La réparation des dégâts causés par les frappes russes sur les infrastructures énergétiques prend du temps. Certaines zones résidentielles de la capitale sont privées d'électricité, alors que les températures descendent jusqu'à -20°C.
Pour la quatrième année consécutive, les Ukrainiens sont contraints de passer l'hiver sous les bombardements russes. Et Moscou continue de pilonner les infrastructures énergétiques. Ces dernières semaines, ces frappes ont privé d'électricité quelque 610 000 foyers de la capitale, a annoncé, ce mercredi 28 janvier, le ministre de l'énergie, Denis Shmihal.
Les employés des services publics et du secteur énergétique travaillent sans relâche pour réparer les infrastructures critiques endommagées, mais plus de 700 immeubles de Kyiv, principalement dans des zones résidentielles, sont toujours privés de chauffage, alors que seule l'électricité peut fournir de la chaleur.
Les résidents sont donc contraints d'organiser leur quotidien en fonction des moments durant lesquels l'électricité fonctionne. Des créneaux courts, durant lesquels ils cuisinent, prennent une douche, chargent leurs téléphones, font fonctionner les machines à laver. Les aliments sont choisis pour leur durée de conservation, l’eau filtrée est stockée dans des bouteilles et des seaux. De petits réchauds à gaz de camping servent à chauffer soupe ou thé lorsque le courant est coupé.
"Il est très difficile de vivre sans électricité. Le thermomètre indique 3°C, 4°C. Ce matin, il faisait 2°C. S'il fait 4°C ici, maintenant, je ne sais pas ce qui se passera s'il fait -10°C ou -20°C dehors ?", se questionne Lyudmila Datsenko, habitante de Kyiv. "Ce sera une catastrophe. Bien sûr, les gens ne pourront pas le supporter. Nous ne pourrons pas le supporter non plus. Mes mains sont déjà gelées", se plaint-elle.
Dans un autre quartier de la capitale, Olena Janchuk, ancienne enseignante de 53 ans, fait également avec les moyens du bord. Elle souffre d’une polyarthrite rhumatoïde sévère et est bloquée, depuis des semaines, au 19ᵉ étage de son immeuble. Car les nombreuses frappes russes ont fait des ascenseurs un luxe. "Quand il n’y a ni lumière ni chaleur pendant dix‑sept heures et demie, il faut trouver des solutions", explique celle qui a installée une cheminée improvisée au centre de son appartement, faite de bougies et de briques. Dans son logement, une couche de givre recouvre l'intérieur de ses fenêtres à cause du froid polaire qui règne à l'extérieur.
Les associations de défense des droits des personnes handicapées, y compris celles représentant les anciens combattants blessés, déclarent que les escaliers sont devenus une barrière sociale invisible, isolant les gens à l’intérieur même de leur domicile. Elles demandent aux autorités municipales le financement de générateurs pour les bâtiments résidentiels.
L'armée en aide aux habitants
Dans le quartier de Desnjansky, des vétérans de la troisième armée revenant du front ont installé un abri où les habitants peuvent venir boire une tasse de thé ou un bol de soupe chaude.
"Nous avons monté cette tente la veille, à l'initiative des vétérans. Vous savez, il y a eu un moment où, à Kyiv, la population a aidé l'armée avec des dons. Désormais, les soldats viennent aider les habitants dans ces moments difficiles", a déclaré Yevhen, ancien soldat et organisateur de l'abri, baptisé "Invincibility Point" (Point d'invincibilité).
Il a ajouté que les gens avaient commencé à arriver sur le site la veille et qu'ils étaient surpris que les militaires aient trouvé le temps et l'occasion d'aider les civils.
Une aide européenne insuffisante
En ce début d'année 2026, trop de centrales et d'installations énergétiques ont été touchées pour répondre à la demande, même avec les importations d’électricité en provenance d’Europe. Afin d’éviter un effondrement du réseau, les opérateurs imposent donc des coupures tournantes, maintenant les hôpitaux et les services essentiels en fonctionnement, tandis que les foyers restent dans le noir.
Selon une estimation conjointe de la Banque mondiale, de la Commission européenne et des Nations unies, le secteur énergétique ukrainien a subi plus de 20 milliards de dollars de dommages directs liés à la guerre.
Kyiv a mis à jour à plusieurs reprises son programme d’économie d’énergie hivernal, atténuant ou coupant l’éclairage public dans les zones à faible trafic et investissant dans une production d’énergie moins centralisée.
Dans les immeubles, la remise en état semble encore lointaine. "Je suis fatiguée, vraiment fatiguée, pour être honnête. Quand on ne peut pas sortir, quand on ne voit pas le soleil, quand il n’y a ni lumière, ni moyen d’aller au magasin tout seul… Ça use", confie Bachurina. "Mais l’essentiel, comme le disent tous les Ukrainiens aujourd’hui, c’est que nous endurerons tout jusqu’à la fin de la guerre."