultraconservateurs du PiS

Le parti national-conservateur polonais Droit et Justice (PiS), au pouvoir depuis longtemps, a entraîné la Pologne dans un conflit ouvert avec l'Union européenne. Ces dernières années, les médias publics et le système judiciaire polonais ont perdu de leur indépendance. Voyant les principes fondamentaux de l'État de droit européen menacés, l'UE a bloqué plusieurs milliards d'euros de fonds d'aide destinés à la Pologne. La campagne électorale du PiS a été dominée par la dénonciation de l'UE, pour ses plans visant à répartir les migrants de manière plus équitable entre ses États membres, mais aussi de l'Allemagne, accusée de s'immiscer dans les affaires polonaises. De plus, le PiS a promis au pays, de nouvelles dépenses pour des actions sociales et militaires.

Dans le petit village de Baranów, nous discutons avec Robert, un étudiant en droit et en médecine de 23 ans. Sur son ordinateur, il veille à renforcer la présence de son candidat PiS sur internet. Pendant son temps libre, il apprend des langues.

Quand on lui demande quel est son plus grand défi politique, Robert opte pour une réponse locale. "Je veux créer le meilleur système de transport possible dans ma province," souligne-t-il. Il est par ailleurs, fier de la position ferme de son parti face à l'immigration. "L'UE devrait apprendre de nous," estime-t-il. En ce qui concerne la politique climatique, il déclare : "Nous devons tenir compte du charbon car le secteur économique lié au charbon dans notre pays est très, très influent dans la politique polonaise." Tourné vers l'avenir, Robert souligne l'importance de construire des centrales nucléaires. Quant à l'Union européenne, voici ce qu'il en pense : "Nous voulons une Europe puissante, mais pas une fédération, ce n'est pas la bonne direction, nous voulons qu'elle soit une confédération."

Robert, 23 ans, sympathisant du parti Droit et Justice (PiS)
Robert, 23 ans, sympathisant du parti Droit et Justice (PiS)Euronews

Sebastian : la radicalité de l'extrême droite

La Konfederacja, la Confédération de la liberté et de l'indépendance, est un mélange détonant de monarchistes, de détracteurs de l'UE, d'antisémites et des militants d'extrême droite. Animée notamment par des groupes ultra-nationalistes anti-système, la confédération a maintes fois repoussé les spéculations selon lesquelles elle pouvait s'allier au parti PiS. Pour autant, des analystes et des membres du parti ont déclaré à Euronews que la Konfederacja pourrait tolérer un gouvernement minoritaire dirigé par le PiS.

À Varsovie, Euronews a rencontré Sebastian qui, lui aussi, vote pour la première fois. Ce jeune homme sportif s'entraîne aux arts martiaux et joue à des jeux vidéo de guerre. Il aime le hard rock, son hamster et la Konfederacja. Il étudie les sciences politiques.

Nous lui demandons quand il a commencé à faire de la politique. "En 2020," répond Sebastian. "Avec mes collègues, on s'est rassemblé devant l'une des églises à Varsovie, on l'a défendue contre ceux de gauche qui militent pour l'avortement," précise-t-il.  Puis sur les droits des femmes, il renchérit : "L'avortement est une mauvaise chose. Nous ne devrions pas commettre de meurtre sur les personnes les plus vulnérables et les plus innocentes," assure-t-il.

Sebastian, militant du mouvement d’extrême droite, la Confédération de la liberté et de l’indépendance, avec notre reporter Hans von der Brelie
Sebastian, militant du mouvement d’extrême droite, la Confédération de la liberté et de l’indépendance, avec notre reporter Hans von der BrelieEuronews

Sebastian souligne l'importance du charbon polonais : "Nous devrions l'utiliser et puis, je dis oui au nucléaire !" Et l'Union européenne dans tout cela ? "Je pense du mal de l'UE, elle essaie d'imposer des idéologies de gauche aux États-nations ; en tant que nationalistes, nous sommes absolument contre," insiste-t-il.

À l'issue des élections du 15 octobre, que la Pologne soit gouvernée par la droite ou par le centre-droit, le pays est confronté à de grands défis. Pour obtenir des fonds européens bloqués, l'indépendance de la justice doit être rétablie. Il y a également des problèmes avec la liberté de la presse et le droit de vote. La société polonaise a aussi besoin de réconciliation sociale pour combler de profonds clivages politiques.

Journaliste • Hans von der Brelie

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