Après avoir maintenu son veto concernant le prêt européen de 90 milliards d'euros à Kyiv, Viktor Orbán a assuré que son gouvernement disposait de plusieurs solutions pour imposer de nouvelles sanctions à l'encontre de l'Ukraine.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a évoqué, ce vendredi 20 mars, la possibilité que son gouvernement prenne de nouvelles mesures contre l'Ukraine pour forcer la reprise des livraisons de pétrole russe à la Hongrie et à la Slovaquie, interrompues depuis janvier.
S'adressant aux médias à Bruxelles, Viktor Orbán a déclaré que son gouvernement avait "beaucoup de cartes en main", au-delà du blocage du prêt de 90 milliards d'euros promis par l'Union européenne à Kyiv et qui apparaît comme indispensable pour poursuivre son effort de guerre et faire tourner son économie.
"Nous disposons également d'autres outils", a-t-il déclaré. "40 % de l'approvisionnement en électricité de l'Ukraine passe par la Hongrie, nous n'y avons pas encore touché. [L'UE] souhaite constamment introduire de nouvelles sanctions [contre la Russie]. Cela nécessitera l'unanimité et nous ne la donnerons pas", a assuré le Premier ministre.
Les livraisons de pétrole par l'oléoduc Droujba ont été interrompues après que l'Ukraine a déclaré qu'une attaque de drone russe avait endommagé l'infrastructure de l'oléoduc. Viktor Orbán insiste, lui, sur le fait que l'Ukraine a délibérément saboté l'oléoduc pour orchestrer une crise énergétique avant les élections législatives du 12 avril, qui s'annoncent serrées. Il a également promis de bloquer toutes les mesures de l'UE visant à aider Kyiv jusqu'à ce que les livraisons de pétrole reprennent.
La Hongrie et la Slovaquie sont les seuls pays de l'UE à continuer d'importer du pétrole russe.
Afin de persuader le Premier ministre hongrois de lever son veto sur le prêt, des fonctionnaires de l'UE ont déclaré, mardi, que l'Union avait proposé à l'Ukraine une assistance technique et des fonds pour réparer l'oléoduc, offre que Kyiv a acceptée. Une annonce qui n'a donc pas fait bouger le Premier ministre hongrois, qui a répété qu'il n'y aurait "pas d'argent" si "pas de pétrole".
Vendredi, Viktor Orbán a également menacé d'opposer son veto au prochain budget septennal de l'UE s'il prévoyait une aide financière pour l'Ukraine. "Nous avons beaucoup de cartes en main. Je ne pense donc pas qu'il vaille la peine de chercher la bagarre avec la Hongrie", a-t-il assuré.
Un comportement "inacceptable"
Jeudi, les dirigeants de l'Union européenne, furieux de voir Viktor Orbán continuer à bloquer le prêt destiné à l'Ukraine, l'ont accusé de retarder une aide essentielle et de saper le processus décisionnel de l'UE dans le but de remporter des élections dans son pays.
La condamnation a été menée par António Costa, le président du Conseil européen, dont l'autorité est directement remise en cause par les perturbations provoquées par Viktor Orbán."Les dirigeants ont pris la parole pour condamner l'attitude de Viktor Orbán, pour rappeler qu'un accord est un accord et que tous les dirigeants doivent honorer ce mot", a-t-il déclaré à la fin du sommet, évacuant ainsi des mois de frustration face aux frasques du Hongrois.
"Personne ne peut faire chanter le Conseil européen. Personne ne peut faire chanter les institutions de l'Union européenne", a-t-il ajouté, insistant sur le fait que le prêt sera versé, comme convenu en décembre dernier.
Volodymyr Zelensky affirme que les allégations de Viktor Orbán concernant la responsabilité de l'Ukraine dans l'endommagement de l'oléoduc Droujba sont sans fondement.
Selon un diplomate, António Costa a déclaré que les deux parties devaient atténuer leur rhétorique, mais il a également noté que la Hongrie mettait sur la table des conditions impossibles, telles que la garantie de la sécurité du transit, alors que la Russie continue de bombarder l'Ukraine avec des missiles et des drones. "Ce n'est pas agir de bonne foi que de poser une condition que ni l'Union européenne ni les États membres ne peuvent garantir", a déclaré le président du Conseil européen.
Alors que Viktor Orbán s'apprête à affronter les élections législatives du 12 avril, qui devraient être les plus serrées de sa carrière, il s'appuie de plus en plus sur une vaste campagne anti-Ukraine présentant le président Volodymyr Zelensky comme une menace existentielle pour la Hongrie.
Il a affirmé que le dirigeant ukrainien, ainsi que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, veulent entraîner la Hongrie dans la guerre menée par la Russie, qui en est à sa cinquième année, et a soutenu que sa réélection était la seule garantie de paix et de sécurité.